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100 jours de sursis pour les géants de l'auto

Washington se porte au secours des géants de l'industrie automobile au bord de la faillite. Invoquant une menace pour l'économie américaine tout entière, l'administration Bush a annoncé hier que le gouvernement allait prêter jusqu'à 17,4 milliards de dollars à la filière, en contrepartie de sacrifices de la part des constructeurs, mais surtout des salariés. Le Canada devrait quant à lui annoncer son propre plan aujourd'hui.

«C'est le moment de prendre des décisions difficiles, pour la viabilité [du secteur], ou la seule autre option sera la faillite», a affirmé le président George W. Bush lors d'une allocution à la Maison-Blanche. «Laisser les entreprises automobiles s'effondrer n'est pas responsable» car la faillite porterait un «coup douloureux inacceptable à des Américains qui travaillent dur» dans tout le pays, a-t-il ajouté.

Au total, l'aide à l'industrie automobile, qui consiste en fait en une nationalisation partielle du secteur, va s'élever à 17,4 milliards de dollars. Washington a précisé que 13,4 milliards seraient disponibles dès ce mois-ci et jusqu'en janvier prochain. Sur cette somme, 9,4 milliards sont destinés à General Motors et quatre milliards à Chrysler. GM recevrait les quatre milliards restants après déblocage de la seconde moitié du plan de sauvetage financier.

La plupart des fonds seront en effet puisés à même les 700 milliards du plan Paulson destinés à l'origine au sauvetage des banques. Le secrétaire au Trésor a d'ailleurs appelé hier le Congrès à débloquer les 350 milliards de dollars restants du plan approuvé en octobre, expliquant que le soutien à l'automobile allait épuiser la première moitié de ces 700 milliards de dollars.

Confrontés à l'effondrement du marché automobile aux États-Unis, General Motors et Chrysler ont averti qu'ils seraient prochainement à court de liquidités et couraient à la faillite s'ils ne recevaient l'aide de l'État. Ford a expliqué qu'il n'avait pas besoin d'une aide dans l'immédiat, mais a annoncé comme GM et Chrysler des mesures de chômage technique, avec des fermetures temporaires de sites.

Aide conditionnelle

Le président Bush a expliqué que ce sauvetage exigeait cependant des contreparties similaires à celles contenues dans un plan de renflouement approuvé par la Chambre des représentants mais rejeté par le Sénat il y a une semaine. Les constructeurs automobiles auront ainsi jusqu'au 31 mars pour présenter des plans de restructuration à même d'assurer leur viabilité, sans quoi ils devront rembourser les prêts.

«Les constructeurs et les syndicats doivent comprendre ce qui est en jeu et prendre les difficiles décisions nécessaires pour réformer» l'industrie automobile, a souligné M. Bush. Et d'observer que la crise financière ne faisait qu'aggraver les difficultés auxquelles se heurte le secteur depuis des années: lourdeur des coûts, réduction des parts de marché et chute des bénéfices. «Dans des circonstances économiques ordinaires, je dirais que c'est le prix à payer pour l'échec des groupes et je ne serais pas favorable à une intervention pour les empêcher de faire faillite, mais ce ne sont pas des circonstances ordinaires», a plaidé le président.

Celui qui quittera bientôt la Maison-Blanche a ajouté que les employés des constructeurs automobiles devraient accepter des sacrifices salariaux et sociaux pour que la filière puisse soutenir la concurrence étrangère. Syndicats et patrons devraient ainsi renoncer à la «Banque d'emploi», dispositif permettant aux travailleurs licenciés de toucher environ 95 % de leur salaire et de conserver une couverture sociale pendant des années. Le syndicat de l'automobile a déjà accepté ce mois-ci la suspension du programme. Les salaires les plus élevés seront plafonnés et certains avantages comme les avions privés seront supprimés.

Dans le cadre de ce plan, Henry Paulson deviendra le «Monsieur Automobile» chargé de veiller à ce que les constructeurs remplissent leur part du contrat. Le secrétaire général adjoint de la Maison-Blanche Joel Kaplan a toutefois souligné que George W. Bush était ouvert à la désignation d'un responsable suggéré par Barack Obama afin d'assurer la continuité du processus après la passation des pouvoirs, dans un mois. M. Paulson a précisé qu'il s'entretiendrait bientôt avec les dirigeants du Congrès et l'équipe de transition du président élu.

Chrysler et GM soulagés

Réagissant au plan proposé par le gouvernement américain, General Motors s'est dit «très confiant» en sa capacité à respecter les conditions de viabilité financière posées par le gouvernement fédéral pour l'octroi d'une aide. «Je suis très confiant, nous allons pouvoir passer ce test», a indiqué le PDG de GM, Rick Wagoner, lors d'une conférence de presse à Detroit, ajoutant: «Nous avons évidemment d'importantes mesures à prendre.»

