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Québec accueille 400 experts qui travailleront à un projet de norme ISO 26 000 sur le développement durable

Une ouvrière fabrique des volants de badminton dans une manufacture chinoise. Outre l’impact environnemental, la future norme ISO 26 000 mesurera les conditions de vie des employés d’une entreprise.
Photo : Agence France-Presse
Une ouvrière fabrique des volants de badminton dans une manufacture chinoise. Outre l’impact environnemental, la future norme ISO 26 000 mesurera les conditions de vie des employés d’une entreprise.
Plus de 400 experts de 80 pays se réuniront toute la semaine, à Québec, afin de faire avancer le projet d'une norme ISO sur la responsabilité sociétale des organisations.

Désignée sous l'appellation ISO 26 000, la future norme serait la première à faire consensus à l'échelle internationale sur la question du développement durable, qui porte, entre autres, sur les droits de l'homme, les conditions de travail, l'environnement, les bonnes pratiques d'affaires et la relation avec les consommateurs.

La tâche s'avère autrement plus complexe que pour les autres normes plus techniques de l'Organisation internationale de normalisation (ISO), comme les fameuses normes ISO 9000 sur la qualité de la production et la gestion des entreprises, note Jacques Blanchet, écoconseiller au Bureau de normalisation du Québec et membre du petit groupe d'experts chargés de la rédaction, proprement dite, de la future norme ISO 26 000. «Normalement, il ne faut que de deux à trois ans à 20, parfois 100 experts pour effectuer le travail.»

On compte, dans ce cas-ci, un total de 600 experts provenant de 80 pays et de 39 organisations internationales. Censés assurer une représentation équitable des hommes et des femmes, des pays du Nord comme du Sud, ils proviennent à la fois des universités, des gouvernements, des entreprises, des syndicats, des ONG et des groupes de consommateurs.

Tous ne voient pas nécessairement d'un bon oeil cette idée de norme commune en matière de développement durable. On craint notamment que les futures règles deviennent obligatoires, alors qu'il a été convenu dès le départ qu'elles resteraient volontaires. D'autres ont peur qu'elles servent de prétexte pour lever de nouvelles barrières commerciales. Des voix s'inquiètent aussi que l'ensemble de principes et de processus qui fait déjà plus d'une centaine de pages soit trop complexe pour les plus petites entreprises.

Entrepris en 2005, le projet devrait arriver à terme avant la fin de l'année prochaine, espère Jacques Blanchet. Le texte final ne présentera probablement pas de grande innovation dans son contenu, prévient-il. «Il s'agira essentiellement d'un assemblage de différentes normes internationales venant de l'Organisation internationale du travail, de l'ONU ou encore de l'Organisation mondiale de la santé.» Il ne visera pas non plus à mettre en place un processus formel d'évaluation au terme duquel on pourrait, par exemple, donner une note de passage ou d'échec à une entreprise ou à un gouvernement.

Il fournira quand même une première base commune de comparaison internationale. Il servira aussi de référence aux organisations qui désireront s'engager formellement sur la voie du développement durable, même dans les pays où ces principes ne sont pas appliqués.

Cycle de vie

«On sent une demande sans cesse grandissante sur ces questions chez les consommateurs, et par le fait même chez les entreprises», note Catherine Benoît, l'une des chercheuses qui participeront à l'événement qui s'ouvrira aujourd'hui à Québec par un colloque de deux jours intitulé «Autour d'ISO 26000, la responsabilité sociétale des organisations», et qui se transformera ensuite en sessions de travail à huis clos jusqu'à jeudi.

La chercheuse de l'UQAM y dévoilera lundi, avec une vingtaine d'autres experts internationaux, le premier guide à l'intention de ceux qui voudraient procéder aux premières analyses sociales du cycle de vie des produits. Jusqu'à présent confinée aux enjeux environnementaux, l'analyse du cycle de vie cherche à suivre tout le parcours d'un bien, en commençant par l'extraction de la matière première et sa transformation à l'usine, mais aussi son transport, sa vente et sa disposition dans un dépotoir. Plutôt que de mesurer seulement son empreinte écologique, on regarderait aussi cette fois-ci les salaires versés aux travailleurs, leur état de santé ou encore l'impact subi par les communautés locales.

De nombreuses difficultés doivent encore être surmontées pour procéder à de telles analyses dans un monde où les chaînes de production ne cessent de s'allonger et de se ramifier, dit Catherine Benoît. La première est tout bêtement de trouver des informations fiables sur tous ces intrants et extrants sociaux. Il faut souvent les dénicher dans d'immenses banques de données parfois poussiéreuses ou les faire jaillir du croisement de sources diverses. «Ça paraît impossible, mais on arrive à le faire.»

Le Québec est en train de se bâtir une belle réputation sur la scène internationale en matière de réflexion sur la responsabilité sociétale, observe Marie-Claude Drouin, responsable du développement des affaires au Bureau de normalisation du Québec. «Le fait que l'on soit l'un trois États dans le monde à avoir une loi sur le développement durable y est sans doute pour quelque chose.»
 
 
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