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Les salaires de la démesure

Qu'est-ce qui justifie que les patrons gagnent jusqu'à 1000 fois plus que leurs employés?

Si un patron vaut 50 millions par année, pourquoi un ouvrier ne réclamerait-il pas 50 000 $, soit mille fois moins? Pourquoi certains journalistes reçoivent-ils davantage que les professeurs d'université qui les ont formés? Les barèmes de rémunération de notre société ont-ils encore du bon sens?

Le gros porteur collectif pique du nez? Le coucou va planter? Et puis après? La première classe s'en fout royalement et continue de bénéficier de privilèges scandaleusement avantageux. «La boîte a coulé, mais pouce / On va se la couler douce / La pilule, on va se la dorer / J'ai le parachute... chut! doré», chante malicieusement Alain Souchon.

La triste farce monumentale continue des deux côtés de l'Atlantique Nord. Selon des données publiées cette semaine par le contrôleur de l'État de New York, Wall Street a versé 19 milliards en primes à ses dirigeants en 2008. «C'est le comble de l'irresponsabilité. C'est honteux», a commenté le président Obama. En France, en dépit d'appels incessants des pouvoirs publics, les pratiques de 80 % des 120 plus grandes sociétés cotées en Bourse ne s'avèrent pas conformes aux «recommandations de retenue» diffusées cet automne par l'Association française des entreprises privées.

Et ici? Le président démissionnaire de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau, a reçu 380 000 $ pour avoir démissionné en mai de son poste. Les deux années précédentes, en 2006 et en 2007, M. Rousseau empochait 1,9 puis 1,8 million en salaires et primes. Les résultats de la Caisse ne décevaient pas alors, mais les choix d'investissements faits sous sa gouverne vont probablement entraîner des pertes de 30 à 40 milliards, selon les experts.

400 fois merci

La vieille norme informelle de l'âge industriel dite du «un pour vingt» faisait qu'autrefois un patron ne bénéficiait généralement pas d'un salaire 20 fois supérieur à la moyenne de ses employés. L'écart entre le haut et le bas a commencé à se creuser dans les années 1980. Les 50 p.-d.g. les mieux payés du pays gagnaient déjà 104 fois le salaire canadien moyen en 1995 et 400 fois ce montant dix ans plus tard.

En clair, en moins d'une journée, un superpatron canadien gagne autant que son employé en une année. Aux États-Unis, quelques big boss ayant dépassé le seuil du «un pour mille» engrangent le salaire annuel d'un employé avant leur petit-déjeuner du jour de l'An.

Les turbocapitalistes ont siphonné le système avec un sans-gêne et une cupidité dignes des aristocrates de l'Ancien Régime. Les cent dirigeants les mieux payés du Canada gagnaient un salaire moyen de 10 millions en 2007, en hausse de 22 % par rapport à l'année précédente. Michael Lazaradis, patron de Resarch in Motion, la compagnie du BlackBerry, a empoché 51 millions en 2007.

«Les salaires de 40 ou 60 millions par année ne sont pas justifiés autrement que par la concurrence, du moins selon les patrons eux-mêmes», explique Robert Saucier, lui-même patron de Saucier conseil, une firme d'expertise en rémunération.

Il ne juge pas un cas en particulier, mais l'arnaque au grand complet. «À mon avis, le grave problème est que patron, c'est le seul emploi pour lequel il n'y a pas de limites. Dans ma profession, on se demande jusqu'où payer pour attirer une personne qualifiée. Dans le cas de p.-d.g. de sociétés publiques inscrites en Bourse, on ne pose pas cette question. En ce qui concerne les entreprises privées, c'est une autre histoire. Leurs patrons sont payés raisonnablement et prennent de vrais risques, souvent avec leur propre argent d'ailleurs.»

Pis, le spécialiste ne voit pas encore de changements significatifs à court terme dans l'habitude d'engraisser le patron comme cochon. Une étude publiée cette semaine par deux universitaires américains (Wages and Human Capital in US Financial Industry, 1909-2006) semble lui donner raison: il a fallu plusieurs années pour rééquilibrer les salaires des patrons après le krach de 1929.

«Les salaires des hauts dirigeants restent très élevés, dit M. Saucier. Il n'y a même pas d'indication que la situation va changer, ni même que la volonté est là de la changer. En tout cas, elle ne viendra pas des patrons eux-mêmes.»

