Qui veut la peau du billet vert?
On entend souvent dire que les États-Unis profitent outrageusement du statut privilégié du dollar dans l'économie mondiale et que l'inéluctable ascension d'autres devises précipitera le déclin de l'empire américain. Et si le contraire était aussi vrai?
On a fait grand cas, la semaine dernière, au Canada, de la montée en flèche du huard vers la parité avec le dollar américain. Ce qu'il fallait bien comprendre, c'est qu'une bonne part de cette performance était due au fait que le billet vert suivait, au même moment, la trajectoire inverse. Le recul par rapport au dollar canadien, à l'euro ou au yen japonais ces six derniers mois varie de 10 à 15 %. Fidèles à leurs habitudes, les autorités américaines jurent de remplir leur devoir patriotique de maintenir « un dollar fort », mais ne font pas grand-chose, alors que les autres pays menacent les Américains de larguer leur monnaie, tout en se portant à son secours.
La perception largement répandue aux États-Unis, comme à l'étranger, est que les Américains tirent un avantage énorme du fait que leur devise soit forte et qu'elle serve de principale monnaie d'échange dans l'économie internationale. Cela leur permettrait notamment de vivre au-dessus de leurs moyens sachant qu'ils trouveront toujours preneurs à l'étranger pour leurs bons du Trésor. Cette situation serait au détriment des autres économies parce qu'elle lierait leur sort aux hauts et aux bas d'un pays pouvant se permettre tous les excès.
« Les deux côtés se trompent », écrit Fred Bergsten, directeur du Peterson Institute for International Economics de Washington, dans un long article à paraître dans la prochaine édition de la revue Foreign Affairs. Les autres pays sont ravis de pouvoir compter sur une devise commune qui réduit leurs coûts de transaction et qu'il y ait des Américains qui s'endettent pour acheter leurs exportations. À l'inverse, le flot de liquidités disponibles n'est pas étranger à la facilité et l'insouciance avec lesquelles l'économie américaine a crû par endettement jusqu'à l'éclatement de la bulle immobilière, en 2007.
Les Américains seraient évidemment mal venus de trop se plaindre, puisqu'ils étaient des victimes consentantes. Il n'en demeure pas moins que le mieux qui pourrait leur arriver serait peut-être justement que le dollar perde un peu de son lustre afin de faciliter leur transition, ainsi que celle de l'économie mondiale tout entière, vers un modèle de développement plus durable.
Une chute de la valeur du dollar a pour effet de réduire la capacité des Américains d'importer des biens et services produits à l'étranger en même temps qu'elle rend plus compétitives leurs propres exportations. On se met soudainement à rêver, aux États-Unis, d'une reprise économique qui ne se ferait pas au détriment de l'épargne des ménages. « Que voulez-vous de mieux? », demandaient des économistes, la semaine dernière.
Le dollar est mort! Vive le dollar!
Il n'en fallait pas plus pour relancer les scénarios prédisant la destitution prochaine du dollar américain comme monnaie d'échange de l'économie mondiale. Le gouverneur de la Banque de Chine a causé tout un émoi lorsqu'il a proposé l'hiver dernier que le dollar soit remplacé par cet instrument financier du FMI appelé « droits de tirage spéciaux » (DTS). Ce panier de quatre devises (dollar, euro, yen et livre sterling) ne compte toutefois que pour environ 5 % des réserves mondiales de devises et ne serait pas facile à utiliser au quotidien par les marchés.
Certains penseront tout naturellement à la devise de la principale puissance montante, le yuan chinois, mais Pékin doit encore procéder à bien des réformes de son système financier — à commencer par abandonner la manipulation systématique de ses taux de change — avant de pouvoir espérer présenter une alternative crédible. Le prétendant le plus sérieux reste l'euro, qui a rapidement pris du galon ces dernières années et qui compte maintenant pour 25 % des réserves mondiales, contre 65 % pour le dollar.
On est toutefois loin de sentir les autres gouvernements aussi pressés qu'ils le disent de remplacer le dollar américain. Il est vrai que, jusqu'à nouvel ordre, aucune autre devise ne pouvait se vanter de reposer sur économie aussi large, stable et présente partout dans le monde. Et puis, il n'y a pas que l'économie américaine qui pourrait en sortir bouleversée. Les trois autres principales puissances (Japon, Chine et Allemagne) devraient aussi apprendre à moins dépendre de leurs exportations et à compter davantage sur leurs marchés intérieurs.
