Salaires des patrons - Les demi-dieux modernes
Qu'ont en commun l'assureur américain AIG, la Royal Bank of England et l'équipementier français Valéo? Ces trois sociétés et bien d'autres ont accordé des primes ou des indemnités de départ multimillionnaires à des dirigeants pendant qu'elles étaient sous respirateur artificiel.
Au Canada aussi les abus sont devenus la norme. Même le secteur public n'est pas immunisé, comme on a pu le constater à la Caisse de dépôt et placement. L'affaire Henri-Paul Rousseau est encore toute fraîche à notre mémoire, mais que dire de la bonification de la rente de retraite de 20 000 $ par année, à vie, pour celui qui a assumé la présidence par intérim pendant seulement quelques mois cet hiver, M. Fernand Perreault?
Aux États-Unis, l'administration Obama a fixé à 500 000 $ le plafond salarial des patrons dont la banque ferait appel à l'aide publique. De son côté, le Congrès vient d'adopter une loi d'exception pour récupérer 90 % des primes accordées aux dirigeants d'AIG. En France, les pressions se font de plus en plus fortes sur la présidence pour qu'elle adopte une loi encadrant la rémunération supplémentaire des dirigeants.
Au Canada, nos gouvernements ont toujours été très laxistes envers les capitaines de l'industrie, perçus comme des maîtres de l'efficacité. Il a fallu attendre longtemps après les États-Unis pour qu'une loi oblige les sociétés publiques à dévoiler la rémunération de leurs dirigeants. Et nous ne sommes pas à la veille d'assister à l'adoption de lois protégeant les actionnaires et le public contre les abus des dirigeants! En 2008, la CIBC, pour ne nommer qu'elle, a consenti une hausse de 10 % à ses dirigeants malgré des pertes de 2 milliards et une chute de valeur en Bourse de plus de 45 %.
Il n'y a pas que la formule des primes de rendement qui est déconnectée de la réalité, mais bien l'ensemble de la structure de rémunération. Les avantages de retraite, par exemple, non capitalisés pour la plus grande partie, sont démesurés au regard du nombre d'années de service complétées.
Au milieu du siècle dernier, les p.-d.g. de grandes sociétés gagnaient en moyenne 20 fois le salaire d'un ouvrier. Dans les années 1990, le ratio avait grimpé à 100 fois. Aujourd'hui, sous prétexte de concurrence, il dépasse les 400! Pourtant, cette concurrence a toujours existé et, de toute façon, ce sont ces mêmes demi-dieux qui viennent de nous plonger dans la pire crise des 70 dernières années!
Ces constats nous rappellent que ce n'est pas l'exceptionnelle compétence des dirigeants qui explique la prospérité d'une société, mais la conjonction large et diffuse de facteurs qui prévaut à un moment donné de l'Histoire. En revanche, la seule chose qui puisse expliquer l'entêtement des conseils d'administration quant à la rémunération des dirigeants, c'est leur complicité coupable. Or, l'entreprise et le travail étant le moteur de nos sociétés, il n'y a pas de gêne à exiger du pouvoir politique qu'il intervienne pour mettre un peu d'ordre dans ce cirque.
Au Canada aussi les abus sont devenus la norme. Même le secteur public n'est pas immunisé, comme on a pu le constater à la Caisse de dépôt et placement. L'affaire Henri-Paul Rousseau est encore toute fraîche à notre mémoire, mais que dire de la bonification de la rente de retraite de 20 000 $ par année, à vie, pour celui qui a assumé la présidence par intérim pendant seulement quelques mois cet hiver, M. Fernand Perreault?
Aux États-Unis, l'administration Obama a fixé à 500 000 $ le plafond salarial des patrons dont la banque ferait appel à l'aide publique. De son côté, le Congrès vient d'adopter une loi d'exception pour récupérer 90 % des primes accordées aux dirigeants d'AIG. En France, les pressions se font de plus en plus fortes sur la présidence pour qu'elle adopte une loi encadrant la rémunération supplémentaire des dirigeants.
Au Canada, nos gouvernements ont toujours été très laxistes envers les capitaines de l'industrie, perçus comme des maîtres de l'efficacité. Il a fallu attendre longtemps après les États-Unis pour qu'une loi oblige les sociétés publiques à dévoiler la rémunération de leurs dirigeants. Et nous ne sommes pas à la veille d'assister à l'adoption de lois protégeant les actionnaires et le public contre les abus des dirigeants! En 2008, la CIBC, pour ne nommer qu'elle, a consenti une hausse de 10 % à ses dirigeants malgré des pertes de 2 milliards et une chute de valeur en Bourse de plus de 45 %.
Il n'y a pas que la formule des primes de rendement qui est déconnectée de la réalité, mais bien l'ensemble de la structure de rémunération. Les avantages de retraite, par exemple, non capitalisés pour la plus grande partie, sont démesurés au regard du nombre d'années de service complétées.
Au milieu du siècle dernier, les p.-d.g. de grandes sociétés gagnaient en moyenne 20 fois le salaire d'un ouvrier. Dans les années 1990, le ratio avait grimpé à 100 fois. Aujourd'hui, sous prétexte de concurrence, il dépasse les 400! Pourtant, cette concurrence a toujours existé et, de toute façon, ce sont ces mêmes demi-dieux qui viennent de nous plonger dans la pire crise des 70 dernières années!
Ces constats nous rappellent que ce n'est pas l'exceptionnelle compétence des dirigeants qui explique la prospérité d'une société, mais la conjonction large et diffuse de facteurs qui prévaut à un moment donné de l'Histoire. En revanche, la seule chose qui puisse expliquer l'entêtement des conseils d'administration quant à la rémunération des dirigeants, c'est leur complicité coupable. Or, l'entreprise et le travail étant le moteur de nos sociétés, il n'y a pas de gêne à exiger du pouvoir politique qu'il intervienne pour mettre un peu d'ordre dans ce cirque.
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