Les Américains voués à surnager, mais il y aura une reprise
Dans l'une de vos récentes chroniques, vous avez écrit que les États-Unis ont «recours tous azimuts à la planche à billets» pour monétiser leur dette de dix billions de dollars. Comme profane, je vous crois sur parole, d'autant plus que vous ne craignez pas de répéter vos propos, propos qui m'avaient étonné dans une chronique antérieure. 1) À terme, quel est l'impact de l'afflux d'une telle masse monétaire — à la Réal Caouette — dans la puissante (?) économie étasunienne? Peut-on croire que la planche à billets canadienne fonctionne aussi "à la planche" pour tâcher de contrer le déficit fédéral du gouvernement du Canada? Salutations cordiales.
R. L.
Il faut comprendre dans un premier temps que l'économie américaine a été dévastée par un véritable tsunami financier. Jamais n'ai-je vu, pour ma part, l'activité économique descendre aussi bas au sud de notre frontière. Des mises en chantier à moins de 500 000 unités sur une base annuelle, c'est du jamais vu. Un taux d'utilisation de la capacité de production à moins de 70 %, du jamais vu non plus. Un taux qui d'ailleurs a continué de reculer en mai pour s'établir à seulement 68,3 %. Un indice de confiance des consommateurs qui a basculé de 100 à seulement 27, du jamais vu en ce qui me concerne. Somme toute, vous devez comprendre que l'économie américaine est tombée à un très faible régime, si faible que certains n'hésitent pas à comparer l'actuelle crise à celle survenue lors des années 30.
À une différence près: l'immense afflux de liquidités. Des billions (un billion égale mille milliards) de dollars ont été injectés depuis août 2007 dans le système financier pour carrément sauver les grandes banques américaines et étrangères. Dans les années 30, les autorités gouvernementales ont tardé à réagir pour amortir le choc du krach boursier de 1929. Dans la présente crise, elles ont agi promptement et elles n'ont pas lésiné sur les moyens. Aussi, cet afflux de liquidités nous sera salutaire, du moins dans un premier temps. Il aura permis d'éviter des faillites en cascades des grandes institutions financières. Il aura aussi permis de procéder à la restructuration du secteur automobile américain.
Depuis mars dernier, à la suite de cet afflux d'argent sans précédent, les marchés boursiers ont amorcé un vif redressement. Les titres de nombreuses grandes compagnies ont bondi de 50 %, souvent de 100 % ou plus (tels ceux des grandes banques). Ce rebond important est un signe précurseur d'une prochaine reprise économique.
Nombreux sont les investisseurs à en douter. Ils croient que les indices boursiers se replieront violemment au cours des prochains trimestres. Pour ma part, je crois que le signal lancé par les marchés boursiers est le bon. Des taux d'intérêt à très court terme à presque 0 % combinés à des taux à plus long terme d'entre 3,5 % et 4 % (pour le terme de dix ans) ouvrent la voie à un redressement notoire de la rentabilité des banques américaines au cours des prochains trimestres. Les mises en chantier, à seulement 500 000 unités sur une base annuelle, ne peuvent tout simplement pas demeurer encore bien longtemps à un tel creux. Le nombre actuel de mises en chantier ne suffit pas à remplacer le stock de logements détruits ou devenus désuets chaque année au sud de notre frontière.
La production d'automobiles à près de neuf millions d'unités par année est certainement à un creux cyclique. Conséquence: un effet de balancier tout à fait naturel se produira au cours des prochains trimestres. Et dites-vous bien que la reprise sera dans sa première phase de forte amplitude. La raison: enregistrer un redressement de l'ordre de 50 % et bien plus n'est guère un grand effort à partir des creux actuels. Avec une population de 330 millions d'habitants, les États-Unis sont en mesure de doubler en quelques trimestres, par exemple, le nombre de mises en chantier, surtout dans le contexte actuel de grande souplesse des politiques monétaire et fiscale. Quant à la production d'automobiles, elle peut aisément repasser la barre de 12 millions d'unités sur une base annuelle en un laps de temps relativement court.
Le hic: en dépit d'un tel redressement, le niveau d'activité demeurera bien en dessous de celui enregistré en 2007, avant le début de la crise financière. En fait, les Américains, une fois la reprise amorcée, peineront pendant plusieurs années avant de parvenir à renouer avec des taux de croissance annuels du PIB de 3 % et plus. Car le recours tous azimuts à la planche à billets et aux déficits budgétaires à répétition comporte également son prix. Éventuellement, les Américains seront contraints de mettre de l'ordre dans leurs finances. Cela signifie des hausses de taxes et d'impôts. Ces ponctions fiscales restreindront considérablement la croissance potentielle de leur économie pendant de nombreuses années. Mais, durant cette période de purge financière, ils surnageront, ce qui suffira à l'économie mondiale pour reprendre un rythme de croissance décent.
