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Réforme du système financier - Carney rappelle les banques à l'ordre

Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney
Photo : Agence Reuters
Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney
Que les banques ne se fassent pas d'illusions. Le resserrement de la régulation financière promis par les gouvernements aura bel et bien lieu, a prévenu hier le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney.

«On aurait tort de sous-estimer la détermination des chefs d'État et de gouvernement du G20 à redéfinir le secteur des services financiers», a déclaré d'entrée de jeu le chef de la banque centrale canadienne dans un discours présenté lors d'un événement organisé à Montréal par l'Autorité des marchés financiers et qui avait tout l'air d'un rappel à l'ordre lancé aux banquiers canadiens et étrangers.

«La crise financière s'est traduite par des dizaines de millions de pertes d'emplois et des billions de dollars de manque à produire, a-t-il d'abord rappelé. Ses retombées se feront sentir pendant des années.» Les conséquences auraient été bien plus graves encore si les pouvoirs publics n'avaient pas mis en place des plans d'aide et des mesures de relance économique comparables aux efforts que l'on déploie normalement seulement en temps de guerre.

Cette débauche de moyens, alliée à la disparition de quelques acteurs, comme la banque d'affaires Lehman Brothers, a eu pour effet de rendre la conjoncture extrêmement favorable aux institutions financières qui n'ont pas péri dans la tourmente, a constaté Mark Carney. En fait, il faut bien admettre que «les grandes institutions financières ont bénéficié d'un soutien disproportionné». Il n'est pas étonnant, dans ce contexte, que les juteux profits soient de retour et que l'on entende parler à nouveau de fusion et d'acquisition, d'augmentation des dividendes versés aux actionnaires ou de retour des bonus.

Mise en garde

Les institutions financières auraient cependant tout intérêt à engranger cet argent afin de raffermir leurs assises financières en relevant notamment le niveau de ce que l'on appelle leurs fonds propres. Les dirigeants du G20 ont, en effet, clairement exprimé leur intention de mettre en place de nouvelles règles qui exigeraient que les banques améliorent leur gestion du risque, qu'elles réduisent le ratio entre leur niveau d'endettement et leurs actifs, mais aussi qu'elles profitent des beaux jours pour se constituer un coussin financier capable d'amortir le choc des ralentissements économiques.

Or, ces promesses des gouvernements ne sont pas des paroles en l'air, prévient Mark Carney. «Il se dégage une ferme conviction parmi les décideurs publics que, dans les crises à venir, les pertes devront être assumées par les institutions elles-mêmes. C'est-à-dire par les dirigeants, les actionnaires et les créanciers, et non par les contribuables.» Il faudra bien sûr du temps pour que ces changements se mettent en place, mais cela se fera, assure-t-il.

L'actuelle «dynamique de faible concurrence pourrait se prolonger pendant un certain temps, ce qui permettrait au noyau du secteur financier de se constituer un capital suffisant pour l'avenir, a noté le patron de la Banque du Canada. Les banques à l'échelle du globe auraient tout intérêt à saisir cette occasion qui leur est offerte».

Le retour de l'orgueil

Au-delà d'un resserrement de la régulation, le gouverneur invite les banques à se préparer sans plus attendre à un véritable changement de mentalité. «Je dirais que le système financier, après s'être autoproclamé centre de l'activité économique, doit graduellement reprendre son rôle de serviteur de l'économie réelle, a dit Mark Carney. Des institutions plus solides et un système capable de résister aux défaillances sont des conditions nécessaires. Mais la pleine réalisation de cet objectif exige aussi un changement d'attitude.»

La Banque du Canada continue de croire que les nouvelles règles pourront reposer principalement sur quelques principes clairs et la confiance dans le jugement des acteurs. Mais «une telle conception suppose une réceptivité de la part de l'industrie, réceptivité qui a manqué à l'appel au cours des derniers mois. Le soulagement menace de céder la place à l'orgueil démesuré», a déploré le gouverneur.






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