36 000 nouveaux emplois au Canada
«Malgré les gains affichés en avril, il est trop tôt pour crier victoire»
Photo : Agence France-Presse
À 8 % en avril, le taux de chômage reste donc à son niveau le plus élevé en sept ans, étant donné que l’augmentation des emplois a coïncidé avec une croissance de la population active.
Suivant l'adage selon lequel une hirondelle ne fait le printemps, les chiffres sur le chômage au Québec et au Canada pour le mois d'avril ne signifient pas que la récession est terminée, bien qu'il y ait eu 36 000 nouveaux emplois au Canada, dont 22 000 au Québec. Le taux de chômage est demeuré à 8 % pour le Canada et il est passé de 8,3 à 8,4 % au Québec par suite d'ajout de 29 100 personnes dans la population active.
«Malgré les gains affichés en avril, il est trop tôt pour crier victoire. Les mauvaises nouvelles ne sont pas terminées, trop d'indicateurs laissent croire que la récession et son cortège de mises à pied sont encore là pour un moment. L'Indice précurseur Desjardins demeure négatif et présage que la récession sera en cours au Québec pour encore trois à six mois. En Ontario, les fermetures annoncées cet hiver prendront effet ce printemps», écrit Joëlle Noreau, économiste principale chez Desjardins.
Ses collègues d'autres institutions financières partagent la même opinion. «Les statistiques sur l'emploi de ce matin (vendredi) concordent avec notre scénario, qui prévoit une stabilisation de l'économie au deuxième trimestre, suivie par une croissance positive au deuxième semestre», mentionne Marc Pinsonneau de Banque Nationale Groupe financier. À la Banque TD, tout est dans le titre du commentaire: «La destruction des emplois au Canada prend un répit en avril.» Diana Petramala explique ensuite qu'on ne devrait pas accorder une grande signification aux résultats d'un seul mois: «Pendant la récession des années 1990, il n'était pas rare de voir un ou deux mois de remontée de l'emploi entre plusieurs mois de pertes d'emplois. L'économie canadienne va de l'avant, mais elle a encore plusieurs défis devant elle.»
La classe politique tient essentiellement des propos dans le même sens. Jim Flaherty, ministre fédéral des Finances, voit un signe encourageant dans cette création «surprise» d'emplois indépendants, mais il reconnaît également qu'il reste encore plusieurs défis à relever. À Québec, Sam Hamad, ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, s'est évidemment réjoui du fait que 60 % de ces nouveaux emplois en avril ont été créés au Québec, soit 22 400, dont 20 900 à temps plein. Le ministre prévient cependant que la récession n'est pas encore terminée et que le gouvernement maintiendra ses efforts pour aider les individus, les travailleurs et les entreprises touchés par la récession. Il a invité les entreprises qui connaissent des difficultés quant à leur main-d'oeuvre à recourir à la ligne téléphonique 1 888 EMPLOIS que le gouvernement a mise en place depuis le 1er avril. Enfin, Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, a mentionné que c'était une bonne nouvelle de voir le taux de chômage se stabiliser, mais qu'il était beaucoup trop tôt pour parler d'un tournant.
Les chiffres de Statistique Canada le confirment d'ailleurs complètement. Malgré l'augmentation de 36 000 emplois en avril, l'emploi global au Canada a diminué de 321 000 depuis son sommet en octobre 2008, soit un repli de 1,9 %. Pendant cette période, la contraction a été particulièrement marquée dans la construction (-8,5 %), la fabrication (-6,5 %) et les ressources naturelles (-5,9 %), tous des secteurs au coeur de l'activité économique.
À 8 % en avril, le taux de chômage reste donc à son niveau le plus élevé en sept ans, étant donné que l'augmentation des emplois a coïncidé avec une croissance de la population active. Quoi qu'il en soit, la création d'emplois en avril dernier a surtout eu lieu dans les industries de services, soit 17 000 dans l'information, les loisirs et la culture, 15 000 dans les services aux entreprises, aux bâtiments et autres services de soutien. Il y en a 14 000 dans tous les autres services et 9000 en agriculture.
Ce qui frappe aussi dans les statistiques d'avril est que le nombre de travailleurs indépendants a augmenté de 37 000, alors que le nombre d'employés des secteurs privé et public a peu bougé. Depuis octobre, le nombre de travailleurs indépendants a augmenté de 1,3 %, alors que le nombre d'employés a diminué de 2,6 % dans le secteur privé et de 2 % dans le secteur public. Certains ont d'ailleurs des doutes sur la solidité de cette statistique concernant les travailleurs indépendants. En avril, l'emploi à temps plein a augmenté de 39 000, tandis que le travail à temps partiel a peu bougé. En revanche, depuis octobre, l'emploi à temps plein a régressé de 2,5 % et l'emploi à temps partiel a crû de 0,8 %.
