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Perspectives - La 3e crise

Tout a commencé par une crise financière qui a mené ensuite à une crise économique. Les difficultés dans lesquelles se trouvent bien des régimes de retraite, la rapide montée du chômage et l'aggravation de la pauvreté font craindre maintenant que cela ne débouche sur une troisième crise, sociale celle-là.

Plus de 800 employés de la compagnie aérienne British Airways ont accepté la semaine dernière de travailler gratuitement pour leur employeur pendant une période de temps pouvant aller jusqu'à un mois. Plus de 5000 autres prendront des congés non payés ou passeront d'un horaire de travail à temps plein à un horaire à temps partiel pour aider l'entreprise à réduire ses coûts de main-d'oeuvre en cette période de difficultés économiques.

Ils ne seront pas les seuls à opter pour une forme ou l'autre de réduction de leurs conditions de travail afin d'éviter des mises à pied ou même la fermeture de leur entreprise. Selon une étude de la firme de consultants Watson Wyatt Worldwide, récemment citée par la revue The Economist, la proportion d'employeurs ayant eu recours à des baisses salariales ou à des congés non payés a bondi aux États-Unis de moins de 5 % en octobre à plus de 20 % en avril.

De telles mesures visant à ménager la chèvre et le chou ne pourront toutefois durer qu'un temps, préviennent les employeurs. Si la reprise économique se fait trop attendre, les entreprises n'auront d'autre choix que de couper partout où elles le pourront, y compris dans leur personnel.

Or, si l'on a beaucoup parlé de signes d'essoufflement de la crise depuis quelques semaines, on ne s'attend toujours pas à une reprise avant l'automne, et même le début de l'année prochaine. Pour ne rien arranger, ce retour des beaux jours s'annonce on ne peut plus timide, a souligné la semaine dernière la Banque mondiale, avec des taux de croissance de l'économie mondiale d'à peine 2 % en 2010 et de 3,2 % en 2011. En fait, «les conditions resteront celles d'une période de récession jusqu'à 2011», a résumé le principal analyste de ces questions pour l'institution internationale, Hans Timmer.

Aussi, le taux de chômage ne pourra que continuer d'augmenter. De seulement 5,6 % en 2007, le taux de chômage dans les pays développés pourrait atteindre dès l'an prochain une moyenne de 10 %, estime l'OCDE. Le pire, prévenait la semaine dernière l'institution, est qu'une partie de ces pertes d'emplois risque fort de se transformer en chômage structurel dont il sera ensuite très difficile de se débarrasser. Les crises précédentes ont en effet montré que plus un travailleur reste longtemps au chômage moins il a de chance de retrouver un emploi à cause du déphasage croissant entre ses compétences et les besoins du marché, et du sentiment de découragement qui le gagne petit à petit au fil des semaines, et des mois, de recherches infructueuses.

«Même si une reprise économique se profilait cette année ou l'année prochaine, la crise mondiale de l'emploi pourrait se prolonger pendant six à huit ans», a averti il y a dix jours l'Organisation internationale du travail (OIT). La tentation sera forte pour les entreprises et les gouvernements de répéter les vieilles recettes du passé en poussant à la retraite anticipée les travailleurs plus âgés.

Pas le temps de crier victoire

On serait toutefois mal avisé de le faire, a récemment mis en garde l'OCDE dans un autre rapport. Contrairement aux décennies passées, les pays développés s'apprêtent à faire face à un choc démographique sans précédent qui rendra, aussitôt après la sortie de la crise, cette main-d'oeuvre qualifiée plus rare et plus précieuse que jamais. Il y a lieu aussi de se demander comment feraient ces nouveaux préretraités pour boucler leurs fins de mois. «Les régimes privés de retraite ont subi de plein fouet le repli du cours des actions et de l'immobilier», rappelle ce rapport. La valeur de leurs investissements a reculé en moyenne de 23 % l'an dernier. Les perspectives des caisses publiques de retraite sont à peine plus brillantes avec la chute des revenus et l'explosion des dépenses qui affligent les gouvernements depuis le début de la récession.

Avec l'espoir d'une reprise qui se profile à l'horizon, on sent qu'il est tentant pour ces gouvernements de réduire graduellement l'ampleur des plans de relance économiques qu'ils ont déployés au cours des derniers mois. Ce serait toutefois une erreur, ont dit en choeur la semaine dernière l'OCDE et le Fonds monétaire international. La concrétisation de cette reprise reste encore loin d'être certaine. On aura besoin de toute l'aide promise par les pouvoirs publics, et peut-être même davantage.

Les dommages que la crise est en train de causer au bien-être des personnes et des familles, à la cohésion des sociétés et à la crédibilité des mécanismes de régulations nationales et internationales commandent toutefois qu'une plus grande attention soit accordée aux politiques sociales et à celles de l'emploi, estime l'OIT. Ces politiques ne représentent pour l'instant que 10 % à 15 % des plans de relance totaux.

Un plus grand effort de solidarité à l'égard des pays en voie de développement devra aussi être consenti si l'on ne veut pas courir le risque que la situation y tourne au chaos social. Car si les quatre cinquièmes du reste du monde ne s'en font pas, en cette période de récession mondiale, avec la crise de leurs régimes de sécurité sociale et le paiement de l'assurance chômage, c'est parce qu'ils n'en ont pas, rappelle l'OIT.
 
 
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