La récession est terminée au Canada
L'annonce de la Banque du Canada suscite des réserves à Ottawa et chez les analystes
Photo : Agence Reuters
Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney
La récession économique est terminée au Canada, estime sa banque centrale. Elle fait place à une reprise qui sera lente et fragile. La Banque du Canada prévoyait jusque-là que le retour de la croissance ne se matérialiserait pas avant le quatrième et dernier trimestre de l'année. Elle a fait savoir hier, dans un nouveau Rapport sur la politique monétaire, qu'elle s'attendait désormais à ce que le troisième trimestre qui vient de commencer mène non pas à un recul de 1 % du produit intérieur brut (PIB) en rythme annualisé, comme elle le pensait, mais à une augmentation de 1,3 %, mettant ainsi un terme à une série de trois trimestres négatifs consécutifs.
Les raisons de cette meilleure tenue que prévu de l'économie canadienne avaient déjà été esquissées en début de semaine, dans le bref communiqué accompagnant l'annonce du maintien, probablement jusqu'à l'an prochain, du taux directeur à son plancher historique de 0,25 %. La Banque du Canada mentionne notamment «le repli plus modeste des dépenses des ménages et des entreprises», attribuable à un niveau de confiance dans l'économie plus élevé que prévu. Elle salue également «l'amélioration des conditions sur les marchés financiers» canadiens et mondiaux ainsi qu'une remontée plus rapide qu'espéré du prix des ressources naturelles, dont le sous-sol canadien est riche.
L'institution dirigée par le gouverneur Mark Carney prévient cependant que si cette reprise arrive plus vite qu'elle le disait encore dans ses dernières prévisions économiques, en avril, cela ne change fondamentalement rien au portrait à moyen terme qu'elle dressait de la situation, l'expansion s'annonçant «plus robuste» qu'anticipé jusqu'au milieu de 2010 pour devenir ensuite «plus faible» jusqu'à la fin 2011.
La Banque du Canada estime en effet désormais qu'en plus du 1,3 % de gain au troisième trimestre la croissance en rythme annualisé au quatrième trimestre s'élèvera à 3 % plutôt qu'à 2,4 %. Cela porterait le recul total du PIB en 2009 à 2,3 % plutôt qu'à 3 %. L'année prochaine serait aussi meilleure que prévu, avec une croissance de 3 % plutôt que de 2,5 %. C'est en 2011 que les perspectives s'assombriraient, avec une croissance de seulement 3,5 % plutôt que de 4,7 %.
Modeste, mais mieux que les autres
Bien que relativement modestes pour une économie qui aurait accumulé depuis le début de la crise un retard de 4,3 % par rapport à son potentiel de croissance, ces perspectives de croissance se comparent avantageusement avec celles qu'entrevoit la Banque du Canada dans les autres pays. Les États-Unis, qui commencent eux aussi à parler de reprise, n'auraient droit en effet qu'à des taux de croissance de -2,4 % en 2009, 1,4 % en 2010 et 3,4 % en 2011. La zone euro s'en tirerait encore plus mal, avec des taux de -4,4 % en 2009, 0,7 % en 2010 et 2,4 % en 2011. Il n'y a que la Chine à laquelle la Banque du Canada prévoit un avenir radieux, avec une croissance de 7,8 % en 2009, 8,3 % en 2010 et 9,6 % en 2011.
Outre les facteurs déjà mentionnés, l'économie canadienne profiterait aussi des généreuses mesures de relance monétaire et budgétaire des pouvoirs publics, de l'amélioration des conditions financières internationales et d'un début de reprise économique à l'échelle mondiale. Durement éprouvés depuis des mois, sinon des années, les exportateurs canadiens devraient aussi «bénéficier de manière disproportionnée de la reprise chez nos voisins du Sud en 2010 et 2011», prédit la Banque du Canada dans son rapport.
