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Michael Sabia, vraiment?

Difficile de ne pas s'étonner du choix du nouveau président et chef de la direction de la Caisse de dépôt. De toute évidence, l'homme n'a pas peur des tempêtes, aussi parfaites soient-elles. Michael Sabia arrive aux commandes des opérations d'une Caisse de dépôt naviguant en eaux troubles sans gouvernail, dans des fonctions les plus difficiles à exercer au Québec, sachant qu'il ferait l'unanimité contre lui. M. Sabia aura effectivement à nous convaincre, d'autant qu'il part déjà «avec deux confusions contre lui».

Le passé de Michael Sabia lui donne une image de redresseur d'entreprise. Et on ne lui reconnaît aucun talent en gestion de portefeuille. Au contraire, il lui est reproché de n'avoir créé aucune valeur pendant ses cinq années à la tête de BCE, à la plus grande irritation des actionnaires de Bell, qui ont forcé la vente (ratée) du géant canadien des télécommunications au régime de retraite ontarien Teachers. On retient, dans l'intervalle, la hausse de 555 % de sa rémunération globale en 2006, à 6,7 millions, peu après l'annonce d'une compression de 3000 à 4000 emplois chez Bell. Voilà pour les deux éléments de confusion (sauf pour les données sur l'augmentation de sa rémunération, qui seraient réelles).

Première confusion: son image de redresseur. Son curriculum vitae fait mention de son poste de directeur général de la politique fiscale au ministère des Finances lors de l'introduction de la TPS, en 1991. Il a également servi de second à Paul Tellier lors de la privatisation du CN, en 1995. Puis, il a pris le relais de Jean Monty à la tête de BCE après une aventure désastreuse du numéro un des télécommunications dans l'aventure du multimédia, dans le contexte d'une stratégie de convergence menée en pleine bulle des valeurs technologiques. M. Sabia était alors le dauphin de Jean Monty et, après la démission de ce dernier, son mandat consistait à recentrer BCE autour de son métier de base.

Ce parcours lui donne donc davantage l'image d'un dirigeant capable de reprendre le gouvernail et de remettre l'entreprise sur ses rails. Ce qui en fait un spécialiste du recentrage, mais sans en faire un créateur de valeur. Du moins, sous sa gouverne, l'action de BCE a fait du surplace pendant cinq ans, son cours oscillant entre 25 et 28 $ durant cette période.

Deuxième confusion: cette image d'avoir été l'instigateur de la vente de BCE à Teachers. Une fausse image. Cette stationnarité du cours de l'action n'était pas sans exaspérer certains actionnaires de BCE. Visiblement impatients, ils voulaient du mouvement en plus du dividende. Et le plus gros d'entre eux, Teachers, n'écartait pas l'idée de s'approprier le géant des télécommunications à rabais, au début de 2007. BCE présentait alors l'image parfaite d'une grosse entreprise rentable, mais sous-performante, un mélange qu'adorent les fonds d'investissement privés du type KKR et Cerberus.

Les observateurs devinaient la suite. Ces fonds d'investissement spéculatifs se proposeraient de privatiser BCE, de la restructurer à leur manière, en revendant les plus beaux éléments tantôt sur le marché, tantôt aux concurrents. L'opération était engagée.

Ayant eu vent des visées de Teachers, qui avait dans l'intervalle augmenté sa participation dans BCE de 5,3 à 6,3 %, Michael Sabia aurait entrepris des pourparlers avec une brochette d'investisseurs institutionnels comprenant la Caisse de dépôt afin d'obtenir le maximum de valeur pour BCE. Le consortium comprenait l'Office d'investissement du régime de pension du Canada, l'Office d'investissement des régimes de pension du secteur public et avait, pour maître d'oeuvre, le fonds d'investissement américain Kolhlberg Kravis Roberts. Il était prêt à faire une offre à 41 $ l'action.

Un troisième consortium, dirigé par Cerberus, proposait de présenter un montage valorisant davantage BCE, mais dans le cadre d'une structure plus complexe. Dans l'intervalle, le concurrent Telus s'est manifesté de manière opportuniste pour aussitôt se retirer.

Finalement, le consortium comprenant Teachers a été le seul à se manifester. L'offre est venue en juillet 2008, soit un peu plus d'un an après le début des tractations. Michael Sabia a alors quitté son poste, travail accompli, ayant dans l'opération soutiré à Teachers un prix de 42,75 $ l'action. Cela faisait de l'acquisition de BCE la plus importante transaction par levier de l'histoire canadienne. Sa conclusion n'a jamais eu lieu, la crise du crédit venant annuler le tout.