Mais toutes ces considérations sont sans doute très prématurées. Après tout, si le dollar américain a baissé ces six derniers mois, c'est principalement parce que beaucoup d'investisseurs s'étaient réfugiés dans les bons du Trésor américains les six mois précédents et que, maintenant que le pire de la crise semble passé, ils osent prendre un peu plus de « risques » avec d'autres devises. Le phénomène faisait dire la semaine dernière au chroniqueur du Financial Times, Martin Wolf: « En fait, la chute du dollar est le symptôme d'un succès, pas d'un échec. »
On a fait grand cas, la semaine dernière, au Canada, de la montée en flèche du huard vers la parité avec le dollar américain. Ce qu'il fallait bien comprendre, c'est qu'une bonne part de cette performance était due au fait que le billet vert suivait, au même moment, la trajectoire inverse. Le recul par rapport au dollar canadien, à l'euro ou au yen japonais ces six derniers mois varie de 10 à 15 %. Fidèles à leurs habitudes, les autorités américaines jurent de remplir leur devoir patriotique de maintenir « un dollar fort », mais ne font pas grand-chose, alors que les autres pays menacent les Américains de larguer leur monnaie, tout en se portant à son secours.
La perception largement répandue aux États-Unis, comme à l'étranger, est que les Américains tirent un avantage énorme du fait que leur devise soit forte et qu'elle serve de principale monnaie d'échange dans l'économie internationale. Cela leur permettrait notamment de vivre au-dessus de leurs moyens sachant qu'ils trouveront toujours preneurs à l'étranger pour leurs bons du Trésor. Cette situation serait au détriment des autres économies parce qu'elle lierait leur sort aux hauts et aux bas d'un pays pouvant se permettre tous les excès.
« Les deux côtés se trompent », écrit Fred Bergsten, directeur du Peterson Institute for International Economics de Washington, dans un long article à paraître dans la prochaine édition de la revue Foreign Affairs. Les autres pays sont ravis de pouvoir compter sur une devise commune qui réduit leurs coûts de transaction et qu'il y ait des Américains qui s'endettent pour acheter leurs exportations. À l'inverse, le flot de liquidités disponibles n'est pas étranger à la facilité et l'insouciance avec lesquelles l'économie américaine a crû par endettement jusqu'à l'éclatement de la bulle immobilière, en 2007.
Les Américains seraient évidemment mal venus de trop se plaindre, puisqu'ils étaient des victimes consentantes. Il n'en demeure pas moins que le mieux qui pourrait leur arriver serait peut-être justement que le dollar perde un peu de son lustre afin de faciliter leur transition, ainsi que celle de l'économie mondiale tout entière, vers un modèle de développement plus durable.
Une chute de la valeur du dollar a pour effet de réduire la capacité des Américains d'importer des biens et services produits à l'étranger en même temps qu'elle rend plus compétitives leurs propres exportations. On se met soudainement à rêver, aux États-Unis, d'une reprise économique qui ne se ferait pas au détriment de l'épargne des ménages. « Que voulez-vous de mieux? », demandaient des économistes, la semaine dernière.
Le dollar est mort! Vive le dollar!
Il n'en fallait pas plus pour relancer les scénarios prédisant la destitution prochaine du dollar américain comme monnaie d'échange de l'économie mondiale. Le gouverneur de la Banque de Chine a causé tout un émoi lorsqu'il a proposé l'hiver dernier que le dollar soit remplacé par cet instrument financier du FMI appelé « droits de tirage spéciaux » (DTS). Ce panier de quatre devises (dollar, euro, yen et livre sterling) ne compte toutefois que pour environ 5 % des réserves mondiales de devises et ne serait pas facile à utiliser au quotidien par les marchés.
Certains penseront tout naturellement à la devise de la principale puissance montante, le yuan chinois, mais Pékin doit encore procéder à bien des réformes de son système financier — à commencer par abandonner la manipulation systématique de ses taux de change — avant de pouvoir espérer présenter une alternative crédible. Le prétendant le plus sérieux reste l'euro, qui a rapidement pris du galon ces dernières années et qui compte maintenant pour 25 % des réserves mondiales, contre 65 % pour le dollar.
On est toutefois loin de sentir les autres gouvernements aussi pressés qu'ils le disent de remplacer le dollar américain. Il est vrai que, jusqu'à nouvel ordre, aucune autre devise ne pouvait se vanter de reposer sur économie aussi large, stable et présente partout dans le monde. Et puis, il n'y a pas que l'économie américaine qui pourrait en sortir bouleversée. Les trois autres principales puissances (Japon, Chine et Allemagne) devraient aussi apprendre à moins dépendre de leurs exportations et à compter davantage sur leurs marchés intérieurs.
Mais toutes ces considérations sont sans doute très prématurées. Après tout, si le dollar américain a baissé ces six derniers mois, c'est principalement parce que beaucoup d'investisseurs s'étaient réfugiés dans les bons du Trésor américains les six mois précédents et que, maintenant que le pire de la crise semble passé, ils osent prendre un peu plus de « risques » avec d'autres devises. Le phénomène faisait dire la semaine dernière au chroniqueur du Financial Times, Martin Wolf: « En fait, la chute du dollar est le symptôme d'un succès, pas d'un échec. »
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