Ce portrait de la situation ne vient pas sans plusieurs zones d'ombres. Compte tenu de «l'atonie persistante du marché du travail» et de «l'érosion de leur patrimoine» imputable à la chute des valeurs boursières et du prix des maisons, la Banque s'attend à ce que les consommateurs «demeurent prudents» et soient plutôt portés à épargner. «Une vigueur et une volatilité accrues du dollar canadien représentent un important risque à la baisse», a également noté hier Mark Carney, qui avait pourtant semblé, en début de semaine, accorder un peu moins d'importance à cette question. Le gouverneur a aussi rappelé que le pays n'avait pas fini de subir les impacts de la restructuration engagée dans les secteurs de l'automobile et des produits forestiers. Il ne faut pas exclure non plus que les institutions financières étrangères, à l'origine de cette crise mondiale, nous réservent de «nouveaux revers provoqués notamment par des pertes inattendues».
Trop optimiste?
Les marchés ont bien accueilli hier ce nouveau Rapport sur la politique monétaire. Le dollar canadien a gagné plus d'un cent (1,01 ¢US) en terminant la journée à 92,04 ¢US. La Bourse de Toronto a quant à elle bondi de 243,33 points (2,3 %), à 10 675,68.
Accusé à plusieurs reprises, ces derniers mois, de pécher par excès d'optimisme, Mark Carney a tenu hier à faire une mise en garde, en conférence de presse. «Nous pensons que l'économie va croître ce trimestre, mais ce n'est pas garanti. Les politiques monétaires et fiscales sont importantes. La mise en application de politiques efficaces à l'étranger sera aussi importante.»
Le ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, s'est aussi gardé de verser dans le triomphalisme. «Je pense que nous allons dans la bonne direction», a-t-il déclaré. «Nous nous engageons dans une période de croissance économique modeste.»
Cette prudence en ce qui concerne les prévisions de la Banque du Canada et ce que l'avenir réserve est de bon aloi, ont déclaré plusieurs analystes hier. Après tout, si la plupart des prévisionnistes du secteur privé sont assez d'accord avec Mark Carney quant à l'ampleur de la récession cette année, ils prévoient aussi que la croissance ne dépassera pas 2,1 % l'an prochain, comparativement à 3 % pour la Banque du Canada.
«Nous croyons que la reprise économique canadienne pourrait s'avérer plus graduelle que ce que la Banque du Canada prévoit», a expliqué Benoit P. Durocher, économiste au Mouvement Desjardins. «Nous demeurons d'avis qu'il subsiste non seulement beaucoup d'incertitudes, mais que les profonds ajustements en cours au sein des économies mondiale et canadienne mettront encore plusieurs trimestres à se terminer.»
***
Avec la Presse canadienne et The Globe and Mail
Les raisons de cette meilleure tenue que prévu de l'économie canadienne avaient déjà été esquissées en début de semaine, dans le bref communiqué accompagnant l'annonce du maintien, probablement jusqu'à l'an prochain, du taux directeur à son plancher historique de 0,25 %. La Banque du Canada mentionne notamment «le repli plus modeste des dépenses des ménages et des entreprises», attribuable à un niveau de confiance dans l'économie plus élevé que prévu. Elle salue également «l'amélioration des conditions sur les marchés financiers» canadiens et mondiaux ainsi qu'une remontée plus rapide qu'espéré du prix des ressources naturelles, dont le sous-sol canadien est riche.
L'institution dirigée par le gouverneur Mark Carney prévient cependant que si cette reprise arrive plus vite qu'elle le disait encore dans ses dernières prévisions économiques, en avril, cela ne change fondamentalement rien au portrait à moyen terme qu'elle dressait de la situation, l'expansion s'annonçant «plus robuste» qu'anticipé jusqu'au milieu de 2010 pour devenir ensuite «plus faible» jusqu'à la fin 2011.
La Banque du Canada estime en effet désormais qu'en plus du 1,3 % de gain au troisième trimestre la croissance en rythme annualisé au quatrième trimestre s'élèvera à 3 % plutôt qu'à 2,4 %. Cela porterait le recul total du PIB en 2009 à 2,3 % plutôt qu'à 3 %. L'année prochaine serait aussi meilleure que prévu, avec une croissance de 3 % plutôt que de 2,5 %. C'est en 2011 que les perspectives s'assombriraient, avec une croissance de seulement 3,5 % plutôt que de 4,7 %.