***

Michael Sabia est soudainement devenu l'homme des grandes manoeuvres financières, propulsé dans l'univers des grands fonds d'investissement. Auparavant, il avait tout fait pour recentrer l'entreprise de télécommunications autour de son métier de base, en remplacement d'un Jean Monty qui était loin de souffrir de vertige dans la bulle des valeurs technologiques. On reprochait cependant au plus haut dirigeant de BCE un manque de vision et l'absence de stratégie de croissance. Surtout, on le voyait plutôt pratiquer un jeu défensif face à une concurrence particulièrement dynamique menée notamment par les câblodistributeurs.

Cette démarche hésitante est devenue plus irritante après que Telus eut annoncé, en septembre 2006, son intention de se transformer en fiducie de revenu. Michael Sabia écartait alors tout mimétisme pour BCE, soulignant que l'entreprise avait besoin de toute la souplesse financière nécessaire pour lui permettre de faire face à la forte concurrence dans ses principaux marchés. Or, quelques semaines plus tard, le chef de la direction a dû céder sous la pression de ses actionnaires, incitant Ottawa à fermer le robinet avec l'annonce de la taxation des fiducies de revenu, le 1er novembre 2006.

Ces confusions étant dissipées, Michael Sabia doit maintenant nous convaincre.
 
 
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  • Georges Paquet
    Abonné
    samedi 14 mars 2009 03h33
    M. Bérubé a aussi du travail à faire...
    Notre chroniqueur préféré devrait s'employer ardemment à informer et convaincre Bernard Landry qui accuse Michael Sabia d'avoir proposé et soutenu la vente de BCE à Teachers alors que la vérité est exactement à l'opposé.
    Malheureusement plusieurs citoyens préféreront suivre M. Landy que M. Bérubé, et la vérité et la bonne information seront de nouveau écorchées.

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    samedi 14 mars 2009 09h12
    Une autre recette politique Kraft
    Monsieur Charest, à la tête du Québec et M. Sabia à la tête de notre Caisse de dépôt. Wow ! Remercions le Seigneur en choeur de tant de bontés en même temps. Si on y ajoute quelques PPP pour fourrer le tout, on a ici un dessert un peu sucré qui écoeure quand même, un peu.

  • Marie Mance Vallée
    Inscrite
    samedi 14 mars 2009 09h53
    Un autre parasite international...
    Faut-il être assez naïfs pour croire que M. Sabia aura quelqu'affinité avec les Québécois. C'est un « canadian» ontarien, collé à la réalité de Bay Street et des Orangistes de Toronto.

    Je le classerais dans la catégorie des « parasites internationaux » qui font fortune ces années-ci.

    Si je le pouvais, je sortirais toutes mes maigres économies de la CDPQ. Je suis retraitée et j'espère ne pas vivre assez longtemps pour voir ce qui se trame dans le moment. Et je plains nos enfants.

    C'est la poursuite du Plan B du gouvernement fédéral.

    Le loup est maintenant dans la bergerie. Gare aux moutons québécois!

    Marie Mance Vallée

  • Linda Hart
    Inscrite
    samedi 14 mars 2009 09h59
    Qui est au volant ? Landry ?
    Les fédéralopithèques ne semblent pas réaliser que Bernard Landry n'est plus PM du Québec. C'est quoi cette fixation ? M. Sabia a été nommé par patapouf, c'est le PLQ qui est au pouvoir, bien qu'il ne sache pas quoi faire avec, d'autre que de se remplir les poches et de bourrer ses ti-namis.

    En passant, quand on voit le niveau d'obésité des boss de la CDP, on peut penser qu'ils passent plus de temps à boire et à manger qu'à travailler. Comme les temps sont durs pour le porte-feuille du contribuable, pourquoi ne pas nommer une seule personne, un PDG. On sauverait un salaire et on suverait un pauvre type d'une obésité certaine.

  • BERTRAND LEGER
    Inscrit
    samedi 14 mars 2009 10h58
    Que se passera-t-il exactement ?
    Avec M. Sabia à la tête de la Caisse, on peut s'attendre à deux choses : ou bien il patauge tout seul dans ce guêpier jusqu'au jour où il jettera l'éponge et en encaissant un beau boni ou bien il ira chercher conseil auprès des éminences de Power.
    Dans ce cas-là, attachez bien vos tuques, on va en prendre toute une !