Les statistiques d'avril confirment encore une fois que le Québec s'en tire mieux que d'autres, surtout l'Ontario. Depuis octobre, l'emploi au Québec a connu une baisse de 0,8 %, en comparaison d'une chute de 1,9 % pour la moyenne canadienne. Toutefois, deux secteurs ont été particulièrement affectés, soit la construction, avec une baisse de 5,4 % de l'emploi, et la foresterie, les pêches et les mines, avec un repli de 4,1 %.
En Ontario, le taux de chômage est demeuré inchangé à 8,7 % en avril, soit le niveau le plus élevé depuis avril 1997. Depuis octobre, il y a eu en Ontario une diminution de l'emploi de 2,6 %, soit 174 000 emplois, la moitié de tous les emplois perdus au Canada pendant cette période. En avril, après le Québec, c'est la Colombie-Britannique qui a le mieux fait, avec la création de 17 000 emplois. Le taux de chômage s'y est maintenu à 7,4 %, mais depuis octobre cette province a perdu 52 000 emplois, un recul de 2,2 %.
La publication des statistiques sur le chômage et l'emploi n'a visiblement pas eu d'effet négatif sur l'économie en général puisque le dollar canadien a pris plus d'un cent après l'annonce de Statistique Canada, grimpant au-dessus de la barre du 86 ¢US pour la première fois depuis novembre. En revanche, la Société canadienne d'hypothèque et de logement (SCHL) a rapporté 117 400 mises en chantier au pays pour le mois d'avril, le plus bas niveau depuis 1996.
Plus tôt cette semaine, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a prédit de nouveau que les difficultés économiques des deux derniers trimestres ralentiraient dans les deuxième et troisième trimestres de cette année avant que l'économie ne commence à rebondir dans les trois derniers mois de 2009. Les données sur l'emploi en avril, le premier mois du deuxième trimestre, pourraient être un signe annonciateur de cette tendance, ce qui reste très certainement à être confirmé au cours des mois prochains. Pour l'instant, l'économiste Derek Holt, de Scotia Capitaux, affirme qu'il se méfie de la catégorie du travail indépendant puisque ces emplois sont probablement involontaires et parce qu'elle contient une erreur d'échantillonnage importante.
En outre, un plus grand nombre de travailleurs indépendants pourrait être un signe de la faiblesse du marché du travail et non le contraire, croit l'économiste Sylvain Schetagne, du Congrès du travail du Canada: «Si vous n'êtes pas admissible à l'assurance-emploi ou si vous n'y avez plus droit et qu'il n'y a pas d'emplois de disponibles, que faites-vous? Vous vendez tout et allez sur l'aide sociale, ou vous devenez travailleur indépendant. Ces travailleurs passent du statut d'employé au statut de travailleur indépendant, mais peuvent-ils véritablement en vivre?»
Les analystes ont tout de même noté que même en supprimant cette catégorie, l'emploi est réduit d'à peine 1100 postes en avril, ce qui est loin des 50 000 pertes d'emplois prévues par les économistes.
***
avec La Presse canadienne
«Malgré les gains affichés en avril, il est trop tôt pour crier victoire. Les mauvaises nouvelles ne sont pas terminées, trop d'indicateurs laissent croire que la récession et son cortège de mises à pied sont encore là pour un moment. L'Indice précurseur Desjardins demeure négatif et présage que la récession sera en cours au Québec pour encore trois à six mois. En Ontario, les fermetures annoncées cet hiver prendront effet ce printemps», écrit Joëlle Noreau, économiste principale chez Desjardins.
Ses collègues d'autres institutions financières partagent la même opinion. «Les statistiques sur l'emploi de ce matin (vendredi) concordent avec notre scénario, qui prévoit une stabilisation de l'économie au deuxième trimestre, suivie par une croissance positive au deuxième semestre», mentionne Marc Pinsonneau de Banque Nationale Groupe financier. À la Banque TD, tout est dans le titre du commentaire: «La destruction des emplois au Canada prend un répit en avril.» Diana Petramala explique ensuite qu'on ne devrait pas accorder une grande signification aux résultats d'un seul mois: «Pendant la récession des années 1990, il n'était pas rare de voir un ou deux mois de remontée de l'emploi entre plusieurs mois de pertes d'emplois. L'économie canadienne va de l'avant, mais elle a encore plusieurs défis devant elle.»
La classe politique tient essentiellement des propos dans le même sens. Jim Flaherty, ministre fédéral des Finances, voit un signe encourageant dans cette création «surprise» d'emplois indépendants, mais il reconnaît également qu'il reste encore plusieurs défis à relever. À Québec, Sam Hamad, ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, s'est évidemment réjoui du fait que 60 % de ces nouveaux emplois en avril ont été créés au Québec, soit 22 400, dont 20 900 à temps plein. Le ministre prévient cependant que la récession n'est pas encore terminée et que le gouvernement maintiendra ses efforts pour aider les individus, les travailleurs et les entreprises touchés par la récession. Il a invité les entreprises qui connaissent des difficultés quant à leur main-d'oeuvre à recourir à la ligne téléphonique 1 888 EMPLOIS que le gouvernement a mise en place depuis le 1er avril. Enfin, Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois, a mentionné que c'était une bonne nouvelle de voir le taux de chômage se stabiliser, mais qu'il était beaucoup trop tôt pour parler d'un tournant.