Modeste, mais mieux que les autres
Bien que relativement modestes pour une économie qui aurait accumulé depuis le début de la crise un retard de 4,3 % par rapport à son potentiel de croissance, ces perspectives de croissance se comparent avantageusement avec celles qu'entrevoit la Banque du Canada dans les autres pays. Les États-Unis, qui commencent eux aussi à parler de reprise, n'auraient droit en effet qu'à des taux de croissance de -2,4 % en 2009, 1,4 % en 2010 et 3,4 % en 2011. La zone euro s'en tirerait encore plus mal, avec des taux de -4,4 % en 2009, 0,7 % en 2010 et 2,4 % en 2011. Il n'y a que la Chine à laquelle la Banque du Canada prévoit un avenir radieux, avec une croissance de 7,8 % en 2009, 8,3 % en 2010 et 9,6 % en 2011.
Outre les facteurs déjà mentionnés, l'économie canadienne profiterait aussi des généreuses mesures de relance monétaire et budgétaire des pouvoirs publics, de l'amélioration des conditions financières internationales et d'un début de reprise économique à l'échelle mondiale. Durement éprouvés depuis des mois, sinon des années, les exportateurs canadiens devraient aussi «bénéficier de manière disproportionnée de la reprise chez nos voisins du Sud en 2010 et 2011», prédit la Banque du Canada dans son rapport.
Ce portrait de la situation ne vient pas sans plusieurs zones d'ombres. Compte tenu de «l'atonie persistante du marché du travail» et de «l'érosion de leur patrimoine» imputable à la chute des valeurs boursières et du prix des maisons, la Banque s'attend à ce que les consommateurs «demeurent prudents» et soient plutôt portés à épargner. «Une vigueur et une volatilité accrues du dollar canadien représentent un important risque à la baisse», a également noté hier Mark Carney, qui avait pourtant semblé, en début de semaine, accorder un peu moins d'importance à cette question. Le gouverneur a aussi rappelé que le pays n'avait pas fini de subir les impacts de la restructuration engagée dans les secteurs de l'automobile et des produits forestiers. Il ne faut pas exclure non plus que les institutions financières étrangères, à l'origine de cette crise mondiale, nous réservent de «nouveaux revers provoqués notamment par des pertes inattendues».
Trop optimiste?
Les marchés ont bien accueilli hier ce nouveau Rapport sur la politique monétaire. Le dollar canadien a gagné plus d'un cent (1,01 ¢US) en terminant la journée à 92,04 ¢US. La Bourse de Toronto a quant à elle bondi de 243,33 points (2,3 %), à 10 675,68.
Accusé à plusieurs reprises, ces derniers mois, de pécher par excès d'optimisme, Mark Carney a tenu hier à faire une mise en garde, en conférence de presse. «Nous pensons que l'économie va croître ce trimestre, mais ce n'est pas garanti. Les politiques monétaires et fiscales sont importantes. La mise en application de politiques efficaces à l'étranger sera aussi importante.»
Le ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, s'est aussi gardé de verser dans le triomphalisme. «Je pense que nous allons dans la bonne direction», a-t-il déclaré. «Nous nous engageons dans une période de croissance économique modeste.»
Cette prudence en ce qui concerne les prévisions de la Banque du Canada et ce que l'avenir réserve est de bon aloi, ont déclaré plusieurs analystes hier. Après tout, si la plupart des prévisionnistes du secteur privé sont assez d'accord avec Mark Carney quant à l'ampleur de la récession cette année, ils prévoient aussi que la croissance ne dépassera pas 2,1 % l'an prochain, comparativement à 3 % pour la Banque du Canada.
«Nous croyons que la reprise économique canadienne pourrait s'avérer plus graduelle que ce que la Banque du Canada prévoit», a expliqué Benoit P. Durocher, économiste au Mouvement Desjardins. «Nous demeurons d'avis qu'il subsiste non seulement beaucoup d'incertitudes, mais que les profonds ajustements en cours au sein des économies mondiale et canadienne mettront encore plusieurs trimestres à se terminer.»
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Avec la Presse canadienne et The Globe and Mail
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