Pour l'économie américaine - La guerre signifie d'abord la fin des incertitudes
Certains économistes avertissent toutefois que l'Irak pourrait en fait être l'arbre qui cache une forêt de faiblesses
18 mars 2003
Actualités économiques
Washington — La guerre en Irak, qui semble imminente, devrait lever les incertitudes qui paralysent depuis plusieurs mois l'économie américaine, mais celle-ci n'est pas pour autant assurée d'aller aussitôt vers des jours radieux, estimaient hier des analystes.
«De tous les facteurs pesant sur l'économie, l'Irak est l'obstacle majeur et une clé pour revenir à une croissance plus normale. Ce n'est pas le seul, mais c'est le plus dominant», a assuré Robert DiClemente, chef économiste à Salomon Smith Barney. Selon lui, «tout facteur qui permettrait d'y voir plus clair signifiera certainement une amélioration de la confiance des consommateurs, des investisseurs et des chefs d'entreprise».
L'économie américaine est en effet engluée dans une attente léthargique depuis plusieurs mois. En février, les nouvelles ont été particulièrement mauvaises, avec une confiance des consommateurs au plus bas depuis presque dix ans, la perte de 308 000 emplois et des ventes de détail en chute libre.
Du consommateur à l'industriel, les Américains rechignent à dépenser, en partie parce qu'ils anticipent les dommages à venir, en partie parce qu'ils renâclent à s'engager sans savoir de quoi l'avenir sera fait. Le président de la Réserve fédérale (Fed), Alan Greenspan, a plusieurs fois estimé que la levée des incertitudes devait doper la reprise.
«S'il y avait une issue militaire positive, cela serait certainement positif pour l'économie», a affirmé John Shin, économiste à Lehman Brothers.
Mais «il est également clair que l'Irak n'est pas la seule chose qui nous freine», a averti M. DiClemente. Un certain nombre d'économistes avertissent en effet que l'Irak pourrait être l'arbre qui cache la forêt mais que l'économie américaine souffre d'autres problèmes plus anciens et profonds. «La reprise anémique qu'ont connue les États-Unis a découlé des excès persistants de la fin des années 1990, à savoir des niveaux d'épargne historiquement bas, un déficit record des comptes courants et un endettement record du secteur privé. Le problème est que ces excès doivent à présent être purgés», souligne Stephen Roach, économiste à Morgan Stanley.
Après un conflit, «l'économie se portera mieux, mais nous ne pensons pas qu'il y aura un véritable décollage de la reprise», a pour sa part estimé M. Shin, qui table sur une croissance de 1 % seulement pour le premier semestre 2003.
D'autant que les répercussions d'un conflit en Irak sont difficiles à prévoir. Des études ont chiffré le coût d'une guerre pour les États-Unis entre 490 et 1900 milliards $US sur une décennie. Au-delà des sommes qu'il faudra débourser, la guerre pourrait affecter l'économie en matière de croissance, d'investissements et de cours de la Bourse, selon les économistes Andrew Stoeckel et Warwick McKibbin.
«La victoire militaire semble assez logique mais tout ce qu'il y a autour ne fait qu'ajouter à des incertitudes qui ne seront pas résolues par une campagne militaire», a estimé M. Shin en énumérant la reconstruction de l'Irak, les répercussions au Proche-Orient ou les éventuels risques accrus de terrorisme.
Risque de récession en Europe
La Commission européenne a, pour sa part, revu en forte baisse hier sa prévision de croissance pour cette année dans la zone euro à «environ 1 %», contre 1,8 % précédemment, sans exclure une «récession» en cas de guerre en Irak aux conséquences désastreuses. C'est ce que soutient Klaus Regling, patron de la Direction générale (DG) des affaires économiques de la Commission européenne. Peu auparavant le commissaire aux Affaires économiques, Pedro Solbes, avait lui-même souligné que la croissance «sera significativement plus faible» qu'anticipé à l'automne dernier. La prévision finalisée sera publiée en avril.
