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Perspectives - Le retour des Molson

Cette manifestation publique d'amour au CH venant d'une nouvelle génération de la famille Molson vient brouiller les cartes. Une transaction imminente plaçant Quebecor vainqueur n'est plus une formalité. Il faut désormais compter sur l'éventualité d'un tandem Bell-Molson.

Serge Savard se retire, et le consortium dirigé par Stephen Bronfman réévalue ses options. L'entrée en scène de la nouvelle génération de la famille Molson vient ajouter une nouvelle dimension à ce face à face Quebecor-BCE qui se dessinait dans l'achat du Canadien, du Centre Bell et des spectacles Gillett. La chaîne de sports RDS peut encore croiser les doigts et il est encore prématuré d'apposer le nom de Vidéotron sur le Centre Bell.

Le 13 mai dernier, lors de l'assemblée annuelle de Molson Coors, Geoffrey Molson, 38 ans, était élu au conseil d'administration de l'entreprise. Il succédait ainsi à son père, Éric H. Molson, qui annonçait sa retraite après une carrière de 50 ans à la brasserie. Le 26 mai, Geoffrey Molson signait un communiqué dans lequel il soulignait qu'une nouvelle génération de la famille Molson considérait la possibilité de soumettre une proposition pour l'acquisition du Canadien, que la compagnie Molson avait vendu sous la direction précédente à George Gillett huit ans plus tôt.

Doit-on y voir une volte-face opportuniste? Après tout, Geoffrey Molson siège au conseil du Canadien à titre de représentant de Molson Coors, qui détient encore 19,9 % du club. Dans ce processus de vente transformé depuis peu en enchères sous la supervision de BMO Marchés des capitaux, les actionnaires ont tout intérêt à donner dans la surenchère afin de recevoir le prix le plus élevé possible.

Cette lecture simpliste est à exclure. Après tout, la partie vendeuse est George Gillett, et son intérêt, de 80,1 %. Pour le brasseur, l'équipe de hockey demeure un excellent véhicule commercial et Geoffrey Molson, vice-président du marketing de Molson Canada n'est pas sans mesurer toute l'importance stratégique d'une détention d'un bloc de 19,9 % dans la franchise montréalaise.

Cela étant, la famille Molson fait grand état dans son communiqué de son attachement pour le Canadien depuis 1957 et de son enracinement à Montréal depuis plus de deux siècles. Elle n'est pas sans jouer la carte de l'appartenance du club de hockey à sa communauté, sans faire valoir que ce puissant lien émotif qui unit le club à ses partisans contraste avec une conclusion transformant l'équipe en un outil commercial de convergence.

On peut aussi remonter l'histoire et revenir à cette association heureuse entre la compagnie Molson et George Gillett qui remonte à la vente du Canadien à l'homme d'affaires de Denver. Le brasseur voulait alors revenir à ses activités de base et monnayer un actif immobilisé de près de 350 millions à sa valeur marchande qui venait de rapporter un maigre rendement de 1 %, contre un rendement de plus de 7 % pour ses activités brassicoles traditionnelles. Ayant mandaté BMO Nesbitt Burns et n'obtenant que peu de manifestations d'intérêt pour une équipe qui n'allait alors nulle part, Dan O'neill, qui était alors chef de la direction de Molson, approchait son ami et homme d'affaires George Gillett pour lui proposer l'équipe et le Centre Bell.

Le tout lui a été offert sur un plateau d'argent et l'acheteur, qui éprouvait alors de la difficulté à dénicher le financement nécessaire, a pu miser sur un prêt de 140 millions de la Caisse de dépôt et sur une contribution du vendeur sous la forme d'actions privilégiées et d'un solde de prix de vente. Aujourd'hui, les quelques millions injectés directement dans le Canadien il y a huit ans pourraient lui rapporter plus de 200 millions.

On retient, enfin, que la conclusion de cette transaction ne sera pas uniquement l'affaire de la grosseur du chèque. Certes, tant Quebecor que BCE peuvent espérer d'importantes retombées commerciales qui les incitent à peser fort sur le crayon. Mais le conseil d'administration de la Ligue nationale a également son mot à dire, et est susceptible d'influencer l'issue de ce dossier. De voir comment la LNH combat les intentions du milliardaire excentrique Jim Balsillie, coprésident de Research in Motion, peut en dire long sur les préférences de ce club feutré et conservateur. L'homme d'affaires, qui veut alimenter ses Blackberry de parties de hockey professionnel, voit ses tentatives d'acheter les Coyotes de Phoenix pour déménager l'équipe en Ontario subir l'opposition de la ligue. M. Balsillie en est à sa troisième tentative d'acheter une franchise de la LNH.

Le retour des Molson vient donc modifier la donne. Et Bell, qui a pris un virage très commercial et consommateur sous sa nouvelle direction, saura mesurer où est son intérêt primordial. Pour la suite des choses...3
 
 
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