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Le huard à quasi-parité avec le billet vert

À New York, le Dow Jones repasse le cap des 10 000 points

Le dollar canadien a poursuivi son ascension, hier, en réduisant d'un autre cent la distance qui le sépare de la parité d'avec le billet vert américain.

Porté par l'augmentation des prix des matières premières, par de bonnes nouvelles sur le front économique, mais aussi par la faiblesse du dollar américain, le huard a bondi de 96,48 ¢US à 97,48 ¢, soit 5 ¢ de plus qu'il y a une dizaine de jours seulement.

Certains économistes s'attendent maintenant à ce que la devise canadienne égale bientôt la devise américaine. Le dollar canadien a atteint et même dépassé cette parité à l'automne 2007, alors qu'il s'échangeait à 1,10 $. Il avait ensuite piqué du nez et ne valait plus que 76,53 ¢ au mois de mars dernier, avant de repartir vers le haut.

« Le problème ne tient pas seulement à sa valeur absolue, mais aussi à la vitesse à laquelle cette valeur varie », a souligné hier au Devoir Martin Lefebvre, économiste principal au Mouvement Desjardins. « Les entreprises n'ont tout simplement pas assez de temps pour s'adapter. »

La première victime à laquelle on pense est évidemment le secteur des exportations, dont les produits deviennent brusquement beaucoup plus chers pour les clients américains. Selon l'Association des manufacturiers et exportateurs du Canada, chaque fois que le huard s'apprécie de 1 % — soit l'équivalent de 1 ¢ actuellement —, les ventes canadiennes à l'étranger reculent de 2 milliards et 25 000 emplois sont compromis. De nouvelles statistiques sur les exportations ontariennes ont semblé confirmer ce phénomène hier, en rapportant une chute vertigineuse de 17,8 % au deuxième trimestre par rapport à la même période l'an dernier.

Théoriquement, cette appréciation du dollar canadien devrait aussi encourager les entreprises à se moderniser puisqu'elles peuvent acheter à moindres coûts de nouveaux équipements de production à l'étranger. « Mais, avec la crise que l'on vient de traverser, il est loin d'être certain que le premier souhait des entreprises survivantes est de contracter les emprunts nécessaires pour procéder à de telles acquisitions », a noté Martin Lefebvre.

Aubaines américaines

Les exportateurs pourraient bien ne pas être les seuls à faire les frais de la vigueur du dollar canadien. L'économiste de la Banque de Montréal, Douglas Porter, a prévenu hier que les commerçants devaient aussi s'attendre à voir de plus en plus de clients les délaisser au profit de leurs concurrents de l'autre côté de la frontière. « J'ai entendu dire que les files d'attente pour entrer au Canada étaient particulièrement longues à la frontière, lundi soir. »

Selon les plus récentes statistiques officielles, qui remontent au mois de juillet, l'écart de prix entre le Canada et les États-Unis pour un panier de 18 produits — comprenant entre autres des livres, un café filtre, une tronçonneuse et huit différents modèles de voitures — ne serait que de 6,8 %, comparativement à 20 % l'été dernier. Douglas Porter estime toutefois que la hausse du huard des derniers jours a déjà fait passer les économies que les Canadiens peuvent faire aux États-Unis à 12 %.

Le premier ministre Stephen Harper s'est dit mardi inquiet de l'impact que pouvait avoir cette envolée du huard sur la reprise économique qui montre le bout de son nez. Il a toutefois rappelé que la seule à pouvoir agir en la matière était la Banque du Canada, qui doit justement dévoiler son rapport sur la politique monétaire la semaine prochaine.

Cette dernière a déjà noté plus d'une fois qu'une appréciation trop brusque de la devise canadienne pouvait en effet présenter un risque pour l'économie. La plupart des économistes doutent cependant que l'on aille plus loin que les discours. Ils notent que le mode normal d'intervention serait de baisser les taux d'intérêt, mais qu'avec un taux directeur à presque 0 %, la banque centrale aurait bien du mal à le faire. Elle pourrait aussi décider d'imprimer des dollars canadiens et les vendre sur les marchés jusqu'à ce que leur valeur baisse, mais cela n'aurait probablement qu'un effet à court terme, en plus d'être du plus mauvais genre pour un pays qui fait la leçon à ceux, comme la Chine, qui osent manipuler le cours de leurs monnaies.

