Wal-Mart de Saint-Hyacinthe, dernier chapitre
Personne, probablement, ne croyait que cela serait si long, d'un côté comme de l'autre de la table des négociations. Mais les voici, quatre ans plus tard. À Saint-Hyacinthe, où les employés du magasin Wal-Mart se sont syndiqués en janvier 2005, un arbitre s'apprête à faire un geste potentiellement lourd de conséquences. Il s'apprête à imposer une convention collective.
Depuis novembre 2006, Me Alain Corriveau, l'arbitre nommé par le ministère du Travail, écoute les arguments du syndicat et ceux de la direction, qui tentent chacun de l'influencer dans le bon sens. Un processus long et fastidieux qui s'est déroulé, pour l'essentiel, dans une toute petite salle de conférence d'un hôtel déprimant, en bordure de l'autoroute 20.
Si long, en fait, que les rencontres en face à face n'attiraient personne sauf les principaux intéressés. Lorsque je me rendais aux séances, j'étais seul avec l'arbitre, les avocats et les délégués syndicaux. L'ambiance? Un mélange difficile à décrire, composé à la fois d'un respect professionnel, mais aussi d'humour un peu railleur et de tension.
En décembre 2008, après les plaidoiries, l'arbitre a pris le dossier en délibéré. Plus personne ne parle, mais une chose est claire. La convention collective que Me Corriveau est en train d'écrire ne sera rien de moins que la pirouette finale d'un numéro d'équilibriste: chacune des deux parties voudra la déconstruire pour dire qu'au fond, c'est elle qui a gagné. Pour le syndicat, elle pourrait servir de plateforme à d'autres magasins. Pour la direction, elle pourrait constituer l'argument ultime pour affirmer que le magasin n'atteint plus ses objectifs.
Depuis des années, des rumeurs nous annoncent la fin du magasin, notamment sur le thème voulant que «des camions ont été commandés pour vider la succursale dans quelques jours». Rien de nouveau. Quant au moral à l'intérieur du magasin, il est bon, disent des employés. Il y a parfois de l'intimidation, mais, encore là, rien de nouveau.
Que ferait Québec?
À Québec, on marche sur des oeufs. La fermeture du Wal-Mart de Jonquière, en avril 2005, avait fait le tour du monde. Une entreprise a tout à fait le droit de fermer une succursale ou une usine, mais, dans un contexte de syndicalisation, elle doit démontrer qu'il y a une autre raison. D'ailleurs, la Cour suprême s'est penchée sur cet épisode il y a une semaine et demie et rendra une décision au cours des prochains mois.
À l'époque de Jonquière, le ministre du Travail, Michel Després, avait plaidé l'impuissance. «Je ne peux pas empêcher une entreprise de prendre une décision sur une base d'affaires», avait-il affirmé en 2005. Cette fois-ci, que ferait Québec si Wal-Mart fermait un deuxième magasin? «On verra», a récemment indiqué l'actuel ministre du Travail, David Whissell, lors d'un entretien téléphonique. «Commençons par voir la décision, et on verra après.»
À quoi ressemblera la convention? Tout ce que l'on sait, pour l'instant, c'est que le contrat de travail sera de deux ans. Ce que l'on sait, aussi, c'est que lorsque Me Corriveau a imposé une convention collective pour l'atelier mécanique de Wal-Mart à Gatineau, en août 2008, l'atelier a fermé ses portes deux mois plus tard. Cinq employés et un gérant ont été touchés. La convention était «irréaliste», selon Wal-Mart.
Les salaires
Un gros morceau de l'argumentaire syndical à Saint-Hyacinthe concerne les salaires. La section locale 501 des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) veut que la rémunération évolue selon le nombre d'heures qu'effectue un employé. On affirme qu'actuellement, aucun employé, même ceux qui travaillent depuis plus de dix ans, n'a touché l'échelon supérieur.
