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Assemblée annuelle des actionnaires - Bombardier se croit toujours compétitif

Malgré un bénéfice en baisse de 31 %, le constructeur soutient qu'il ne craint pas une nouvelle hausse du dollar canadien

Le président et chef de la direction de Bombardier, Pierre Beaudoin, et son père Laurent, président du conseil de l’entreprise, se préparent à ouvrir l’assemblée annuelle du constructeur.
Photo : Jacques Nadeau
Le président et chef de la direction de Bombardier, Pierre Beaudoin, et son père Laurent, président du conseil de l’entreprise, se préparent à ouvrir l’assemblée annuelle du constructeur.
Bombardier pourra demeurer compétitif même si le dollar canadien retrouve la parité avec le billet vert, a soutenu hier le président et chef de la direction de la multinationale québécoise, Pierre Beaudoin.

«Dans nos stratégies, on planifie le dollar à parité avec le dollar US», a déclaré M. Beaudoin lors de la conférence de presse qui a suivi l'assemblée annuelle des actionnaires, hier à Montréal. «À ce niveau-là, on est capables de rencontrer les objectifs qu'on s'est donnés.»

Chaque augmentation de 1 ¢US du huard face au dollar américain coûte tout de même 20 millions à Bombardier, qui construit encore la majorité de ses avions au Canada. En mai, le dollar canadien s'est apprécié de plus de 9 %, de sorte qu'il vaut aujourd'hui plus de 90 ¢US.

Ce n'est toutefois pas la nouvelle flambée de la devise canadienne qui a nui aux résultats de Bombardier au premier trimestre, terminé le 30 avril, mais plutôt la récession et la crise dans le secteur de l'aviation. Le bénéfice net du géant montréalais s'est élevé à 158 millions $US (9 ¢US par action), en baisse de 31 % par rapport aux 229 millions (12 ¢US par action) dégagés pendant la même période de l'an dernier. Le chiffre d'affaires a atteint 4,5 milliards, en recul de 6,3 %.

Gel des salaires

Pour faire face au ralentissement, la direction a imposé un gel salarial à tous ses employés non syndiqués du siège social et de Bombardier Aéronautique. On a aussi diminué légèrement les investissements dans le développement des nouveaux appareils CSeries, Learjet 85 et CRJ 1000, sans toutefois toucher aux échéanciers.

Pendant le trimestre, Bombardier Aéronautique a essuyé pas moins de 61 annulations de commandes d'avions d'affaires et n'a obtenu que 20 nouvelles commandes pour de tels appareils. L'avionneur n'a reçu aucune commande pour des appareils régionaux, mais a sauvé la mise grâce à 50 commandes pour ses nouveaux biréacteurs de la CSeries, pour un total de neuf commandes nettes (contre 118 commandes l'an dernier).

Le carnet de commandes de Bombardier Aéronautique a ainsi glissé à 22,4 milliards, comparativement à 23,5 milliards au 31 janvier. L'avionneur a livré 75 appareils pendant le trimestre, contre 87 il y a un an. L'entreprise se retrouve actuellement avec 25 avions neufs invendus et 34 appareils usagés, une situation inhabituelle qui pèse sur ses finances.

Affecté par le déclin de l'aviation d'affaires (recul des livraisons d'appareils, diminution des activités de nolisement d'avions, de maintenance et de vente de pièces de rechange), le chiffre d'affaires de Bombardier Aéronautique a fléchi de 8,3 % pour s'établir à 2,2 milliards. Le bénéfice d'exploitation a atteint 110 millions (5 % des revenus), contre 206 millions (8,7 % des revenus) l'an dernier.

Le président et chef de l'exploitation de Bombardier Aéronautique, Guy Hachey, entrevoit néanmoins la fin de la tempête. «Il y a plusieurs indicateurs [selon lesquels] l'économie ne reprendra peut-être pas immédiatement, mais [qui laissent entendre] que les choses se sont stabilisées, a-t-il affirmé. On a vu ça, aussi, dans nos commandes en avril et en mai.»

Au salon de l'aviation d'affaires EBACE, tenu le mois dernier à Genève, M. Hachey a rencontré pas moins de 80 clients, un net contraste avec la période «très lente» qui s'est étalée entre décembre et mars.

Bombardier Aéronautique ne prévoit donc pas de nouveaux licenciements après les 4360 mises à pied annoncées en février et en avril, dont 1740 dans la région de Montréal.

«On est assez confiants qu'on a ajusté la cadence de production avec la demande», a précisé Guy Hachey.

La récession a tout de même du bon: elle facilite le recrutement. «Le gros défi, quand tout allait bien, c'était d'aller chercher des ingénieurs, a souligné le dirigeant. Quand l'économie a ralenti, nous avons vu que des gens très talentueux, à l'échelle mondiale, devenaient disponibles.»

Quelque 1000 ingénieurs de Bombardier travaillent actuellement à la CSeries. Aux installations de Dorval, environ 250 ingénieurs issus des fournisseurs travaillent avec leurs collègues de Bombardier à la conception de la nouvelle famille d'appareils de 110 à 149 places, qui doit entrer en service en 2013. L'identité des derniers fournisseurs de la CSeries sera dévoilée la semaine prochaine au salon aéronautique du Bourget, en banlieue de Paris.

Rail

De son côté, la division ferroviaire, Bombardier Transport, a continué d'échapper aux affres de la récession. Ses revenus ont atteint 2,3 milliards, comparativement à 2,4 milliards l'an dernier. Mais en excluant l'incidence négative des taux de change (438 millions), les revenus auraient augmenté de 281 millions.

Le bénéfice d'exploitation s'est chiffré à 125 millions (5,6 % des revenus), comparativement à 118 millions (4,9 % des revenus) il y a un an.

Les nouvelles commandes ont totalisé 1,2 milliard, soit la moitié moins que l'an dernier. Le carnet de commandes a néanmoins crû, passant de 24,7 milliards au 31 janvier à 25 milliards au 30 avril.

Bombardier Transport s'attend à de nombreux appels d'offres publics au cours des prochains mois, dans la foulée notamment des plans de relance économique des gouvernements. Certains pourraient toutefois être décalés.

Comme on pouvait s'y attendre, les actionnaires ont rejeté hier les propositions mises de l'avant par le Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires (MEDAC), y compris celle demandant à l'entreprise de soumettre au vote des actionnaires la politique de rémunération des hauts dirigeants. Il faut dire que la famille Bombardier-Beaudoin contrôle 54 % des droits de vote.

Pierre Beaudoin a tout de même assuré qu'il ne fermait «pas la porte» à un tel changement, en s'empressant toutefois d'ajouter que l'entreprise disposait actuellement d'un «bon processus» en la matière.
 
 
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