vendredi 25 mai 2012 Dernière mise à jour 18h51
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

L'épée de Damoclès de la délocalisation

Selon l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques, la possibilité de transférer des emplois à l'étranger force les employés à accepter des reculs dans leurs conditions de travail

Bien qu'elles ne représentent pas un phénomène de grande ampleur, les délocalisations forcent de plus en plus les salariés des pays industrialisés à accepter des reculs dans leurs conditions de travail, en plus d'empiéter sur le pouvoir décisionnel des États, selon ce qui ressort d'une étude de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques.

«L'autonomie de mouvement des capitaux permet à leurs détenteurs de faire jouer la concurrence à leur avantage entre pays à hauts et à bas salaires», résume d'ailleurs son auteur, Philippe Hurteau. Ainsi, au lieu de provoquer un déplacement massif de main-d'oeuvre, les délocalisations constituent surtout une véritable épée de Damoclès permettant de «faire accepter des diminutions de salaires et de conditions de travail par les différents salariés des pays industrialisés».

Il en veut pour preuve la hausse constante du travail précaire au Canada au cours des dernières années. Depuis 1997, explique M. Hurteau, le taux d'emplois sans sécurité ni permanence a augmenté de 11,5 %. La part de l'emploi à temps partiel dans l'emploi total a progressé de 25 % par rapport aux années 1990. Le double emploi a lui aussi augmenté depuis 20 ans.

«Cette flexibilisation du travail n'est pas le fruit d'un développement naturel de l'économie, mais plutôt le résultat d'un processus de libéralisation et de déréglementation des flux de capitaux mis en place par les décideurs politiques et l'élite économique qui en tire bénéfice», affirme-t-il. Selon lui, la prolifération des accords de libre-échange et de traités bilatéraux illustre bien cette tendance lourde.

Dans ce contexte, l'État doit «fournir aux entreprises un environnement fiscal toujours plus concurrentiel, c'est-à-dire moins contraignant et exigeant pour elles et leurs investisseurs. [...] De ce fait, la marge de manoeuvre budgétaire de l'État ne cesse de diminuer, réduisant le financement de ses missions sociales au profit de diverses subventions, crédits d'impôt et autres cadeaux fiscaux aux multinationales», insiste-t-on dans l'étude, citant les aides répétées à Bombardier.

Mais bien que des centaines de milliers d'emplois au Québec puissent potentiellement être transférés ailleurs dans le monde, peu d'entre eux le sont réellement. Entre 2005 et 2008, évalue Philippe Hurteau, 7175 employés ont vu leur emploi être délocalisé. Au Canada, il évoque le chiffre de 30 150.

Le phénomène pourrait toutefois prendre de l'ampleur. «Comme la formation de la main-d'oeuvre s'améliore dans les pays à bas salaires, les emplois touchés par la concurrence de ces pays sont maintenant beaucoup plus diversifiés.» En effet, si le secteur manufacturier a été touché en premier, celui des services est désormais soumis à cette logique.

Ironie du sort, les consommateurs d'ici, friands d'économies «à court terme», contribuent au phénomène. «Il faut comprendre que le faible prix de ces produits aura pour conséquence de faire tendre vers le bas l'ensemble de la valeur d'échange des produits de gamme similaire», note M. Hurteau. Ainsi, les «producteurs d'ici doivent s'ajuster sur les économies émergentes pour rester compétitifs et réussir à écouler leurs marchandises. Pour y arriver, ils devront soit avoir recours à la sous-traitance ou à la délocalisation, soit diminuer directement les salaires et les conditions de travail des employés d'ici. Nous sommes en face d'un mouvement de spirale descendante».

Pour lutter contre le phénomène, on propose entre autres de supprimer ou d'exiger le remboursement de l'aide publique aux entreprises qui délocalisent leurs activités, mais aussi d'exclure ces firmes des contrats publics.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • martin grenier - Inscrit
    17 avril 2009 06 h 59
    le tiers monde
    On n'a pas fini avec le monde a bas prix préparer vous a 25
    cent de l'heure en chine sont content o k Martin
    grenier.martin@videotron.ca
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jerome Letnu - Inscrit
    17 avril 2009 09 h 43
    Droits de douane
    Extrait: "Pour lutter contre le phénomène, on propose entre autres de supprimer ou d'exiger le remboursement de l'aide publique aux entreprises qui délocalisent leurs activités, mais aussi d'exclure ces firmes des contrats publics."


