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Des agriculteurs s'allient contre le monopole syndical

Diversifier pour mieux produire. Une coalition de groupes d'agriculteurs revient à la charge contre le monopole syndical en vigueur dans les campagnes du Québec et qui, selon eux, représente plus que jamais une entrave à la diversification de l'offre alimentaire et un frein au développement des terroirs.

En s'appuyant sur la publication d'un « petit livre noir », le groupe invite d'ailleurs Québec à mettre le pluralisme à son menu dans le cadre de la nouvelle politique agricole qui pourrait bien voir le jour au printemps prochain. Au nom de la démocratie et du goût.

« Le manque de choix a assez duré », lance au téléphone Gilles Brouillard, vice-président des Céréaliers du Québec, un groupe de plus de 200 producteurs de maïs, blé ou soya au pays qui a pris part à cette Coalition pour la liberté d'association agricole du Québec (CLAAQ). L'Union paysanne, l'Association des érablières-Transformateurs des produits de l'érable, Avenue Bio de l'Est ainsi que le Réseau des jeunes maraîchers du Québec y ont également une voix. « Actuellement, les producteurs agricoles doivent s'en remettre à une orientation et à une organisation — l'Union des producteurs agricoles (UPA) — uniques, et l'on aimerait passer à autre chose. »

Le puissant syndicat agricole se retrouve une nouvelle fois sur la sellette, mais aussi au centre du « Petit livre noir du monopole syndical en agriculture » dévoilé hier par la Coalition. Sur une dizaine de pages, le groupe y expose les origines du monopole syndical, y remet sa valeur en question, mais aussi son caractère antidémocratique. Le livre y reprend d'ailleurs quelques conclusions du rapport Pronovost sur l'avenir de l'agriculture et de l'alimentation au Québec qui qualifie l'obligation d'adhésion des agriculteurs à l'UPA de « situation malsaine [qui] nuit même à la crédibilité de l'UPA », peut-on lire.

« Alors que le nouveau ministre de l'Agriculture, Claude Béchard, évoque l'écriture d'une nouvelle politique agricole, il serait dommage de maintenir le monopole syndical dans le nouveau cadre envisagé, a résumé hier Benoît Girouard, président de l'Union paysanne. Le monde agricole doit faire place à une diversité de points de vue. Pour cela, il faut remettre en question cet archaïsme. »

Pour la CLAAQ, les règles du jeu syndical agricole actuel encouragent « un modèle de production statique qui manque de flexibilité », indique M. Brouillard. « Seule la diversité va pouvoir encourager le développement de produits de niche, défendre les terroirs et combattre l'homogénéisation de la production agricole », ajoute M. Girouard.

Dans la ligne de mire de la Coalition, le grand syndicat agricole du Québec s'est dit étonné par cette nouvelle salve à l'endroit de son monopole, un débat qui, pour l'UPA, a « déjà été fait par les agriculteurs », a indiqué Patrice Juneau, porte-parole de l'institution. « En 1972, par référendum, dans le pur respect de la démocratie, les agriculteurs se sont prononcés majoritairement pour un syndicat unique. Ensuite, ils se prononcent de manière continue en maintenant leur adhésion à 95 % ». Notons que la cotisation syndicale est obligatoire pour chaque producteur, mais ce dernier peut choisir de payer tout en annulant de manière symbolique son adhésion à l'organisme.

La Coalition dit représenter à ce jour 1200 fermes unies contre le monopole de l'UPA et souhaite dans les prochaines semaines multiplier les actions afin d'informer la population du bien-fondé de leur combat. Un combat que soutient d'ailleurs la Commission Pronovost qui estime que, « dans une société démocratique, on peut difficilement justifier le maintien d'un régime qui oblige un groupe de personnes à adhérer à une structure unique d'association », peut-on lire dans le rapport définitif.






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