samedi 21 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h40


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Alumineries - On nous manipule !

La fermeture définitive de l'usine Alcan de Beauharnois privera 220 ouvriers de leur gagne-pain, ce qui constitue un drame en soi. Mais ce qui vient aggraver la situation, c'est le sentiment que nous avons tous, travailleurs, citoyens ordinaires et même nous, journalistes, de faire l'objet d'une manipulation grossière et constante de la part de ceux que nous avons élus pour nous représenter.

Lorsque le gouvernement Charest a annoncé qu'une entente était intervenue avec la multinationale Alcan — devenue Rio Tinto Alcan (RTA) — pour la construction d'une usine

pilote et l'agrandissement d'une autre, en

décembre 2006, les journalistes ont reçu un dossier de presse juste assez détaillé pour faire le travail qu'on attendait d'eux. Fiches techniques, données financières, tableaux de disponibilité de l'électricité du côté d'Hydro-Québec... enfin, ce qu'il faut pour jouer docilement un rôle d'agent de relations publiques, mais pas celui de journaliste. Le contrat étant gardé secret, impossible d'en faire davantage, impossible de dire s'il s'agissait d'une bonne ou d'une mauvaise affaire pour le Québec.

Ce qu'on vient d'apprendre à la dure, comme toujours lorsqu'il est question de tels contrats, c'est que l'entente intervenue entre le gouvernement et Alcan comporte une clause dite «catastrophe» dont le contenu aurait pourtant très bien pu être divulgué sans nuire aux activités de l'entreprise. C'est cette clause que RTA vient d'invoquer pour se soustraire à l'obligation de maintenir ouverte l'usine de Beauharnois jusqu'en 2010. Si le prix mondial de l'aluminium tombe sous un certain seuil, serait-il écrit dans le contrat, RTA peut réduire sa capacité de production en deçà de ses engagements initiaux.

Qu'on nous comprenne bien: il fallait en venir un jour à cette fermeture des cuves Söderberg de Beauharnois. Cette technologie est depuis longtemps dépassée; elle consomme beaucoup trop d'énergie et pollue terriblement. Québec avait d'ailleurs fixé à 2015 la date ultime pour agir.

Pas question non plus de contester la décision de réduire la production quand la demande mondiale d'aluminium est en chute libre. Il serait ridicule de forcer une entreprise active dans un secteur aussi cyclique à maintenir un niveau de production et d'emplois fixe

en tout temps. De toute façon, les travailleurs permanents

de Beauharnois ont la sécurité d'emploi, même si on imagine mal que plusieurs d'entre eux déménagent au Saguenay pour en jouir.

En fait, ce qui est tout à fait inacceptable dans les circonstances, ce sont ces fameuses clauses confidentielles que le gouvernement accepte d'ajouter, ou demande que l'on ajoute de façon quasi systématique à ses ententes commerciales.

À l'époque de Robert Bourassa, on avait forcé Hydro-Québec à signer des contrats confidentiels dont l'essentiel ne fut connu que des années plus tard. On a compris pourquoi le jour où on a su que la formule de fixation du prix de l'électricité entraînait un manque à gagner annuel de plusieurs centaines de millions pour Hydro-Québec.

Dans le cas présent, on ne voit pas en quoi la divulgation d'une clause «catastrophe» aurait pu nuire à la position concurrentielle de RTA. En revanche, on comprend trop bien que le gouvernement, lui, n'ait pas voulu rendre publique une clause dont l'application, peu probable en 2006, entraînerait la fermeture prématurée d'une ou plusieurs usines.

Pas «béton» du tout, cette entente dont on ignore le nombre et la teneur de telles clauses confidentielles! Certaines ne permettront-elles pas à RTA de reporter, voire d'annuler ses investissements de deux milliards prévus dans l'entente? Et qu'en est-il réellement des conditions du prêt sans intérêt de 400 millions remboursable dans 30 ans, ou encore, des tarifs d'électricité privilégiés dont on a dit qu'ils seraient indexés, sans préciser la formule?

On plaide la concurrence, mais n'est-ce pas aussi de petite politique qu'il faut parler?

On l'a vu dans le cas des dirigeants de sociétés d'État auxquelles le gouvernement a accordé secrètement des privilèges financiers injustifiés, cette façon de se comporter fait partie de la culture de nos élus. Que ce soit par crainte des réactions du public ou par intérêt politique, elle est commune aux deux grandes formations et contribue à la méfiance et au cynisme grandissants parmi les citoyens. Est-il besoin d'ajouter, sans trop y croire, que cela doit cesser?

***

j-rsansfacon@ledevoir.ca






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Serge Charbonneau
    Abonné
    vendredi 23 janvier 2009 02h00
    On ne se fait pas manipuler que par les alumineries
    « Ce n'est pas seulement dans les alumineries qu'on nous manipule, c'est dans pratiquement tous les secteurs; de la santé jusqu'aux ressources naturelles.