Et le Québec d'en bas?

Le vulgum pecus trime pour des pinottes. Les dernières données disponibles (novembre 2008) établissent la moyenne hebdomadaire des salaires canadiens à 805 $ et ceux du Québec à 747 $, soit moins de 40 000 $ par année. Dans les services publics, le salaire grimpe à 1208 $; pour le commerce au détail, il chute à 503 $.

Les cas-limites réservent des surprises. Le syndicat des professeurs de l'Université du Québec à Montréal réclame des augmentations d'environ 12 % sur trois ans quelques semaines à peine après que l'université a évité, sinon la faillite, du moins la tutelle à cause du bourbier financier créé par ses chantiers immobiliers. Pourquoi pas? Après tout, Roch Denis, le recteur responsable du fiasco, a empoché une prime de départ de 173 000 $ en 2007.

La direction du Journal de Montréal, en lock-out, prétend qu'un chef de pupitre de sa salle de rédaction reçoit 125 000 $ par année, pour 30 heures de boulot hebdomadaire, avec six semaines de congé annuel payées au tarif et demi. Les syndiqués en grève nient cette information, qui ferait d'eux des salariés mieux choyés que les titulaires de chaire de l'UQAM...

«L'économie change et certains syndiqués ne veulent pas s'adapter, ne serait-ce que pour assurer la survie de leur entreprise, commente encore M. Saucier. Un journaliste du Journal de Montréal vaut-il 88 000 $ par année quand un autre fait le même travail pour la moitié de ce montant? Le syndicat évoque la qualité du travail. Je ne suis pas sûr que la différence soit si marquée dans le produit final fourni.»

N'empêche que les employés doivent bien aussi pouvoir bénéficier des profits qu'ils aident à générer. Les salaires et les conditions de travail au Journal de Montréal frisent les sommets de la profession parce que cette publication rapporte gros, très gros même.

Le conflit de travail tranchera pour l'avenir. Le professionnel du marché de l'emploi, lui, observe que les salaires ont tendance à se stabiliser autour de certains échelons. À expérience égale, au sommet de l'échelle, un emploi nécessitant une formation secondaire devrait recevoir de 35 000 $ à 40 000 $, un emploi de technicien (avec un diplôme collégial), de 50 000 $ à 60 000 $ et un emploi professionnel (avec un baccalauréat ou une maîtrise), entre 70 000 $ et 80 000 $.

La professeure Julie Cloutier, de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, introduit une variable subjective dans ces barèmes chiffrés. «Le salaire se fixe à partir d'un système d'évaluation prenant en compte la qualification, l'expérience, les responsabilités et les performances exigées pour un poste, dit la spécialiste de la justice organisationnelle. Mais un salaire juste dépend aussi de la perception des individus. Quand les gens se sentent injustement rémunérés, ils peuvent réduire leurs performances ou quitter leur emploi, ce qui s'avère nuisible pour leur entreprise.»

La professeure note que peu d'études s'intéressent aux perceptions et aux effets des disparités de revenus entre les dirigeants et les salariés. «La situation n'est pas encore assez documentée. D'ailleurs, les employés ont plus tendance à se comparer aux postes proches: au supérieur immédiat et aux subordonnés.»

Les vieux marxistes avaient des concepts pour décrire ces réalités: la lutte des classes, la conscience de classe, l'aliénation aussi. Mais Marx est mort, les patrons de la spoliation peuvent dormir tranquilles et vogue la galère...
 
 
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  • maurice bourassa
    Inscrit
    samedi 31 janvier 2009 11h46
    le silence est d'or
    Beau texte, monsieur Baillargeon.
    Mais le probléme qui, en définitive, rend le capitalisme aussi méprisable dans ses excès, ne se résorbera pas de sitôt. Pour la simple raison que ceux que vous dénoncez sont essentiellement ceux qui à qui notre société confère un pouvoir d'interpellation (journalistes, hommes politiques, hauts fonctionnaires, etc.) Ces gens ne peuvent admettre leur statut privilégié sans subir l'ostracisme de leurs vis-à-vis. Ils sont condamnés au silence et s'en trouvent fort bien ainsi.
    J'aimerais tant me tromper...