Le syndicat affirme qu'il ne veut pas calquer les salaires des employés de Wal-Mart sur ceux de Maxi et Cie, son point de référence. Mais, avec le nouveau système, pour chaque tranche de 500 heures de travail, un employé gagnerait 30 ¢ de plus l'heure. Au bout de cinq ans et demi, un employé à temps plein arriverait au dernier échelon. Un employé à temps partiel aurait besoin d'environ sept ans et demi. «Est-ce déraisonnable?», a demandé un des avocats du syndicat, Me Claude Leblanc, lors de sa plaidoirie du 19 décembre 2008.
Du côté de Wal-Mart, on préfère le système actuel, qui repose sur un système d'évaluation annuelle pour déterminer l'augmentation salariale de l'employé. Les avocats de Wal-Mart ont affirmé à l'arbitre que, de toute manière, les employés bénéficient d'une garantie de 20 ¢ par année et que, de manière générale, avec les évaluations, la moyenne atteint 34 ¢.
Là où le syndicat et la direction divergent complètement, c'est dans le choix d'un magasin comparable à Wal-Mart. Le syndicat affirme qu'il s'agit de Maxi et Cie, puisque Wal-Mart vend de plus en plus de biens comestibles. La compagnie opte pour Zellers, son argument étant que Wal-Mart est essentiellement un commerce de biens durables.
Pour ce faire, chaque partie a fait témoigner un professeur d'université. Et chaque partie, dans sa plaidoirie, s'est affairée à miner la crédibilité de l'expert de l'autre. Aux yeux des TUAC, l'experte amenée par Wal-Mart, JoAnne Labrecque, n'est pas crédible parce que son témoignage en faveur de Zellers contredit ses écrits passés. Aux yeux de Wal-Mart, la méthode de travail de l'expert amené par les TUAC, Stéphane Maisonnas, professeur à l'UQAM, est loin d'être parfaite.
En toile de fond, il y a la loi québécoise. Wal-Mart a souvent critiqué le mode de syndicalisation que permet le Québec, c'est-à-dire par signature de cartes. La compagnie préfère le vote secret. Mais le gouvernement Charest n'a aucune intention de changer les règles, comme l'a fait la Saskatchewan l'an dernier en abolissant l'accréditation par signatures. Le ministre Whissell est catégorique. «Wal-Mart a droit à son opinion», dit-il. «Il n'y a aucun plan visant à revoir le système d'accréditation.»
Depuis novembre 2006, Me Alain Corriveau, l'arbitre nommé par le ministère du Travail, écoute les arguments du syndicat et ceux de la direction, qui tentent chacun de l'influencer dans le bon sens. Un processus long et fastidieux qui s'est déroulé, pour l'essentiel, dans une toute petite salle de conférence d'un hôtel déprimant, en bordure de l'autoroute 20.
Si long, en fait, que les rencontres en face à face n'attiraient personne sauf les principaux intéressés. Lorsque je me rendais aux séances, j'étais seul avec l'arbitre, les avocats et les délégués syndicaux. L'ambiance? Un mélange difficile à décrire, composé à la fois d'un respect professionnel, mais aussi d'humour un peu railleur et de tension.
En décembre 2008, après les plaidoiries, l'arbitre a pris le dossier en délibéré. Plus personne ne parle, mais une chose est claire. La convention collective que Me Corriveau est en train d'écrire ne sera rien de moins que la pirouette finale d'un numéro d'équilibriste: chacune des deux parties voudra la déconstruire pour dire qu'au fond, c'est elle qui a gagné. Pour le syndicat, elle pourrait servir de plateforme à d'autres magasins. Pour la direction, elle pourrait constituer l'argument ultime pour affirmer que le magasin n'atteint plus ses objectifs.
Depuis des années, des rumeurs nous annoncent la fin du magasin, notamment sur le thème voulant que «des camions ont été commandés pour vider la succursale dans quelques jours». Rien de nouveau. Quant au moral à l'intérieur du magasin, il est bon, disent des employés. Il y a parfois de l'intimidation, mais, encore là, rien de nouveau.
Que ferait Québec?
