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Secouer sa dépendance

8 janvier 2009  Actualités économiques
Bruxelles — L'interruption hier des livraisons de gaz russe vers l'Union européenne devrait accélérer les projets de diversification énergétique des Européens, restés extrêmement dépendants de la Russie malgré de multiples déclarations d'intention.

Trois ans après une précédente dispute russo-ukrainienne, qui avait débouché sur une brève rupture d'approvisionnement, la piqûre de rappel est particulièrement cuisante pour l'Europe. L'Union européenne importe de Russie 25 % de sa consommation gazière, une proportion appelée à croître à l'avenir, selon les experts. Certains pays d'Europe centrale dépendent presque exclusivement des livraisons russes, comme la Bulgarie, alors que d'autres, comme la Grande-Bretagne, n'ont aucun lien avec Gazprom.

D'où les appels à la «solidarité européenne» de Sofia, qui prend ainsi au mot ses partenaires. En octobre, les dirigeants européens avaient confirmé que «la sécurité de l'approvisionnement en énergie est une priorité de l'Union européenne» et qu'elle «passe par la responsabilité et la solidarité de tous les États membres».

Mais concrètement, «la relation énergétique à nouer avec Moscou reste l'un des principaux clivages entre Européens», souligne Thomas Gomart, directeur du Centre Russie à l'Institut français des relations internationales.

Les grands groupes énergétiques français, italien, ou allemand ont encore tout récemment signé des accords d'approvisionnement de longue durée avec le géant gazier russe Gazprom. Certains sont également très impliqués dans deux mégaprojets de gazoducs poussés par Gazprom (Nord Stream et South Stream). Ces négociations en ordre dispersé sont loin de ressembler à une politique concertée européenne.

Et les grands pays de l'Ouest européen ont développé leur propre stratégie de diversification — en investissant par exemple dans des terminaux de transformation du gaz liquéfié venant d'Algérie — et entendent conserver toutes leurs prérogatives dans ce domaine.

Les pays européens de l'ancien bloc soviétique ont hérité de réseaux électrique et gazier tournés vers l'Est. Dépendants parfois à 100 % du gaz russe, ils poussent leurs partenaires de l'UE à une politique plus ferme à l'égard de Moscou. Les pays baltes ont déjà obtenu la promesse d'une aide au financement de nouvelles interconnexions reliées à l'UE.

Reste que «les pays d'Europe de l'Est et d'Europe centrale ont fait très peu pour amoindrir leur dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie» depuis la fin de leur tutelle soviétique, critiquait récemment Vaclav Bartuska, responsable de la sécurité énergétique de la République tchèque. Certains pays qui appellent aujourd'hui «à la solidarité» de l'Ouest ont préféré acheter de l'électricité pas chère à la Russie plutôt que de se lancer dans des investissements coûteux, fustige-t-il.

Le nouveau conflit gazier pourrait aussi «relancer le débat au sein de l'UE sur le développement du nucléaire et la demande de certains pays d'une mutualisation des stocks de gaz», prédit Thomas Gomart.

Lors de leur sommet de mars prochain, les dirigeants de l'UE devraient entériner une stratégie détaillée de diversification de ses fournisseurs énergétiques, proposée par la Commission. Pour le gaz, Bruxelles préconise ainsi de définir des «mesures d'urgence» en cas de menace sur l'approvisionnement. «Jusqu'à présent, les États membres ont limité le pouvoir de la Commission en cas de crise, nous voulons réformer ce système», note un haut responsable européen.

Plus généralement, la stratégie privilégie les importations non russes, en essayant de développer ses relations avec les pays d'Asie centrale et du sud de la méditerranée.

Bruxelles pousse tout particulièrement le projet européen Nabucco, un gazoduc de 3300 km évitant la Russie, qui doit passer par la Turquie et aboutir en Autriche, mais dont l'approvisionnement est encore loin d'être assuré.
 
 
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