  • Bernard Gervais
    Abonné
    samedi 14 mars 2009 17h44
    Michael Sabia : Charest et Forget s'enfoncent...
    Si Jean Charest et sa ministre des finances pensaient redorer leur image au sujet de la Caisse avec la nomination de Michael Sabia comme nouveau p.-d.-g. de cette institution (un choix qui est loin de faire l'unanimité), c'est raté.

    Depuis qu'ils ont tout fait, lors de la récente campagne électorale, pour nier les rumeurs concernant les déboires de cette institution, leur crédibilité auprès de nombreux Québécois est nulle !

  • Pierre Brosseau
    Inscrit
    samedi 14 mars 2009 18h00
    Le meilleur ou le seul candidat?
    Aucun Québécois, francophone, anglophone ou autre n'était au moins un aussi bon candidat que Michael Sabia ?? AUCUN ? Vraiment ?

    C'est quand même formidable que dans tout le Québec inc., M. Charest n'ait trouvé AUCUN Québécois en mesure d'assumer la présidence de la Caisse de dépôt. C'est tellement formidable que ça ne se peut pas, sauf que Michael Sabia étant le SEUL CANDIDAT il était sûr de décrocher le poste. C'était peut-être une condition qu'il avait posée à sa mise en candidature. Ayant travaillé avec Charest et Mulroney lors de leurs belles années à Ottawa, Sabia avait ainsi l'assurance de décrocher le poste de président de la Caisse.

    Et nous, les crédules, les "faits pour un p'tit pain", on avale ça !

    Charest, les Anglos, Power, tout le monde est mort de rire. L'écoeurite aigue va finir par gagner le peuple. Car il semble bien que même la cheffe du PQ ne soit pas disposée à protester, encore moins à contester cette nomination qui ne répond à aucun critère d'une sélection rigoureuse, sélection par ailleurs menée par une firme britannique puisqu'aucune firme québécoise n'avait les capacités ni le sérieux pour choisir le meilleur candidat possible pour gérer les milliards $ que lui confient les Québécois ! Faut le faire ! C'est quasiment incroyable! C'est choquant et ça pue.

  • Georges Paquet
    Abonné
    dimanche 15 mars 2009 10h16
    À Pierre Brosseau.
    Cher Monsieur,
    À moins que vous changiez toutes les règles de tous les gouvernements vous devez admettre que M. Sabia est un Québécois, qui réside au Québec, qui a droit de vote au Québec.
    S.V.P. N'entretenez pas la détestation que le Président Sarkosy dit avoir perçue.

  • Pierre Brosseau
    Inscrit
    dimanche 15 mars 2009 19h03
    Sabia, le Québécois
    Si on se replace dans le contexte de la création de la Caisse de dépôt dans les années '60, il est évident qu'elle a été mise sur pied pour que l'argent des futurs retraités québécois soit géré dans les meilleurs intérêts du Québec. Le Québec est formé à 80% de francophones qui doivent sans cesse lutter pour ne pas être dissous dans le grand tout anglophone nord-américain.

    Que M. Sabia soit un Québécois parce qu'il habite au Québec qu'il y paie ses impôts et exerce son droit de vote, c'est un fait. Mais ne perdons pas de vue que si tous les Québécois non francophones comme lui avaient la même sensibilité que les Québécois francophones, le référendum de 1995 qui a reçu 60% d'appui chez les francos aurait passé haut la main.

    Mais on sait ce qui est arrivé: les leaders des communautés italienne, grecque et juive ont instamment demandé à leurs compatriotes de voter non, ce qu'ils ont fait en masse, privant une majorité qui a ses racines historiques ici de s'affirmer et de s'émanciper davantage.

    M. Sabia, le Québécois, est un fédéraliste pur et dur qui gère 120 milliards $ pour le mieux-être des Québécois dans un Canada uni. La nation québécoise a le don de se faire petite pour se faire respecter. Curieuse mentalité.

  • André Chamberland
    Inscrit
    dimanche 15 mars 2009 20h21
    Appelons cela par son nom : C'est se faire passer un Sa...bia !
    L'expression "Se faire passer un sapin" vient d'être rebaptisée "Se faire passer un Sabia". Et c'est encore notre propre gouvernement qui nous le passe !
    Pourquoi ne pas avoir choisi Lacroix tant qu'à y être ?

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