À Québec, on marche sur des oeufs. La fermeture du Wal-Mart de Jonquière, en avril 2005, avait fait le tour du monde. Une entreprise a tout à fait le droit de fermer une succursale ou une usine, mais, dans un contexte de syndicalisation, elle doit démontrer qu'il y a une autre raison. D'ailleurs, la Cour suprême s'est penchée sur cet épisode il y a une semaine et demie et rendra une décision au cours des prochains mois.
À l'époque de Jonquière, le ministre du Travail, Michel Després, avait plaidé l'impuissance. «Je ne peux pas empêcher une entreprise de prendre une décision sur une base d'affaires», avait-il affirmé en 2005. Cette fois-ci, que ferait Québec si Wal-Mart fermait un deuxième magasin? «On verra», a récemment indiqué l'actuel ministre du Travail, David Whissell, lors d'un entretien téléphonique. «Commençons par voir la décision, et on verra après.»
À quoi ressemblera la convention? Tout ce que l'on sait, pour l'instant, c'est que le contrat de travail sera de deux ans. Ce que l'on sait, aussi, c'est que lorsque Me Corriveau a imposé une convention collective pour l'atelier mécanique de Wal-Mart à Gatineau, en août 2008, l'atelier a fermé ses portes deux mois plus tard. Cinq employés et un gérant ont été touchés. La convention était «irréaliste», selon Wal-Mart.
Les salaires
Un gros morceau de l'argumentaire syndical à Saint-Hyacinthe concerne les salaires. La section locale 501 des Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC) veut que la rémunération évolue selon le nombre d'heures qu'effectue un employé. On affirme qu'actuellement, aucun employé, même ceux qui travaillent depuis plus de dix ans, n'a touché l'échelon supérieur.
Le syndicat affirme qu'il ne veut pas calquer les salaires des employés de Wal-Mart sur ceux de Maxi et Cie, son point de référence. Mais, avec le nouveau système, pour chaque tranche de 500 heures de travail, un employé gagnerait 30 ¢ de plus l'heure. Au bout de cinq ans et demi, un employé à temps plein arriverait au dernier échelon. Un employé à temps partiel aurait besoin d'environ sept ans et demi. «Est-ce déraisonnable?», a demandé un des avocats du syndicat, Me Claude Leblanc, lors de sa plaidoirie du 19 décembre 2008.
Du côté de Wal-Mart, on préfère le système actuel, qui repose sur un système d'évaluation annuelle pour déterminer l'augmentation salariale de l'employé. Les avocats de Wal-Mart ont affirmé à l'arbitre que, de toute manière, les employés bénéficient d'une garantie de 20 ¢ par année et que, de manière générale, avec les évaluations, la moyenne atteint 34 ¢.
Là où le syndicat et la direction divergent complètement, c'est dans le choix d'un magasin comparable à Wal-Mart. Le syndicat affirme qu'il s'agit de Maxi et Cie, puisque Wal-Mart vend de plus en plus de biens comestibles. La compagnie opte pour Zellers, son argument étant que Wal-Mart est essentiellement un commerce de biens durables.
Pour ce faire, chaque partie a fait témoigner un professeur d'université. Et chaque partie, dans sa plaidoirie, s'est affairée à miner la crédibilité de l'expert de l'autre. Aux yeux des TUAC, l'experte amenée par Wal-Mart, JoAnne Labrecque, n'est pas crédible parce que son témoignage en faveur de Zellers contredit ses écrits passés. Aux yeux de Wal-Mart, la méthode de travail de l'expert amené par les TUAC, Stéphane Maisonnas, professeur à l'UQAM, est loin d'être parfaite.
En toile de fond, il y a la loi québécoise. Wal-Mart a souvent critiqué le mode de syndicalisation que permet le Québec, c'est-à-dire par signature de cartes. La compagnie préfère le vote secret. Mais le gouvernement Charest n'a aucune intention de changer les règles, comme l'a fait la Saskatchewan l'an dernier en abolissant l'accréditation par signatures. Le ministre Whissell est catégorique. «Wal-Mart a droit à son opinion», dit-il. «Il n'y a aucun plan visant à revoir le système d'accréditation.»
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