    Il faut vraiment se demander pour qui donc travaille le gouvernement?
    NOTRE gouvernement!

    Les ententes SECRÈTRES!
    Les réunions à huis clos!

    En voulez-vous, en v'là!

    Le gouvernement est-il à notre service ou au service des grosses entreprises?
    Parlez-en aux milliers de nouveaux chômeurs.

    Parlez-en aux travailleurs de l'ex-Alcan, de Beauharnois ou de Abitibi-Bowater et de tant d'autres mis à pied pour «rationaliser».

    Le gouvernement donne l'impression d'être là pour fournir la main d'oeuvre bon marché, les ressources naturelles données, les prêts SANS INTÉRÊTS (dons), et surtout, surtout pas trop d'impôt pour ces pauvres compagnies qui sont les missionnaires de l'emploi!

    Il est temps que les travailleurs se réveillent et que nous prenions notre pays en main. Il est temps d'élire des gens qui vont travailler, non pas à créer de la richesse pour les multinationales, mais qui vont travailler à répartir la richesse et à donner des chances égales pour tous.
    Il est grand temps de réhabiliter la gauche.
    Nous avons été endoctriner depuis notre naissance à dénigrer la gauche.
    La gauche, le socialisme associé à la pauvreté, au diable et à l'enfer.

    La pauvreté, voyez qui la crée, la pauvreté.
    Voyez où se trouve la richesse.
    Voyez le monde.

    Il faut nationaliser si on veut cesser de se faire fourrer.
    Il faut prendre nos intérêts en main et cesser de jouer le jeu du chantage que nous font les compagnies via leur laquais au gouvernement.
    Il faut rejeter toute privatisation dans quelque secteur que ce soit.

    Il faut faire payer les impôts à ceux qui font d'énormes profits et d'énormes salaires.
    Il faut abaisser le maximum permis pour les REER qui sert d'échappatoire fiscale uniquement aux très fortunés. Il faut empêcher l'évasion dans les paradis fiscaux.

    Le cliché de faire payer les riches, est loin d'être fou.
    Les riches refusent leurs responsabilités sociales et font croire que ce sont eux qui sauvent les misérables. La misère existe parce que ceux qui concentrent la richesse sont trop réticents envers leur responsabilité sociale.

    Il devrait y avoir un taux unique et franc d'impôt.
    Disons qu'à partir de 25000 $ tout dollar supplémentaire serait imposé à 20%.
    Si vous faites 35000 vous devez 2000 d'impôt, si vous en faites 125000, vous devez 20000.

    Aucun abri fiscal, aucune déduction, plus de rapport d'impôt, 20% c'est tout.
    C'est simple, c'est clair, c'est juste.
    L'entreprise privée ne pourra plus investir me direz-vous?
    Tant pis, le gouvernement, lui, le pourra.
    Et les fruits du travail des employés iront dans les coffres du gouvernement pour nos routes, nos hôpitaux, nos retraites, nos assistés sociaux.

    Ah! Que je suis simpliste!
    Ouais! Peut-être que cet impôt serait non pas simpliste, mais tout simplement trop simple pour être déjoué!



    Serge Charbonneau
    Québec »

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 23 janvier 2009 07h06
    400 millions sans intéret
    « à une moyenne de 6% par année, c'est 24 millions par année. Sur 30 ans, c'est 720 millions. Est-ce qu'on est devenu fou??? »

  • Serge Charbonneau
    Abonné
    vendredi 23 janvier 2009 08h41
    Pour contrer la manipulation généralisée
    « Le gouvernement est-il à notre service ou s'il est au service des grosses industries?
    Nous manipule-t-on?
    Manipule-t-on notre opinion?

    Il faut avoir un meilleur suivi de nos élus.
    Il faut exiger la transparence.
    Toute entente secrète est inacceptable.
    Toute réunion à huis clos est inacceptable.

    Il faut s'inspirer des lois de certains pays avant-gardistes.
    Par exemple, celle-ci :

    « En plus de protéger explicitement tous les droits civils et politiques, comme on le voit rarement dans un texte juridique fondamental, le projet constitutionnalise des droits qui ne le sont pas ici même, au Canada ou au Québec: le droit à l'eau et à l'alimentation, par exemple; l'accès aux ressources hydriques et l'interdiction de leur privatisation; la primauté des salaires et des bénéfices dus aux travailleurs sur toute créance de l'entreprise... »

    Il serait grand temps que nous passions une loi interdisant la privatisation des ressources naturelles.

    Il serait grand temps que les gouvernements exigent la primauté des salaires et des bénéfices dus aux travailleurs sur toute créance de l'entreprise.

    Il serait grand temps que le droit à l'eau et à l'alimentation soit reconnu comme un droit fondamental essentiel.


