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Les forums sociaux vont-ils changer le monde?

Raphaël Canet (Université d'Ottawa), Dominique Caouette (Université de Montréal), Pascale Dufour (Université de Montréal) Marie-Josée Massicotte (Université d'Ottawa), Caterina Milani (Coordonnatrice, Les Y du Québec), Caroline Patsias (Université Sherbrooke)  3 février 2009  Actualités économiques
Depuis 2001, date du premier Forum social mondial (FSM), les critiques à propos de ces rassemblements militants tournent autour d'une question lancinante: à quoi ça sert? La réunion de 100 000 personnes à Belém en Amazonie va-t-elle concrétiser le slogan des altermondialistes, «Un autre monde est possible»?

Les 80 personnes de notre délégation UNI-Alter, regroupant professeurs et étudiants de quatre universités ainsi que des membres de la société civile, ont participé à plusieurs ateliers, conférences et rencontres et en ont organisé d'autres au FSM qui s'est tenu du 27 janvier au 1er février à Belém (Brésil). Qu'en retirons-nous?

Mouvements et convergence des mobilisations

Depuis ses débuts, le FSM a été construit comme un espace de rencontre entre des organisations relativement structurées: syndicats, ONG, mouvements et réseaux transnationaux d'acteurs, comme ATTAC ou la Via Campesina, et des citoyens désireux de travailler à la construction de cet autre monde. Cette dimension du FSM demeure un élément fort. Cependant, sur le plan de l'ouverture et de la volonté d'inclure une plus grande diversité de mouvements sociaux, le FSM de Belém aura probablement fait beaucoup. À la différence des premiers FSM, nous avons noté la forte présence des réseaux d'acteurs moins institutionnalisés, en particulier les réseaux de femmes, les afro-descendants et les peuples autochtones de l'Amazonie. Ces derniers ont d'ailleurs réclamé haut et fort l'appui de chacun des participants afin de faire pression sur le gouvernement brésilien pour arrêter la déforestation et les grands projets de barrages hydro-électriques qui contaminent leurs terres et leurs rivières, mettant en péril leur survie. Les jeunes, pour la plupart brésiliens, formaient aussi une bonne majorité des 100 000 participants.

Le FSM est aussi un espace de reconnaissance des luttes des autres, le moment où il est possible de faire converger les revendications des mouvements agissant dans des domaines distincts. Il ne s'agit pas simplement d'assister à une cérémonie d'ouverture où les peuples autochtones sont à l'honneur. Il s'agit aussi d'entrer en dialogue avec d'autres mouvements, de comprendre et de reconnaître les problématiques et les revendications portées par chacun. Ici, le forum agit comme un facilitateur. Il permet de travailler en commun dans l'après-forum, tout en demeurant ancrés dans des réalités et des organisations distinctes. (...)

La question de l'efficacité

L'évaluation des forums sociaux ne peut se faire selon une mesure simple de l'efficacité. On ne rend pas compte du succès ou de l'échec des forums à l'aune du renversement du pouvoir politique ou des transformations des politiques publiques. Mais la force mobilisatrice et agrégative du Forum est aujourd'hui reconnue en Amérique latine. Cette année, cinq chefs d'État latino-américains (Brésil, Venezuela, Équateur, Paraguay et Bolivie) sont venus rencontrer les participants. Le président Evo Morales a même souligné qu'il était lui-même le produit du mouvement autochtone et de la mouvance des forums sociaux.

Il n'en demeure pas moins que la question des réalisations concrètes, au-delà de l'événement lui-même, demeure un élément fondamental dans l'évaluation d'un FSM. Aussi, parmi la multitude de propositions et d'actions qui ont émergé des 2400 activités du forum, nous en soulignerons deux.

1) Ce forum a mis l'accent sur une réalité qui demeurait marginale dans les revendications de la mouvance altermondialiste depuis son émergence: la problématique environnementale. La journée du 28 janvier fut exclusivement consacrée à cette question en donnant la parole aux peuples autochtones de la région panamazonienne. Ce fut l'occasion pour eux de mettre en avant des projets concrets axés sur l'économie solidaire et communautaire, la réciprocité des échanges, le respect de l'équilibre entre la nature et la société, l'autonomie gouvernementale et le respect de la diversité. Le message fut transmis avec force. Comment ne pas se sentir interpellé lorsque vous vous retrouvez en face de ces peuples millénaires qui vous invitent à écouter les plaintes des fleuves, les sanglots des arbres, les cris de la mère-terre?

2) La crise financière et ses impacts furent aussi au coeur des préoccupations. Tous s'entendent sur le fait que la crise actuelle constitue une occasion pour transformer notre modèle de société, notre conception du développement et notre idée du progrès. Les solutions sont multiples. Du socialisme du XXIe siècle à l'économie sociale, de la réforme de l'architecture financière mondiale à la profonde transformation de nos modes de vie. Cependant, tout le monde s'accorde sur le fait que les 5000 milliards de dollars de fonds publics injectés dans le système bancaire mondial auraient pu régler bien des problèmes de santé, de pauvreté, d'éducation... Ces plans de sauvetage ont révélé que les moyens économiques existent pour changer concrètement les choses. C'est la volonté politique qui manque.

La pertinence des forums sociaux se comprend mieux dans la durée: des mouvements et des alliances s'organisent et perdurent, de nouvelles pratiques naissent, différentes manières de penser le monde se construisent. Le monde devient tout à la fois pluriel, complexe, mais aussi plus proche. Une chose est certaine: chacun ramène une expérience nouvelle, un regard différent sur la société contemporaine et une vision élargie des luttes sociales à venir. Ainsi, le processus du FSM dépasse largement ce moment de rassemblement: il transforme la vie quotidienne des participants et des organisations, les rapports sociaux dans les milieux de travail, l'espace domestique, la rue ainsi que le regard que l'on porte sur les autres, ailleurs ou chez nous.

***

Raphaël Canet (Université d'Ottawa), Dominique Caouette (Université de Montréal), Pascale Dufour (Université de Montréal) Marie-Josée Massicotte (Université d'Ottawa), Caterina Milani (Coordonnatrice, Les Y du Québec), Caroline Patsias (Université Sherbrooke)

Pour suivre en détail notre couverture du FSM 2009, consultez notre blogue (http://unialter.wordpress.com/category/forum-social-mondial-2009/ateliers/)
 
 
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