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Perspectives - Que 100 jours

Cent jours, c'est trop tôt. Ce bilan symbolique, qui se veut une allusion au «New Deal» de Franklin Roosevelt, ne peut rendre justice au travail de l'administration Obama étant donné l'ampleur des chantiers hérités et le nombre de feux qu'il fallait éteindre ou circonscrire. On peut cependant retenir qu'il a su éviter les réactions de panique et de facilité.

Ces cent premiers jours de la présidence Obama sont placés sous le signe de l'économie. Compte tenu de l'urgence, l'ordre du jour a été dominé par ce combat mené pour endiguer la pire crise à frapper l'économie américaine et mondiale depuis la Grande Dépression. Une récession à la fois alimentée et amplifiée par une crise financière sans précédent, qui a même obligé l'administration Bush à travestir son ultralibéralisme pour se valoir une allusion à l'«USSA». Le nouveau président n'a eu d'autre choix que de prendre le relais. Mais limiter ce bilan à un mimétisme défensif serait trop réducteur.

En effet, si la présidence d'Obama était condamnée à réagir, elle a évité de sombrer dans la facilité. Et elle a dans l'intervalle troqué son biais protectionniste évoqué lors de la campagne électorale pour de l'interventionnisme ciblé. Le sauvetage du système financier ne s'est pas fait sous le signe d'une nationalisation naïve des banques. Celui de l'industrie automobile américaine ne s'est pas traduit par l'émission d'un chèque en blanc, comme le souhaitait au départ GM. Dans le premier cas, l'aide est venue accompagnée d'une invitation du privé à participer à la recapitalisation, de l'imposition d'un «plafond salarial» aux dirigeants des institutions recevant l'aide de l'État, et d'une action concertée au sein du G20 pour réformer l'encadrement réglementaire afin d'atténuer les risques systémiques. Dans le second cas, l'appui public est conditionnel à l'adoption par les constructeurs d'un plan sérieux et crédible de restructuration visant à asseoir leur viabilité sur des bases solides et durables. En d'autres mots, on veut crever l'abcès dans une industrie américaine en crise perpétuelle.

De grosses sommes

Évidemment, la contrepartie implique de grosses sommes d'argent. La Chambre des représentants américaine a donné hier son aval à un projet de budget de 3400 milliards pour l'année 2009-10. Ce total comprend un déficit budgétaire de quelque 1700 milliards cette année, hérité de l'administration Bush, et de 1200 milliards en 2010, gonflé par le vaste plan de quelque 800 milliards sur deux ans de relance économique du président Obama. Le déficit doit compter pour 12,3 % du PIB américain et atteindre un niveau jamais vu depuis 1945; le déséquilibre atteignait 21,5 % du PIB au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Quant au poids de la dette publique, qui passera de 40 % à 58 % du PIB d'ici 2012, il appert qu'il a déjà été de 100 % du PIB à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Une fois complétée cette énumération, la preuve de l'efficacité et de la pertinence d'une telle intervention reste à faire. Mais rappelons la réalité. Un pays en guerre, un pays aux prises avec une double crise (financière et économique) jamais vue depuis la Grande Dépression des années 1930, un pays affichant des finances publiques dévastées par un déficit budgétaire et un endettement records, un pays plus dépendant que jamais des capitaux étrangers, un pays ayant rapidement fait le vide politique autour de lui malgré l'imposant capital de sympathie ayant suivi les sombres événements du 11-Septembre... Jamais un président américain entrant en fonction n'aura reçu un aussi lourd héritage.

Au même titre, l'administration Obama devra convaincre que cette ouverture et cette nouvelle collaboration souhaitée en matière de relations internationales se veulent une véritable rupture avec l'ère Bush. La main tendue au Venezuela et l'invitation au dialogue avec Cuba, avec la Russie et même avec l'Iran, la fermeture de Guantánamo, la dénonciation de la torture ou encore le calendrier de retrait en Irak n'ont pas convaincu les observateurs. Ces analystes rappellent le maintien d'une forte présence en Irak, le renforcement des positions américaines en Afghanistan et les risques de débordement au Pakistan. Mais ils applaudissent au passage à l'engagement environnemental de la nouvelle administration.

On retient, dans l'ensemble, que le bilan est favorable à un président qui se maintient au sommet de sa cote de popularité. Il appert que la gauche la plus à gauche rechigne et que la droite la plus à droite regimbe, souffrant de vertige devant l'engagement public. Mais il est rare qu'un gouvernement attiré par le centre puisse parvenir à satisfaire les extrêmes. Et nous n'en sommes qu'à cent jours d'une présidence contrainte à répondre aux multiples urgences.
 
 
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