Et puis, observent les économistes, la Banque du Canada n'a pas bougé, même lorsque le huard a atteint 1,10 $.

Le retour des 10 000 points

Par ailleurs, l'indice Dow Jones a passé hier le cap des 10 000 points pour la première fois en un an à New York. Le dévoilement de résultats d'entreprises encourageants et de statistiques économiques moins mauvaises que prévu a permis à l'indice phare de Wall Street de gagner 144,80 points (1,47 %) et de clôturer la journée à 10 015,86 points.

Les investisseurs ont particulièrement apprécié le fait d'entendre la première banque à présenter ses résultats pour le troisième trimestre (la JPMorgan Chase) rapporter des profits de 3,59 milliards. Ils ont aussi été agréablement surpris d'apprendre que les ventes au détail aux États-Unis n'avaient reculé que de 1,5 % du mois d'août au mois de septembre, plutôt que de 2,1 % comme l'avaient prédit les analystes. L'essentiel de la baisse est dû à une chute de 10,4 % des ventes d'automobiles, qui était facile à prévoir avec l'arrêt à la fin août du programme fédéral de « prime à la casse », encourageant l'achat d'un véhicule neuf en remplacement d'un tacot.

On n'avait pas vu le Dow Jones au-dessus des 10 000 points depuis le 7 octobre 2008, soit trois semaines après la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers. Il s'est ainsi remplumé de 55 % par rapport à son creux de 6 469,95 points, atteint au début du mois de mars. Il reste toutefois encore inférieur de presque 30 % par rapport à son record absolu de 14 000 points, établi en octobre 2007.

****

Avec l'Agence France-Presse et La Presse canadienne
 
 
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  • Bernard Gervais
    Abonné
    jeudi 15 octobre 2009 00h46
    Plus désavantageux qu'avantageux !
    Comme on le dit souvent, toute chose à ses bons et mauvais côté.

    Ainsi, un dollar fort présente des avantages certains, notamment on ce qui concerne le remboursement de la dette de nos gouvernements, tant à Québec qu'à Ottawa, de même que les dépenses que nous faisons lors d'un voyage à l'étranger.

    Cependant, les inconvénients restent plus importants, surtout quand on pense que des milliers d'emplois chez nous dépendent pour beaucoup de l'exportation de nos produits aux États-Unis.

    Et n'oublions pas l'impact négatif pour notre industrie touristique. Ce n'est certainement pas un dollar, à parité avec le leur, qui incitera les Américains, déjà touchés par la crise, à venir nous visiter en grand nombre !

  • Normand Chaput
    Abonné
    jeudi 15 octobre 2009 11h39
    plus avantageux que désavantageux
    Les entreprises canadiennes se doivent d'être concurrentielles avec un dollar au pair. Tant que le dollar canadien est autour de 80 cents, elles deviennent paresseuses. Et un dollar fort permet une augmentation de la consommation et n'oublions pas que ce sont les consommateurs qui tiennent l'économie à bout de bras depuis bien longtemps.

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    jeudi 15 octobre 2009 16h46
    Tant pis pour les canards boiteux!
    Un dollar fort est excellent en soi dans une économie des connaissances et du savoir-faire digne du 21e siècle, les cerveaux canadiens valent autant sinon plus que les autres!

    A condition toutefois de ne pas être mal pris avec une économie qui tire sur le tiers-monde parce que trop à la remorque des matières premières non transformées.

    Une économie qui roule sur les produits finis à forte valeur ajoutée sort toujours gagnante sur le long terme. Un dollar faible avantage donc les canards boiteux!

    Hein, vous aimez ça la logique néo-libérale du Marché-providence? Eh bien allez au bout de votre raisonnement, s'il vous plaît !

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