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Emploi: avril efface les gains modestes de mars

Le taux de chômage passe à 7,5 % au Canada, à 9,1 % au Québec

Encore essoufflé par sa croissance spectaculaire de l'an dernier, le niveau de l'emploi zigzague au Canada en attendant le raffermissement de l'économie américaine. Affecté par la guerre en Irak, la peur du SRAS et la remontée du dollar canadien, il a, en effet, accusé un subtil recul en avril, qui est venu effacer les modestes avancées réalisées le mois précédent.

Au total, il se serait perdu le mois dernier 18 800 emplois au pays, alors qu'il s'en était gagné 14 200 en mars, a révélé hier Statistique Canada, ce qui a fait passer le taux de chômage canadien de 7,3 % à 7,5 % et celui du Québec de 8,9 % à 9,1 %.

Cela n'a toutefois pas empêché le Canada de boucler les quatre premiers mois de l'année 2003 avec une addition de 49 000 emplois, équivalant à une croissance de 0,3 %, soit bien moins, il est vrai, que les 216 000 nouveaux emplois (+1,4 %) affichés pour la même période l'an dernier mais quand même mieux que les 322 000 emplois perdus (-0,2 %) observés cette année aux États-Unis.

Les secteurs touchés

Les secteurs économiques les plus touchés par les pertes d'emplois au pays ont été celui de l'hébergement et des services de restauration ainsi que celui des soins de santé et de l'assistance sociale, où il s'est perdu respectivement 12 000 et 14 000 emplois le mois dernier en Ontario seulement. Les secteurs du commerce, de l'administration publique ainsi que celui regroupant la finance, les assurances, l'immobilier et la location ont pour leur part connu des hausses.

En Ontario seulement, on a perdu un total de 26 500 emplois. Et si Statistique Canada s'interdisait, hier, pour des raisons méthodologiques, de dresser un lien entre ces pertes et la récente alerte au syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) à Toronto, le gouvernement ontarien n'a pas hésité à le faire à sa place.

«Il s'agit de la première perte d'emplois en Ontario au cours des 18 derniers mois, a commenté la ministre des Finances, Janet Ecker, à la suite de la publication des résultats. Le déclin du marché de l'emploi, en Ontario, en avril, reflète l'incidence profonde du SRAS, non seulement dans nos vies personnelles, mais aussi sur le plan de la croissance économique de notre province.»

Quant à l'appréciation rapide du dollar canadien par rapport à sa contrepartie américaine, il est probable, sinon certain, qu'elle finira par affecter le niveau de nos exportations et par le fait même le niveau de l'emploi au pays, pense Joëlle Noreau, économiste au Mouvement Desjardins, et ce, même si les statistiques se révèlent, pour le moment, assez peu révélatrices à ce sujet.

La pause, et même le léger tassement que l'on observe dans le marché du travail au Canada et au Québec ne la surprennent guère, dit-elle. On ne pouvait raisonnablement s'attendre à ce que se poursuive indéfiniment la progression étourdissante enregistrée en 2002. «Il fallait bien que cela s'arrête», a-t-elle fait remarquer.

«On risque de continuer de voir ces hoquets dans le marché du travail au moins jusqu'à l'été, a-t-elle ajouté. En fait, ça durera tant et aussi longtemps que la croissance économique américaine n'aura pas gagné un peu plus de vigueur.»

Rappelons qu'il s'est créé, l'an dernier, 335 000 emplois au Canada (+2,2 %), dont 118 200

(+ 3,4 %) au Québec seulement.

Le mystère des nouveaux fonctionnaires

Au Québec, le taux de chômage aurait reculé en avril si plus de gens ne s'étaient pas mis, en même temps, à chercher un emploi. Un total de 12 300 emplois y ont en effet été créés ce mois-là, alors qu'il s'en était perdu 20 800 le mois précédent. L'addition de près de 20 000 personnes à la population active a toutefois valu aux taux de chômage québécois le petit 0,2 % qui lui manquait pour franchir la barrière du 9 %.

Le secteur économique vedette aura sans aucun doute été l'administration publique, où il se serait créé, le mois dernier, 19 500 emplois, suivi de loin par le secteur des finances, des assurances et des valeurs mobilières (+ 6400 emplois) et le secteur manufacturier (+ 6200 emplois), alors que celui de la santé perdait 8400 emplois et que celui de l'information, des loisirs et de la culture en comptait 15 500 de moins.

Joëlle Noreau reconnaît ne pas s'expliquer cette explosion de l'emploi dans la fonction publique. Elle note que le gouvernement fédéral a dernièrement pris d'assaut les campus universitaires pour regarnir ses effectifs vieillissants. Elle rappelle aussi qu'en ce qui a trait aux provinces, les données de Statistique Canada n'arrivent généralement qu'à indiquer des tendances. «Je reste quand même très étonnée par ce résultat, a-t-elle dit. On verra s'il sera peut-être corrigé au cours des prochains mois.»

Se basant sur les prévisions de ses fonctionnaires, le nouveau ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, s'est, de son côté, dit confiant, hier, que plus de 50 000 emplois pourraient être créés cette année dans l'ensemble de l'économie québécoise en augmentant, notamment, le degré de formation de la main-d'oeuvre.
 
 
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