De son côté, Chrysler a précisé avoir signé une lettre d'engagement en ce sens. «Chrysler est déterminé à remplir les conditions posées», a souligné son PDG Robert Nardelli dans un communiqué. Dans une lettre aux salariés du groupe, M. Nardelli a indiqué qu'il comptait sur les fournisseurs, les concessionnaires, les créanciers, les salariés et le propriétaire du groupe, le fonds d'investissement Cerberus, pour aider Chrysler à remplir au plus vite les conditions posées par le gouvernement. Cerberus, qui détient 80 % du capital, «a déjà accepté de renoncer à tout bénéfice qui pourrait être tiré de la ligne de crédit et de toute autre aide gouvernementale que la société pourrait obtenir», a-t-il dit.

«Cette injection initiale en fonds de roulement devrait aider Chrysler à traverser la crise de liquidités que connaît cette industrie et à retrouver la rentabilité», a-t-il commenté. Le plus petit des trois constructeurs américains avait annoncé deux jours plus tôt que l'ensemble de ses usines allaient fermer leurs portes pendant un mois, à partir d'hier, le temps de résorber les stocks de véhicules invendus.

Cette annonce a été saluée par le président élu Barack Obama, qui succédera à George Bush le 20 janvier. «Les mesures d'aujourd'hui sont nécessaires pour tenter de prévenir un effondrement de notre industrie automobile qui aurait des conséquences dévastatrices pour notre économie et nos travailleurs», a-t-il déclaré depuis Chicago.

M. Obama a en outre appelé les constructeurs à rassembler leur actionnaires, concessionnaires, travailleurs et fournisseurs et à «faire les choix difficiles nécessaires pour parvenir à la viabilité à long terme». «Les constructeurs ne doivent pas gaspiller cette chance de changer les mauvaises habitudes de gestion et doivent amorcer une restructuration à long terme qui est absolument nécessaire pour sauver cette industrie cruciale et les millions d'emplois de travailleurs américains qui en dépendent», a-t-il ajouté.

Le Canada aidera son industrie

Ottawa annoncera pour sa part aujourd'hui un plan pour venir en aide à l'industrie automobile du pays. Le Canada pourrait être forcé d'avancer 4,2 milliards de dollars au secteur, après que le gouvernement s'est engagé à fournir le cinquième du montant du plan de sauvetage américain.

Les gouvernements du Canada et de l'Ontario ont en effet promis de verser une somme équivalant à 20 % de l'aide américaine, n'avançant toutefois aucun chiffre, lorsqu'ils ont annoncé la semaine dernière un plan d'aide estimé à 3,4 milliards $. S'ils respectaient leur engagement, les gouvernements feraient donc passer leur aide à 4,2 milliards. Un porte-parole du premier ministre canadien Stephen Harper et le ministre ontarien du Développement économique, Michael Bryant, ont décrit le plan du président Bush comme une «bonne nouvelle», mais ils n'ont rien dit d'une éventuelle réponse du Canada.

Le président du syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile, Ken Lewenza, a applaudi le plan de l'administration Bush, mais il a toutefois jugé «plutôt dures» les concessions qui y sont rattachées. M. Lewenza a ajouté que l'argent promis par le président américain sera suffisant pour permettre à GM et à Chrysler de survivre au premier trimestre de 2009, mais l'industrie aura encore besoin d'une «stabilité à long terme», a-t-il estimé.

Les exigences du plan présenté hier sont en effet telles, et le calendrier si serré, que la menace d'une faillite ne peut être exclue après l'annonce gouvernementale, a souligné l'agence de notation Fitch Ratings dans un communiqué. L'analyste Himanshu Patel, de JPMorgan Chase, estime pour sa part qu'une faillite de Chrysler est «plus probable qu'auparavant» et conseille la prudence aux fournisseurs du plus petit des trois constructeurs américains.

Mais d'autres experts estiment que l'aide gouvernementale est un ballon d'oxygène assorti de conditions moins sévères qu'il n'y paraît, et elle laisserait une large marge d'interprétation à la prochaine administration Obama. Michelle Krebs, analyste du site spécialisé edmunds.com, a toutefois prévenu que si le sauvetage échoue, ce sera surtout la faute de la conjoncture globale: «Ce sauvetage est condamné s'il n'y a pas de plan de relance qui pousse les gens à acheter des voitures.»

***

Avec l'Agence France-Presse, le New York Times, la Presse canadienne et Reuters
 
 
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