Les chiffres de Statistique Canada le confirment d'ailleurs complètement. Malgré l'augmentation de 36 000 emplois en avril, l'emploi global au Canada a diminué de 321 000 depuis son sommet en octobre 2008, soit un repli de 1,9 %. Pendant cette période, la contraction a été particulièrement marquée dans la construction (-8,5 %), la fabrication (-6,5 %) et les ressources naturelles (-5,9 %), tous des secteurs au coeur de l'activité économique.
À 8 % en avril, le taux de chômage reste donc à son niveau le plus élevé en sept ans, étant donné que l'augmentation des emplois a coïncidé avec une croissance de la population active. Quoi qu'il en soit, la création d'emplois en avril dernier a surtout eu lieu dans les industries de services, soit 17 000 dans l'information, les loisirs et la culture, 15 000 dans les services aux entreprises, aux bâtiments et autres services de soutien. Il y en a 14 000 dans tous les autres services et 9000 en agriculture.
Ce qui frappe aussi dans les statistiques d'avril est que le nombre de travailleurs indépendants a augmenté de 37 000, alors que le nombre d'employés des secteurs privé et public a peu bougé. Depuis octobre, le nombre de travailleurs indépendants a augmenté de 1,3 %, alors que le nombre d'employés a diminué de 2,6 % dans le secteur privé et de 2 % dans le secteur public. Certains ont d'ailleurs des doutes sur la solidité de cette statistique concernant les travailleurs indépendants. En avril, l'emploi à temps plein a augmenté de 39 000, tandis que le travail à temps partiel a peu bougé. En revanche, depuis octobre, l'emploi à temps plein a régressé de 2,5 % et l'emploi à temps partiel a crû de 0,8 %.
Les statistiques d'avril confirment encore une fois que le Québec s'en tire mieux que d'autres, surtout l'Ontario. Depuis octobre, l'emploi au Québec a connu une baisse de 0,8 %, en comparaison d'une chute de 1,9 % pour la moyenne canadienne. Toutefois, deux secteurs ont été particulièrement affectés, soit la construction, avec une baisse de 5,4 % de l'emploi, et la foresterie, les pêches et les mines, avec un repli de 4,1 %.
En Ontario, le taux de chômage est demeuré inchangé à 8,7 % en avril, soit le niveau le plus élevé depuis avril 1997. Depuis octobre, il y a eu en Ontario une diminution de l'emploi de 2,6 %, soit 174 000 emplois, la moitié de tous les emplois perdus au Canada pendant cette période. En avril, après le Québec, c'est la Colombie-Britannique qui a le mieux fait, avec la création de 17 000 emplois. Le taux de chômage s'y est maintenu à 7,4 %, mais depuis octobre cette province a perdu 52 000 emplois, un recul de 2,2 %.
La publication des statistiques sur le chômage et l'emploi n'a visiblement pas eu d'effet négatif sur l'économie en général puisque le dollar canadien a pris plus d'un cent après l'annonce de Statistique Canada, grimpant au-dessus de la barre du 86 ¢US pour la première fois depuis novembre. En revanche, la Société canadienne d'hypothèque et de logement (SCHL) a rapporté 117 400 mises en chantier au pays pour le mois d'avril, le plus bas niveau depuis 1996.
Plus tôt cette semaine, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a prédit de nouveau que les difficultés économiques des deux derniers trimestres ralentiraient dans les deuxième et troisième trimestres de cette année avant que l'économie ne commence à rebondir dans les trois derniers mois de 2009. Les données sur l'emploi en avril, le premier mois du deuxième trimestre, pourraient être un signe annonciateur de cette tendance, ce qui reste très certainement à être confirmé au cours des mois prochains. Pour l'instant, l'économiste Derek Holt, de Scotia Capitaux, affirme qu'il se méfie de la catégorie du travail indépendant puisque ces emplois sont probablement involontaires et parce qu'elle contient une erreur d'échantillonnage importante.
En outre, un plus grand nombre de travailleurs indépendants pourrait être un signe de la faiblesse du marché du travail et non le contraire, croit l'économiste Sylvain Schetagne, du Congrès du travail du Canada: «Si vous n'êtes pas admissible à l'assurance-emploi ou si vous n'y avez plus droit et qu'il n'y a pas d'emplois de disponibles, que faites-vous? Vous vendez tout et allez sur l'aide sociale, ou vous devenez travailleur indépendant. Ces travailleurs passent du statut d'employé au statut de travailleur indépendant, mais peuvent-ils véritablement en vivre?»
Les analystes ont tout de même noté que même en supprimant cette catégorie, l'emploi est réduit d'à peine 1100 postes en avril, ce qui est loin des 50 000 pertes d'emplois prévues par les économistes.
***
avec La Presse canadienne
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