    Pour lutter contre le phénomène, pourquoi ne pas en plus ériger des droits de douanes tenant compte du bilan social des pays dont émanent les produits importés ?

    Les pays industrialisés se montrent soucieux des avantages concurentiels dont disposent les pays peu exigeant en matière environementales (dans le débat sur les gaz à effet de serre, entre autre). Pourquoi ne le seraient-ils pas également dans le cas des disparités des conditions de travail ? Le travailleur vaut-il moins que tout le reste ?

    Les luttes ouvrières du passé auront permis à deux générations d'améliorer leur condition de travail, mais celle qui suit retournera à la case départ si elle ne jure que par les bas prix de Walmart. Mais l'humain est ainsi fait qu'il doit perdre ce qu'il a pour se rendre compte qu'il avait quelque chose.

    En attendant, le peuple avale avec apétit les couleuvres servies par les politiciens, selon lesquels le protectionisme serait mauvais, les pays étranger évolueront plus vite si fait du commerce avec eux, et que si on se prive de faire du commerce avec ces pays, les autres pays ne s'en privront pas.

    En vous laissant sur la question "Mais pour qui donc travaillent nos politiciens ?", je vous laisse sur le commentaire d'une lectrice du New-York Times, rapporté dans Le Monde, au sujet des coupes d'embauches étrangères exigées par les programmes d'aides aux banques américaines:

    "Notre pays est une nation, ce n'est pas une "économie" et encore moins un bureau de bienfaisance" pour les travailleurs du monde entier"

    source:

    http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/04/16/

    Jerôme Letnu.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Pierre Simard - Inscrit
    17 avril 2009 14 h 14
    Le beurre et son $$$$
    En effet, c'est la population par ces choix du prix le plus bas, qui contribut à l'appauvrissement du pays. Avec la prémisse que la majorité de la population a au moins une des caractéristiques suivantes: séraphin, ignorance, je m'en foutisme ou besoin d'économie (surtout pour préparer un voyage!!). C'est pas étonnanat que des exploiteurs internationaux telle Walmart vivrent grâcement de l'$$$ du p'tit peuple faite pour un p'tit pain.

    Jerome Letnu, je vais exactement dans ton sens sur les tarifs douaniers. Et en effet la question que tu poses "Mais pour qui donc travaillent nos politiciens ?" me tourmente depuis que j'essaie de m'informer et plus j'informe, plus les politiciens me PUENT au nez et ça me rends malade de voir la médiocratie dans laquelle j'suis coincée. Si la classe politique a perdu sa noblesse, c'est qu'elle s'est pendue avec la corde offerte par les financiers.

    Comment nos gouvernements cotionnent-ils l'esclavage des temps moderne? Comment peut-on concurrencer des pays où l'accès à l'assurance-chômage, le bien-être social, l'assurance-maladie, normes environnementales à la hausses et un minimum de qualité de vie acceptable, ne sont pas présents? C'est là que les gouvernements doivent savoir mettre leur culottes. Proposition rapide juste comme ça: Pour chaque valeurs individuelles, économiques ou environnementales importantes à nos yeux qui ne sont pas respectés par un pays, et bien, un % de taxe d'entré au pays sur ses produit devrait être perçu. À ce moment, peut-être allons nous revoir du linge "Fait au Québec" dans les rayons des grands magasins?!?!?

    Pour votre information, la Chine perdait des emploies dans le domaine manufacturier en 2005 même si le salaire moyen était d'environ 0.50$ de l'heure au profit de l'Indonésie dont le salaire moyen était d'environ 0.32$ de l'heure. Les requins n'ont plus de frontières. Si un gvt leur met des bâtons dans les roues, ils décrissent ailleurs (BRAVO les C.A.!!!!! Vous être les nerfs vivants du côté obsure).

    P.S. Un p'tit mot pour les requins de la finance: Vous arrivez pas à la cheville de l'utilité et l'intégrité d'un requin (poisson). Je rêve du jour où vous serez juger pour des décisions criminelles prisent au nom du dieu $$$ Lisez le livre "Noir Canada" pour vous instruire du mal que vous propagez.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
3 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012