La Commission semble ainsi encore plus pessimiste que le Fonds monétaire international (FMI) qui table sur 1,3 % de croissance cette année dans la zone euro. La prévision de la Commission ne prend pas en compte toutes les conséquences d'un conflit armé en Irak puisqu'«il n'y a pas de guerre pour l'instant», a expliqué M. Regling. Mais les impacts de la crise irakienne notamment sur «les prix du pétrole et la confiance des consommateurs sont déjà inclus», a-t-il précisé.
En cas d'éclatement de la guerre, la Commission retient pour l'heure un «scénario de base» qui table sur un impact négatif «limité» sur l'économie européenne lié à une «hausse du prix du pétrole» dont la tendance serait «inversée rapidement». Toutefois «une stagnation ou une récession ne peuvent être exclues», si un scénario plus négatif prévalait, avec notamment une flambée durable des prix du pétrole, une dégradation plus forte de la confiance des consommateurs et des industriels.
L'économie européenne est davantage vulnérable aujourd'hui à une guerre que lors du conflit du Golfe en 1990-91, estime la Commission, notamment parce que «le soutien politique et populaire à la guerre est moindre, ce qui risque de peser sur la confiance» des consommateurs.
Par ailleurs, le commerce mondial pourrait être affecté en cas de «tensions géopolitiques», de «détérioration des relations avec le monde musulman» et «de menaces d'attaques terroristes», estime Bruxelles dans son scénario noir.
Mais l'Irak n'est pas seul en cause: l'Europe souffre aussi de ses propres carences, notamment sa «faible profitabilité» et sa «rigidité», selon M. Solbes. Dans l'immédiat, la Banque centrale européenne (BCE) dispose, selon M. Solbes, d'une «certaine marge de manoeuvre» pour aider la croissance en abaissant son taux d'intérêt, même si sa tâche est «compliquée par la hausse des prix du pétrole».
Du côté de la politique budgétaire, le commissaire reconnaît que les marges de manoeuvre des États sont limitées. Il a toutefois encouragé, une fois de plus, les pays en déficit à ne pas tarder à assainir leurs finances.
«De tous les facteurs pesant sur l'économie, l'Irak est l'obstacle majeur et une clé pour revenir à une croissance plus normale. Ce n'est pas le seul, mais c'est le plus dominant», a assuré Robert DiClemente, chef économiste à Salomon Smith Barney. Selon lui, «tout facteur qui permettrait d'y voir plus clair signifiera certainement une amélioration de la confiance des consommateurs, des investisseurs et des chefs d'entreprise».
L'économie américaine est en effet engluée dans une attente léthargique depuis plusieurs mois. En février, les nouvelles ont été particulièrement mauvaises, avec une confiance des consommateurs au plus bas depuis presque dix ans, la perte de 308 000 emplois et des ventes de détail en chute libre.
Du consommateur à l'industriel, les Américains rechignent à dépenser, en partie parce qu'ils anticipent les dommages à venir, en partie parce qu'ils renâclent à s'engager sans savoir de quoi l'avenir sera fait. Le président de la Réserve fédérale (Fed), Alan Greenspan, a plusieurs fois estimé que la levée des incertitudes devait doper la reprise.
«S'il y avait une issue militaire positive, cela serait certainement positif pour l'économie», a affirmé John Shin, économiste à Lehman Brothers.
Mais «il est également clair que l'Irak n'est pas la seule chose qui nous freine», a averti M. DiClemente. Un certain nombre d'économistes avertissent en effet que l'Irak pourrait être l'arbre qui cache la forêt mais que l'économie américaine souffre d'autres problèmes plus anciens et profonds. «La reprise anémique qu'ont connue les États-Unis a découlé des excès persistants de la fin des années 1990, à savoir des niveaux d'épargne historiquement bas, un déficit record des comptes courants et un endettement record du secteur privé. Le problème est que ces excès doivent à présent être purgés», souligne Stephen Roach, économiste à Morgan Stanley.
