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La colère gronde chez les travailleurs de Vidéotron

«On est amers. On ne voit pas où sont les gains.»

Pendant que leur syndicat crie victoire, plusieurs travailleurs de Vidéotron ne décolèrent pas. Après presque 11 mois dans la rue, ils trouvent qu'ils ont obtenu trop peu. Et ils jettent le blâme sur leurs négociateurs.

«On est amers. On ne voit pas où sont les gains. Au bout du compte, la compagnie a réussi à abaisser sa masse salariale [abolition de 268 postes] et à faire des mises à pied déguisées», souligne Cathy (nom fictif). La technicienne ne sait toujours pas si elle quittera ou non l'entreprise avec le programme spécial couvrant de trois à dix-huit mois de salaire.

«On aurait dû continuer à se battre, mais l'exécutif syndical nous a découragés, reprend-elle. [...] Accepter un truc conditionnel au départ d'un certain nombre de travailleurs est une stratégie complètement ridicule. Ce n'est pas une bonne entente et il y a eu du tordage de bras pour qu'elle passe.»

Lors de l'assemblée, 650 membres ignoraient toujours où ils allaient travailler à leur retour, ajoute Mathieu (nom fictif). «C'est évident que l'entente n'était pas arrivée à terme, que le syndicat a signé alors qu'il n'était pas prêt. Il y a beaucoup trop de si dans le document.»

Assemblée manipulée

Les deux travailleurs affirment que l'exécutif syndical a manipulé l'assemblée. «Tous ceux que j'ai rencontrés qui ont voté pour n'étaient pas très contents. Ils ont eu l'impression d'avoir un fusil sur la tempe», indique Mathieu. Il y a eu de l'intimidation et du chantage, renchérit Cathy. «En gros, on nous a dit que, si on refusait, on se reverrait dans deux ans. On nous a aussi dit que les autres syndicats arrêteraient de nous soutenir financièrement.»

De son côté, Louise (nom fictif) n'a pas hésité à faire une demande de départ volontaire. «Je n'ai rien à perdre. Je n'ai que trois ans d'ancienneté et j'ai la chance de pouvoir me permettre de ne pas retourner travailler pour [Pierre Karl] Péladeau. Je préfère faire de la télévente — même si c'est contre mes valeurs — que de remettre les pieds chez Vidéotron.»

Ils soulignent également à grands traits que la porte est maintenant grande ouverte pour la sous-traitance. Et leurs affirmations sont confirmées à la lecture de l'entente de principe survenue le 21 avril entre le Syndicat des employés de Vidéotron et leur employeur, entente dont Le Devoir a obtenu copie.

L'exécutif syndical a souligné la semaine dernière l'importance d'avoir limité à 20 % la sous-traitance, limite qui était de 15 % dans le dernier contrat de travail. Ce pourcentage est cependant un chiffre moyen et il n'est pas le même pour tous les départements.

Ainsi, on pourra embaucher jusqu'à 40 % de sous-traitants au service d'installation et qualité techniques. Le hic? La direction exige le départ de 120 techniciens de ce service. C'est donc dire qu'on les remplacera par des travailleurs qui coûtent moins cher.

«Je souligne que les employés d'Entourage font justement de l'installation, glisse Cathy. Entourage a d'ailleurs un contrat d'exclusivité avec Vidéotron. Ils acceptent l'annulation de la vente, mais ils ne perdront pas tout.»

Selon Mathieu, les vrais gagnants de cette entente ne sont pas ceux qui ont brandi les pancartes le plus haut et qui ont tenu le fort tout l'été, tout l'automne et tout l'hiver. «Ce ne sont pas ceux qui se sont engagés qui ramassent les fruits du conflit. Ceux qui gagnent sont ceux qui se sont trouvé un emploi ailleurs et qui vont le conserver tout en encaissant le package de départ.»

De son côté, Sandra (nom fictif) est mi-figue mi-raisin. Elle est heureuse de retrouver son boulot au service Internet de Vidéotron, mais elle aura dorénavant à se taper un long trajet de métro et d'autobus pour se rendre au travail.

Le syndicat a porté l'annulation du déménagement des centres d'appels à Saint-Hubert à sa liste de victoires. Il s'est cependant gardé de dire que quelque 150 employés attachés au service à la clientèle Internet travailleront désormais aux installations de la Rive-Sud. «Tout le monde reste à Montréal sauf nous. Je trouve ça injuste. Je n'ai pas d'auto et je serais à 20 minutes du travail si je travaillais encore sur l'île.»

Comme ses autres confrères du service à la clientèle, elle n'est pas admissible au programme de départs volontaires. «Durant le lock-out, je me disais que je prendrais mon package et que je partirais aussitôt le conflit réglé. Mais je suis redescendue sur terre. Je fais 15 $ l'heure chez Vidéotron et je n'ai qu'un secondaire V. Je ne pourrais pas retrouver ça ailleurs parce que je n'ai pas de diplôme.»

Mais tout n'est pas noir dans cette entente puisque Sandra a voté pour son adoption il y a à peine quelques jours. «J'ai changé d'avis à peu près dix fois avant de voter, mais je devais penser à moi. Et en tant que jeune employée, je ne perds quasiment rien comme avantage dans cette entente», fait-elle remarquer.
 
 
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