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Cogeco pourrait revendre les services cellulaires d'autres fournisseurs

Louis Audet
Photo : Jacques Nadeau
Louis Audet
Cogeco Câble, qui a décidé de ne pas se doter d'un réseau cellulaire, n'exclut pas de revendre les services de téléphonie sans fil d'autres fournisseurs, comme le fait actuellement Vidéotron avec les produits de Rogers.

Lors d'une rencontre avec la presse à l'occasion de l'assemblée annuelle de la société mère du câblodistributeur, Cogeco, le président et chef de la direction, Louis Audet, a dit qu'il ne regrettait pas d'avoir passé son tour lors de la récente vente de fréquences cellulaires de nouvelle génération organisée par Ottawa. Cogeco n'avait pas le goût d'accumuler des pertes pendant plusieurs années le temps d'ériger un réseau, a rappelé M. Audet, en s'abstenant toutefois de critiquer la décision de ses pairs, Vidéotron notamment, de se lancer dans ce secteur.

Si Cogeco devait s'apercevoir qu'une présence dans la téléphonie sans fil est essentielle au XXIe siècle, l'entreprise montréalaise n'aurait qu'à conclure un accord de revente avec les opérateurs actuels que sont Rogers, Bell Canada ou Telus, ou encore avec les joueurs émergents que seront Vidéotron, Dave et Globalive-Orascom, a expliqué le dirigeant.

Louis Audet ne croit pas, par ailleurs, que l'échec de la transaction visant la fermeture du capital de Bell Canada fasse de ce dernier un concurrent plus féroce pour Cogeco. Si le rachat s'était concrétisé, Bell aurait certes été «handicapé» par sa très lourde dette, ce qui aurait pu favoriser Cogeco et les autres, a-t-il convenu. Or, M. Audet estime que dans le contexte actuel, Bell voudra accroître sa rentabilité pour satisfaire ses actionnaires, frustrés de l'échec du rachat à 42,75 $ l'action. Pour y parvenir, le géant des télécoms devra «construire le marché», et non le «détruire» (avec des guerres de prix) ce qui, selon lui, aidera Cogeco et les autres concurrents de Bell.

Lors de l'exercice 2007-08, Cogeco a enregistré un chiffre d'affaires de 1,1 milliard, en hausse de 14,4 %, et des profits nets de 25,1 millions, en baisse de 66,4 % par rapport aux 74,7 millions dégagés lors de l'année précédente. Le bénéfice d'exploitation des activités poursuivies a toutefois crû de 20,9 %, à 448,9 millions. «Ç'a probablement été la meilleure année de notre histoire au plan des résultats», a affirmé Louis Audet.

L'année en cours, qui a débuté le 1er septembre, s'annonce toutefois plus difficile, même si Cogeco est active dans un secteur «privilégié», de l'aveu du grand patron. En octobre, Cogeco a tout de même revu à la baisse ses projections. L'entreprise prévoit désormais un bénéfice net annuel de 107 millions pour Cogeco Câble, alors qu'elle tablait sur des profits de 125 millions au début juillet. On a toutefois porté à la hausse la projection de revenus du câblodistributeur, la faisant passer de 1,17 à 1,21 milliard.

La situation est particulièrement ardue au Portugal, où la filiale Cabovisao fait désormais face à deux concurrents, plutôt qu'à un seul (Portugal Telecom). «C'est sûr qu'on est attaqués, c'est normal», a admis M. Audet, en répétant cependant que la vive concurrence ne pourra pas durer éternellement.

Un passage obligé

Le président a aussi tenu à passer un message aux analystes financiers et aux investisseurs, qui se sont toujours montrés sceptiques face à l'acquisition de Cabovisao. «L'internationalisation est un passage obligé, a-t-il lancé. [...] Il faut que les milieux financiers canadiens arrêtent de définir leur univers de référence comme étant juste le Canada. Ce n'est plus comme ça. [...] Mais oui, c'est vrai que c'est plus d'ouvrage [suivre les entreprises canadiennes à l'étranger].»

Louis Audet ne s'inquiète plus, néanmoins, de l'impact de Cabovisao sur le cours de l'action de Cogeco. «Les marchés boursiers sont tellement ravagés que quand bien même on produirait des oeufs en or, il n'y a plus rien qui a de l'importance aux yeux des investisseurs», a-t-il relevé, en soulignant que le bénéfice d'exploitation de Cabovisao était passé de 30 millions d'euros il y a deux ans à 58,5 millions d'euros l'an dernier.

Côté acquisitions, la crise du crédit a obscurci les occasions au cours de la dernière année, mais Cogeco demeure à l'affût. «À plus long terme, on va vouloir faire d'autres acquisitions internationales mais pour ça, il faut que le crédit redevienne un peu plus ce qu'il était dans le passé», a indiqué M. Audet. L'Europe de l'Est est toujours dans la mire, mais pas la Russie, où Cogeco s'est rendu cet automne dans le cadre d'une mission commerciale du gouvernement québécois. Les Russes «n'ont pas besoin de nous», a résumé le p.-d.g.

Louis Audet a reconnu que Rogers, qui détient 20,1 % du capital-actions de Cogeco, pourrait être intéressé à acquérir l'entreprise, mais il n'a pas voulu dire si des démarches concrètes à cet effet avaient eu lieu. «C'est sûr qu'on est une compagnie désirable, c'est sûr qu'ils nous désirent, je comprends», s'est-il borné à dire.
 
 
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