  • Nicole Poirier
    Abonné
    samedi 31 janvier 2009 11h56
    Les pauvres assouvissent les riches
    En lisant cet article, un aphorisme exprimé par Alphonse Allais le résume bien: "Il faut prendre l'argent là où il se trouve, c'est-à-dire chez les pauvres. Bon d'accord, ils n'ont pas beaucoup d'argent, mais il y a beaucoup de pauvres."

  • Stéphane Doré
    Abonné
    samedi 31 janvier 2009 11h56
    Voilà une très place pour légiférer
    Qu'une loi soit votée obligeant toutes les entreprises et institutions à limiter à 50 le plus haut ratio entre le moins salarié et le plus haut salarié, tous bonus, options d'achat et autres rémunérations inclus!

    Considérant le salaire minimum actuel, personne ne gagnerait plus d'un million par année au Québec. Ce qui est encore beaucoup.

    Ainsi pour augmenter leurs salaires d'avantage, les hauts dirigeants n'auraient d'autre choix que de hausser les plus bas salaires de leur entreprise.

  • Jean Beaumont
    Inscrit
    samedi 31 janvier 2009 13h45
    La situation n'est pas encore assez « documentée ».
    Si vous aviez consulté le dictionnaire, vous auriez constaté que « documenter » veut dire « étayer sur des documents ». Pourrait-on dire ici : La situation n'est pas encore assez étayée sur des documents? Bien sûr que non. Vous auriez dû dire : La situation n'a pas encore été assez étudiée ou Un nombre encore insuffisant d'études a été mené sur cette situation.

  • Maurice Monette
    Abonné
    samedi 31 janvier 2009 15h22
    Cette folie inconsciente de la richesse inutile a commencé quand il n'y a plus eue de limite à la cupidité humaine...!
    Si Nous ferions enfin un examen de conscience mondial et que Nous comparions l'état dans lequel était la planète et la population qu'elle supportait, avant juin 1989, avec ce que sont devenus ces deux partenaires intimement liés, après vingt ans de libérali$me (libéralisme) tout azimut alors, Nous comprendrions que Nous avons fait royalement fausse route, avec toutes les inégalités sociales qui se sont exacerbées.

    Nous venons Ici-Bas pour tenter d'acquérir plus de maturité de notre "libre-arbitre", en vivant en harmonie avec nos Proches et moins proches. Hors, si karol wojtyla alias jean-paul II n'avait pas abdiqué face à la responsabilité qui incombait à l'Église Catholique Romaine, depuis la dernière Guerre Mondiale soit, s'occuper de la juste répartition du pécule mondial, après chaque période de quatre années de tergiversations de la gent humaine, justement pour éviter l'impasse que Nous constatons présentement, Nous n'en serions pas rendus(es) LÀ.

    Notre Terre d'Émeraude a été sur-exploitée pour combler ces richards(es) et Elle n'a pas été respectée dans ses capacités de support, ce qui fait qu'Elle est à l'agonie et ce n'est pas les richesses de ces milliardaires parvenus(es) qui vont LA sauver.

    Entre la fin de la dernière Gerre Mondiale et juin 1989, afin d'éviter un tel conflit dans les temps futurs, il avait été décidé que le pécule mondial allait être réparti équitablement entre tous les gouvernements des pays Démocratiques de la planète. Cette $aine (saine) répartition se répétait après chaque période de quatre années et la création d'empires monétaires tels ceux mentionnés dans l'Article était impossible. Il y avait plus d'équité entre les gens, ce qui diminuait les tensions socisles et notre Terre n'était pas victime d'agression comme Elle l'a été depuis ce juin 1989.

    Ça fait plusieurs fois que je répète cette seule et unique solution à la dégénérescence de notre biome mais, ce sont tous les "Crésus de ce monde" qui empêchent le pécule de circuler et causent la MORT de la planète. Ce sont tous & toutes des "virus" qui causeront la FIN du MONDE et aucun gouvernement en est conscient donc, puisqu'il n'y a plus d'organisme de $aine (saine) gérance du pécule mondial, Nous continuerons de dépérir à petit feu, tant qu'on n'aura pas eu le courage de ramener les Limites qui existaient à cette époque pas si lointaine.

    Merci de votre Attention & c'est pas si difficile à saisir !