Quant au Canada, nos autorités n'ont pas eu recours à la planche à billets pour amortir le choc de la présente récession. Elles ont limité le gros de leurs interventions aux moyens traditionnels que sont l'assouplissement de la politique monétaire (baisses des taux d'intérêt) et les stimulants fiscaux (déficits budgétaires conjoncturels).
R. L.
Il faut comprendre dans un premier temps que l'économie américaine a été dévastée par un véritable tsunami financier. Jamais n'ai-je vu, pour ma part, l'activité économique descendre aussi bas au sud de notre frontière. Des mises en chantier à moins de 500 000 unités sur une base annuelle, c'est du jamais vu. Un taux d'utilisation de la capacité de production à moins de 70 %, du jamais vu non plus. Un taux qui d'ailleurs a continué de reculer en mai pour s'établir à seulement 68,3 %. Un indice de confiance des consommateurs qui a basculé de 100 à seulement 27, du jamais vu en ce qui me concerne. Somme toute, vous devez comprendre que l'économie américaine est tombée à un très faible régime, si faible que certains n'hésitent pas à comparer l'actuelle crise à celle survenue lors des années 30.
À une différence près: l'immense afflux de liquidités. Des billions (un billion égale mille milliards) de dollars ont été injectés depuis août 2007 dans le système financier pour carrément sauver les grandes banques américaines et étrangères. Dans les années 30, les autorités gouvernementales ont tardé à réagir pour amortir le choc du krach boursier de 1929. Dans la présente crise, elles ont agi promptement et elles n'ont pas lésiné sur les moyens. Aussi, cet afflux de liquidités nous sera salutaire, du moins dans un premier temps. Il aura permis d'éviter des faillites en cascades des grandes institutions financières. Il aura aussi permis de procéder à la restructuration du secteur automobile américain.
Depuis mars dernier, à la suite de cet afflux d'argent sans précédent, les marchés boursiers ont amorcé un vif redressement. Les titres de nombreuses grandes compagnies ont bondi de 50 %, souvent de 100 % ou plus (tels ceux des grandes banques). Ce rebond important est un signe précurseur d'une prochaine reprise économique.
Nombreux sont les investisseurs à en douter. Ils croient que les indices boursiers se replieront violemment au cours des prochains trimestres. Pour ma part, je crois que le signal lancé par les marchés boursiers est le bon. Des taux d'intérêt à très court terme à presque 0 % combinés à des taux à plus long terme d'entre 3,5 % et 4 % (pour le terme de dix ans) ouvrent la voie à un redressement notoire de la rentabilité des banques américaines au cours des prochains trimestres. Les mises en chantier, à seulement 500 000 unités sur une base annuelle, ne peuvent tout simplement pas demeurer encore bien longtemps à un tel creux. Le nombre actuel de mises en chantier ne suffit pas à remplacer le stock de logements détruits ou devenus désuets chaque année au sud de notre frontière.
La production d'automobiles à près de neuf millions d'unités par année est certainement à un creux cyclique. Conséquence: un effet de balancier tout à fait naturel se produira au cours des prochains trimestres. Et dites-vous bien que la reprise sera dans sa première phase de forte amplitude. La raison: enregistrer un redressement de l'ordre de 50 % et bien plus n'est guère un grand effort à partir des creux actuels. Avec une population de 330 millions d'habitants, les États-Unis sont en mesure de doubler en quelques trimestres, par exemple, le nombre de mises en chantier, surtout dans le contexte actuel de grande souplesse des politiques monétaire et fiscale. Quant à la production d'automobiles, elle peut aisément repasser la barre de 12 millions d'unités sur une base annuelle en un laps de temps relativement court.
Le hic: en dépit d'un tel redressement, le niveau d'activité demeurera bien en dessous de celui enregistré en 2007, avant le début de la crise financière. En fait, les Américains, une fois la reprise amorcée, peineront pendant plusieurs années avant de parvenir à renouer avec des taux de croissance annuels du PIB de 3 % et plus. Car le recours tous azimuts à la planche à billets et aux déficits budgétaires à répétition comporte également son prix. Éventuellement, les Américains seront contraints de mettre de l'ordre dans leurs finances. Cela signifie des hausses de taxes et d'impôts. Ces ponctions fiscales restreindront considérablement la croissance potentielle de leur économie pendant de nombreuses années. Mais, durant cette période de purge financière, ils surnageront, ce qui suffira à l'économie mondiale pour reprendre un rythme de croissance décent.
Quant au Canada, nos autorités n'ont pas eu recours à la planche à billets pour amortir le choc de la présente récession. Elles ont limité le gros de leurs interventions aux moyens traditionnels que sont l'assouplissement de la politique monétaire (baisses des taux d'intérêt) et les stimulants fiscaux (déficits budgétaires conjoncturels).
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