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Affaire Madoff - Les avertissements venaient de partout

19 décembre 2008  Actualités économiques
New York — Les autorités américaines ont été prévenues durant des années qu'il y avait quelque chose de louche derrière les performances affichées par les fonds de Bernard Madoff, mais ces avertissements ont été ignorés et les rares enquêtes diligentées n'ont jamais débouché.

Depuis l'éclatement de l'affaire il y a une semaine, le régulateur boursier américain, la Securities and Exchange Commission (SEC), essuie les critiques pour ne pas avoir détecté ce qui pourrait bien être la fraude du siècle.

Pour le président élu Barack Obama, cette escroquerie a été possible parce que les régulateurs «se sont endormis au volant» et a promis hier de présenter très vite une réforme d'ampleur de l'ensemble de la supervision financière. Mary Schapiro, que le président élu a désignée pour prendre les rênes de la SEC, va devoir faire le ménage dans une institution très discréditée.

Dans un article publié hier, le quotidien des finances Wall Street Journal a épluché les courriers et documents d'un investisseur concurrent, Harry Markopolos, échangés avec la SEC pendant plusieurs années. Sur la base des allégations de Harry Markopolos, qui suspectait l'existence d'une «fraude de Ponzi» — un mécanisme où l'argent des nouveaux investisseurs sert à rémunérer les plus anciens — la SEC avait ouvert une enquête le 4 janvier 2006.

Le régulateur boursier avait interrogé M. Madoff, ainsi que son assistant et un responsable du gestionnaire d'actifs Fairfield Greenwich Group, l'un de ses clients et à ce jour sa plus importante victime. «La SEC avait alors découvert que M. Madoff avait personnellement trompé les enquêteurs sur la nature de la stratégie d'investissement qu'il utilisait et n'avait pas communiqué aux enquêteurs des informations sur certains des comptes de ses clients», explique le WSJ, citant des documents de la SEC.

Mais finalement, la SEC avait décidé de clore l'enquête «parce que les irrégularités n'étaient pas suffisamment sérieuses pour mandater une action en justice», rapporte le quotidien.

Une enquête interne

Mardi soir, le président actuel de la SEC Christopher Cox avait annoncé le lancement d'une enquête interne pour déterminer pourquoi la fraude n'avait pas été détectée plus tôt malgré des alertes «répétées depuis au moins 1999».

Selon un ancien avocat de la SEC, Robert Fusfeld, interrogé par le site d'information Talking Points Memo, la commission a au moins ignoré trois éléments: le fait que le cabinet qui auditait les comptes de Madoff comptait trois personnes, que M. Madoff utilisait un obscur logiciel de gestion financière et qu'il était personnellement lié à ses investisseurs.

Une ancienne journaliste du magazine économique Barron's, Erin Arvedlund, rappelle qu'elle avait écrit dès 2001 un article sur le gestionnaire-vedette de Wall Street, intitulé «Ne jamais poser de questions, ne jamais rien dire». Elle s'y demandait «pourquoi Madoff a renoncé à des centaines de millions de dollars d'honoraires», car sa société ne faisait pas payer les frais classiques des fonds d'investissement à risque (2 % de tout argent investi et 20 % de tout profit engrangé). Pourquoi, se demandait-elle déjà, fait-il pression sur les investisseurs pour ne jamais révéler qu'ils ont de l'argent chez lui? Comment se fait-il que «personne ne comprend comment il gagne de l'argent?».

La même année, Michael Ocrant, de la revue spécialisée dans les fonds d'investissement MAR/Hedge, se demandait comment les investissements de M. Madoff pouvaient assurer «une telle régularité et un tel manque de volatilité». Il soulignait aussi l'opacité de la société de gestion et sa façon arrogante de ne pas répondre aux questions.
 
 
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