Après un conflit, «l'économie se portera mieux, mais nous ne pensons pas qu'il y aura un véritable décollage de la reprise», a pour sa part estimé M. Shin, qui table sur une croissance de 1 % seulement pour le premier semestre 2003.
D'autant que les répercussions d'un conflit en Irak sont difficiles à prévoir. Des études ont chiffré le coût d'une guerre pour les États-Unis entre 490 et 1900 milliards $US sur une décennie. Au-delà des sommes qu'il faudra débourser, la guerre pourrait affecter l'économie en matière de croissance, d'investissements et de cours de la Bourse, selon les économistes Andrew Stoeckel et Warwick McKibbin.
«La victoire militaire semble assez logique mais tout ce qu'il y a autour ne fait qu'ajouter à des incertitudes qui ne seront pas résolues par une campagne militaire», a estimé M. Shin en énumérant la reconstruction de l'Irak, les répercussions au Proche-Orient ou les éventuels risques accrus de terrorisme.
Risque de récession en Europe
La Commission européenne a, pour sa part, revu en forte baisse hier sa prévision de croissance pour cette année dans la zone euro à «environ 1 %», contre 1,8 % précédemment, sans exclure une «récession» en cas de guerre en Irak aux conséquences désastreuses. C'est ce que soutient Klaus Regling, patron de la Direction générale (DG) des affaires économiques de la Commission européenne. Peu auparavant le commissaire aux Affaires économiques, Pedro Solbes, avait lui-même souligné que la croissance «sera significativement plus faible» qu'anticipé à l'automne dernier. La prévision finalisée sera publiée en avril.
La Commission semble ainsi encore plus pessimiste que le Fonds monétaire international (FMI) qui table sur 1,3 % de croissance cette année dans la zone euro. La prévision de la Commission ne prend pas en compte toutes les conséquences d'un conflit armé en Irak puisqu'«il n'y a pas de guerre pour l'instant», a expliqué M. Regling. Mais les impacts de la crise irakienne notamment sur «les prix du pétrole et la confiance des consommateurs sont déjà inclus», a-t-il précisé.
En cas d'éclatement de la guerre, la Commission retient pour l'heure un «scénario de base» qui table sur un impact négatif «limité» sur l'économie européenne lié à une «hausse du prix du pétrole» dont la tendance serait «inversée rapidement». Toutefois «une stagnation ou une récession ne peuvent être exclues», si un scénario plus négatif prévalait, avec notamment une flambée durable des prix du pétrole, une dégradation plus forte de la confiance des consommateurs et des industriels.
L'économie européenne est davantage vulnérable aujourd'hui à une guerre que lors du conflit du Golfe en 1990-91, estime la Commission, notamment parce que «le soutien politique et populaire à la guerre est moindre, ce qui risque de peser sur la confiance» des consommateurs.
Par ailleurs, le commerce mondial pourrait être affecté en cas de «tensions géopolitiques», de «détérioration des relations avec le monde musulman» et «de menaces d'attaques terroristes», estime Bruxelles dans son scénario noir.
Mais l'Irak n'est pas seul en cause: l'Europe souffre aussi de ses propres carences, notamment sa «faible profitabilité» et sa «rigidité», selon M. Solbes. Dans l'immédiat, la Banque centrale européenne (BCE) dispose, selon M. Solbes, d'une «certaine marge de manoeuvre» pour aider la croissance en abaissant son taux d'intérêt, même si sa tâche est «compliquée par la hausse des prix du pétrole».
Du côté de la politique budgétaire, le commissaire reconnaît que les marges de manoeuvre des États sont limitées. Il a toutefois encouragé, une fois de plus, les pays en déficit à ne pas tarder à assainir leurs finances.
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