    Il faut lire l'excellent article de Monsieur Denis Langlois:

    « Référendum constitutionnel en Bolivie - Le défi d'une refondation »
    http://www.ledevoir.com/2009/01/23/228824.html?fe=5946&fp=216249&fr=128892



    Serge Charbonneau
    Québec »

  • Jean Sauvageau
    Inscrit
    vendredi 23 janvier 2009 08h43
    Avis aux journalistes : nouveau paragraphe nécessaire
    « Il devrait être évident pour tout le monde maintenant que les contrats secrets sont secrets justement parce qu'ils contiennent des clauses "catatrophes" ou autres, inavouables pour diverses - mauvaises - raisons.

    M. Sansfaçon se plaint, à juste titre, que le secret empêche les journalistes de faire leur travail. Je suggère aux journalistes qui n'ont que des dossiers de presse du gouvernement pour écrire leurs articles ou faire leurs reportages d'ajouter un paragraphe à leurs papiers qui soulignera la forte probabilité que le contrat est gardé secret pour les raisons que l'on sait.

    L'absence d'information vérifié et/ou de sa confirmation ne doit plus constituer un obstacle au travail jornalistique responsable. »

  • Michel Samson
    Abonné
    vendredi 23 janvier 2009 08h52
    ...sans trop y croire...
    « Même d'y croire un peu relève de l'illusion, comme toute croyance. Et vous dites "méfiance et cynisme grandissants" ? Grandissants ? Vraiment ? Nous sommes baignés depuis tellement longtemps dans ce petit jus de dissonance cognitive que nous distille un parti après l'autre, une élection après l'autre, que notre méfiance et notre cynisme ont fini de grandir. Ils sont à leur pleine grandeur et ont atteint l'âge adulte depuis longtemps.

    Les Conservateurs au fédéral et les libéraux au provincial nous ont raconté n'importe quoi durant les dernières élections. Aujourd'hui, l'un et l'autre parti essayent en panique d'ajuster leur message post-électoral en tentant de rendre cet ajustement cohérent avec ce qu'ils ont vendu comme salade durant les campagnes électorales, ce qui équivaut à vouloir faire entrer un pieu carré dans un trou rond. Cynisme grandissant ?

    Il n'y a que peu de façons pour contrer la pratique des politiciens de nous mentir à pleine gueule et l'une d'entre elles, lorsqu'elle fut proposée en Colombie Britannique, souleva un vent de scandale parmi les politiciens du pays : il s'agissait simplement d'une loi qui aurait permis aux citoyens de poursuivre devant les tribunaux tout politicien ou gouvernement pris en flagrant délit de bris de promesse électorale. On a ridiculisé ce projet de loi en soulignant qu'il était irréaliste et dangereux. Cynisme grandissant... bon, d'accord. Mais je pense qu'il n'a plus de place pour grandir, il est déjà plutôt géant. »

  • Marc M. Davignon
    Abonné
    vendredi 23 janvier 2009 09h19
    Le secret ... lieu commun de la corruption.
    « Pis on veut payer plus cher pour avoir de la qualité au sein de nos dirigeants! Les clauses secrètes, les primes de départ (tenues secrètes). N'est-ce pas payé suffisamment cher? Nous sommes un peuple bien impassible. Et ils en retirent tous les avantages qu'ils peuvent. »

  • Marc M. Davignon
    Abonné
    vendredi 23 janvier 2009 09h31
    Bravo!
    « Mais 15 % serait amplement suffisant pour que les compagnies puissent investir! L'investissement se fait avec des emprunts et les profits. Comment avez-vous fait pour faire l'achat de votre maison? Avec un simple salaire, vous avez réussi à « placer » de l'argent dans votre maison. Quand c'est simple, c'est suspect. Un autre endoctrinement. Les choses doivent être compliquées pour avoir l'air vrai. »

  • Jean-Philippe Delorme
    Abonné
    vendredi 23 janvier 2009 12h13
    Tous ce qui a touché aux Conservateurs (Charest, Harper) pue!
    « Pendant qu'aux É-U on laisse la chance au coureur quant à la volonté d'Obama de rendre l'administration des affaires publiques plus transparentes, ici, au Québec et au Canada, on végète en plein bushisme (toutes proportions gardées). Tous ce qui a touché de près ou de loin au Parti Conservateur du Canada (Charest, Harper) pue! Après tous les dénis entendus lors des deux dernières campagnes électorales, il n'est plus possible d'accorder de crédit aux énoncés de nos gouvernements. Misère! Le temps va être long.
    Est-il vrai que tous les politiciens qui ont fait le pari de la franchise se sont ensuite faits sévèrement sanctionner par l'électorat par la suite?
    À quand un parti d'ici qui aura le courage de s'engager à la transparence? »

  • Jean-Guy Dagenais
    Abonné
    vendredi 23 janvier 2009 18h44
    les tit's vites de Bachand
    « C'est pas la première ni la dernière du ministre.

    Rappelez-vous les contrats des wagons à Bombardier contre Alstom. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
9 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009