L'épée de Damoclès de la délocalisation
Selon l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques, la possibilité de transférer des emplois à l'étranger force les employés à accepter des reculs dans leurs conditions de travail
Bien qu'elles ne représentent pas un phénomène de grande ampleur, les délocalisations forcent de plus en plus les salariés des pays industrialisés à accepter des reculs dans leurs conditions de travail, en plus d'empiéter sur le pouvoir décisionnel des États, selon ce qui ressort d'une étude de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques.
«L'autonomie de mouvement des capitaux permet à leurs détenteurs de faire jouer la concurrence à leur avantage entre pays à hauts et à bas salaires», résume d'ailleurs son auteur, Philippe Hurteau. Ainsi, au lieu de provoquer un déplacement massif de main-d'oeuvre, les délocalisations constituent surtout une véritable épée de Damoclès permettant de «faire accepter des diminutions de salaires et de conditions de travail par les différents salariés des pays industrialisés».
Il en veut pour preuve la hausse constante du travail précaire au Canada au cours des dernières années. Depuis 1997, explique M. Hurteau, le taux d'emplois sans sécurité ni permanence a augmenté de 11,5 %. La part de l'emploi à temps partiel dans l'emploi total a progressé de 25 % par rapport aux années 1990. Le double emploi a lui aussi augmenté depuis 20 ans.
«Cette flexibilisation du travail n'est pas le fruit d'un développement naturel de l'économie, mais plutôt le résultat d'un processus de libéralisation et de déréglementation des flux de capitaux mis en place par les décideurs politiques et l'élite économique qui en tire bénéfice», affirme-t-il. Selon lui, la prolifération des accords de libre-échange et de traités bilatéraux illustre bien cette tendance lourde.
Dans ce contexte, l'État doit «fournir aux entreprises un environnement fiscal toujours plus concurrentiel, c'est-à-dire moins contraignant et exigeant pour elles et leurs investisseurs. [...] De ce fait, la marge de manoeuvre budgétaire de l'État ne cesse de diminuer, réduisant le financement de ses missions sociales au profit de diverses subventions, crédits d'impôt et autres cadeaux fiscaux aux multinationales», insiste-t-on dans l'étude, citant les aides répétées à Bombardier.
Mais bien que des centaines de milliers d'emplois au Québec puissent potentiellement être transférés ailleurs dans le monde, peu d'entre eux le sont réellement. Entre 2005 et 2008, évalue Philippe Hurteau, 7175 employés ont vu leur emploi être délocalisé. Au Canada, il évoque le chiffre de 30 150.
Le phénomène pourrait toutefois prendre de l'ampleur. «Comme la formation de la main-d'oeuvre s'améliore dans les pays à bas salaires, les emplois touchés par la concurrence de ces pays sont maintenant beaucoup plus diversifiés.» En effet, si le secteur manufacturier a été touché en premier, celui des services est désormais soumis à cette logique.
Ironie du sort, les consommateurs d'ici, friands d'économies «à court terme», contribuent au phénomène. «Il faut comprendre que le faible prix de ces produits aura pour conséquence de faire tendre vers le bas l'ensemble de la valeur d'échange des produits de gamme similaire», note M. Hurteau. Ainsi, les «producteurs d'ici doivent s'ajuster sur les économies émergentes pour rester compétitifs et réussir à écouler leurs marchandises. Pour y arriver, ils devront soit avoir recours à la sous-traitance ou à la délocalisation, soit diminuer directement les salaires et les conditions de travail des employés d'ici. Nous sommes en face d'un mouvement de spirale descendante».
Pour lutter contre le phénomène, on propose entre autres de supprimer ou d'exiger le remboursement de l'aide publique aux entreprises qui délocalisent leurs activités, mais aussi d'exclure ces firmes des contrats publics.
«L'autonomie de mouvement des capitaux permet à leurs détenteurs de faire jouer la concurrence à leur avantage entre pays à hauts et à bas salaires», résume d'ailleurs son auteur, Philippe Hurteau. Ainsi, au lieu de provoquer un déplacement massif de main-d'oeuvre, les délocalisations constituent surtout une véritable épée de Damoclès permettant de «faire accepter des diminutions de salaires et de conditions de travail par les différents salariés des pays industrialisés».
Il en veut pour preuve la hausse constante du travail précaire au Canada au cours des dernières années. Depuis 1997, explique M. Hurteau, le taux d'emplois sans sécurité ni permanence a augmenté de 11,5 %. La part de l'emploi à temps partiel dans l'emploi total a progressé de 25 % par rapport aux années 1990. Le double emploi a lui aussi augmenté depuis 20 ans.
«Cette flexibilisation du travail n'est pas le fruit d'un développement naturel de l'économie, mais plutôt le résultat d'un processus de libéralisation et de déréglementation des flux de capitaux mis en place par les décideurs politiques et l'élite économique qui en tire bénéfice», affirme-t-il. Selon lui, la prolifération des accords de libre-échange et de traités bilatéraux illustre bien cette tendance lourde.
Dans ce contexte, l'État doit «fournir aux entreprises un environnement fiscal toujours plus concurrentiel, c'est-à-dire moins contraignant et exigeant pour elles et leurs investisseurs. [...] De ce fait, la marge de manoeuvre budgétaire de l'État ne cesse de diminuer, réduisant le financement de ses missions sociales au profit de diverses subventions, crédits d'impôt et autres cadeaux fiscaux aux multinationales», insiste-t-on dans l'étude, citant les aides répétées à Bombardier.
Mais bien que des centaines de milliers d'emplois au Québec puissent potentiellement être transférés ailleurs dans le monde, peu d'entre eux le sont réellement. Entre 2005 et 2008, évalue Philippe Hurteau, 7175 employés ont vu leur emploi être délocalisé. Au Canada, il évoque le chiffre de 30 150.
Le phénomène pourrait toutefois prendre de l'ampleur. «Comme la formation de la main-d'oeuvre s'améliore dans les pays à bas salaires, les emplois touchés par la concurrence de ces pays sont maintenant beaucoup plus diversifiés.» En effet, si le secteur manufacturier a été touché en premier, celui des services est désormais soumis à cette logique.
Ironie du sort, les consommateurs d'ici, friands d'économies «à court terme», contribuent au phénomène. «Il faut comprendre que le faible prix de ces produits aura pour conséquence de faire tendre vers le bas l'ensemble de la valeur d'échange des produits de gamme similaire», note M. Hurteau. Ainsi, les «producteurs d'ici doivent s'ajuster sur les économies émergentes pour rester compétitifs et réussir à écouler leurs marchandises. Pour y arriver, ils devront soit avoir recours à la sous-traitance ou à la délocalisation, soit diminuer directement les salaires et les conditions de travail des employés d'ici. Nous sommes en face d'un mouvement de spirale descendante».
Pour lutter contre le phénomène, on propose entre autres de supprimer ou d'exiger le remboursement de l'aide publique aux entreprises qui délocalisent leurs activités, mais aussi d'exclure ces firmes des contrats publics.
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