    Votre Ami, SAGE, lui,
    MAURICE MONETTE
    Biologiste #939
    Spécialité Écologie
    Grande Rivière

  • Rino St-Amand
    Inscrit
    samedi 31 janvier 2009 16h32
    Et si les syndicats changeaient leur fusil d'épaule?
    L'un des principaux critères qui a toujours guider les syndicats dans leurs revendications salariales, c'est la conservation, sinon, la progression du pouvoir d'achat de ses membres. Mais si on réussi à obtenir, disons, un 5% d'augmentation salarial, lors de la signature d'un nouveaux contrat de travail, le temps des réjouissances ne pourra faire long feu, si tous les autres travailleurs de la nation réussissent, eux aussi, à décrocher ce 5%. Parce que ce faisant, le pouvoir d'achat du premier groupe sera réduit d'autant, dû à la hausse générale des prix (entrainée par la hausse générale des salariales). Et pendant que ce cercle vicieux de rattrapage se joue, c'est notre compétitivité, par rapport aux pays en voie de développement, qui diminue. En bout de ligne, nous assistons à une migration du travail vers ces pays où les salaires sont beaucoup moins élevés. Si nos prix et nos salaires étaient 50% de ce qu'ils sont actuellement, il est évident que ce phénomène de migration serait beaucoup moins important, ...et nous aurions le même pouvoir d'achat.

    Mais il faut convenir que le salaire du grand patron a une influente beaucoup plus importante sur la hausse générale des prix, que celui du travailleur de son organisation, d'autant plus que si ce dernier est 400 fois moindre que le premier. Pour ne pas avoir à toujours accélérer le pas pour rattraper la hausse des prix, ainsi que pour contrer le phénomène de migration du travail vers les pays en développement, il me semble que les syndicats auraient tout avantage à asseoir leurs revendications salariales du un ratio à atteindre, en ce qui regarde les salaires patron/salariés. On pourrait, par exemple, visé à long terme un ratio de 50 pour 1, mais si ce ratio devait être actuellement de 400 pour 1, peut-être que pour la prochaine convention collective, un objectif de 300 pour 1 serait plus raisonnable, histoire de s'en garder un peu pour les prochaines rondes de négociations. Si cette façon de faire avait été implantée au moment de la grande dépression (1930), les prix, les salaires et le chômage seraient beaucoup moins élevés, mais la prospérité de notre pays serait plus grande, de même que notre pouvoir d'achat en général.

  • emeri
    Abonné
    samedi 31 janvier 2009 23h46
    Un scandale attend pas l'autre.
    En lisant le texte ci-haut, quelques noms bien connus me
    venais à l'esprit: Jean Charest, par exemple. En voila un
    qui, selon la rumeur, possède deux ou trois châteaux dont ont
    ne sais pas trop bien d'où vient l'argent. Son salaire et
    une somme forfaitaire venant du parti Libéral ne suffisent
    pas à faire «vivre» tout ce fourbit. Alors d'où vient le fric?
    Henri-Paul Rousseau, de qui ont n'avait que des louanges lors
    de son embauche, aurait tellement mal diriger la Caisse de
    Dépôt, qu'il à dû fuir à toute jambe lorsque cela s'est mis
    sentir le roussi. Et un scandale de plus dans son cas, il est parti avec une partie de la caisse pour se réfugier
    chez l'ami de tous ce qui grouille de fédéraliste au Québec:
    La corporation POUVOIR de la famille Desmarais qui n'est
    rien d'autre que le grand patron de Jean Charest, donc de tous les Québécois tant aussi longtemps que les Rouges sont aux pouvoir. Et ce POUVOIR d'où vient-il? De l'argent des
    pauvres payeurs de d'impôt et autres taxes en tout genre qui
    n'a de cesse que de tenir le petit peuple dans la plus
    scandaleuse pauvreté pendant que tous les Rio Tinto de ce
    monde nous vide les entrailles de nos richesses pour en faire
    profiter les Australiens du sud que l'on peut apercevoir
    bien assis à regarder L'Open de tennis, bien gras dur.
    A titre d'expérience, demandons leurs ou se trouve le Québec,
    ou encore mieux, ou se trouve l'usine qui fabrique le meilleur aluminium au monde et pour pas cher, et dites moi
    quelle réponse aura été la leur.
    Et, pour finir, demandons donc aux américains d'où vient le
    850 milliards de dollars qui servira à renflouer les grandes
    banques de leur pays, et je ne serait pas surpris que la
    quasi totalité des payeurs de taxes ne le savent même pas.
    SCANDALE, HO SCANDALE QUAND TU NOUS TIENT.
    Réjean Grenier.

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