Le Canada entre en récession
La Banque du Canada abaisse son taux directeur à son plus bas niveau
Vous pouvez arrêter de vous poser la question, le pays est bel et bien entré en récession, a confirmé hier la Banque du Canada en même temps qu'elle annonçait la réduction de son taux directeur à son plus bas niveau en cinquante ans.
«Les perspectives de l'économie mondiale se sont considérablement détériorées, et la récession à l'échelle du globe sera plus vaste et plus profonde que prévu précédemment», a expliqué la banque centrale dans son communiqué. «Bien que l'économie canadienne ait évolué en gros conformément aux attentes durant l'été et au début de l'automne, elle entre à présent en récession sous l'effet de la faiblesse de l'activité économique mondiale.»
Au Canada, on attend généralement de connaître deux trimestres de croissance négative consécutifs avant de déclarer officiellement le pays en récession. Même si la croissance a été pour le moins anémique jusqu'à présent depuis le début de l'année, les conditions de cette définition technique n'ont toujours pas été au rendez-vous avec une croissance légèrement négative au premier trimestre de 2008 (-0,6 % en taux annualisé), suivie par deux trimestres de très faible croissance (+ 0,6 %, +1,3 %).
La Banque du Canada semble donc d'ores et déjà convaincue que le pays bouclera au moins son dernier trimestre dans le rouge, tout comme les trois premiers mois de l'année. Elle avait déjà annoncé que la croissance avait été négative en octobre. Depuis, les mauvaises nouvelles économiques n'ont pas cessé de s'accumuler, la dernière en date étant l'annonce, vendredi, de la perte de 71 000 emplois le mois dernier au Canada.
Victime du ralentissement économique mondial, le Canada voit notamment baisser les revenus qu'il tire de la vente de son pétrole et de ses autres matières premières, a rappelé hier la Banque du Canada. Le recul des revenus réels et de la confiance en l'économie incite les entreprises et les ménages à faire preuve d'une plus grande prudence et à réduire leur train de vie. La dépréciation du dollar canadien est bien venue donner un petit coup de pouce aux exportateurs, mais n'est pas suffisante pour compenser ces facteurs négatifs.
Sur la scène mondiale, les actions menées par les gouvernements et les banques centrales des grandes économies «commencent à stimuler les flux de crédit, mais il faudra encore un certain temps avant un retour à la normale sur les marchés financiers», a prévenu l'institution dirigée par le gouverneur Mark Carney. «En outre, une série de mesures monétaires et budgétaires annoncées dernièrement viendront également soutenir la croissance économique mondiale», a-t-elle ajouté.
Rappelons que le gouvernement chinois a déjà annoncé un plan de relance économique de presque 600 milliards $US, que l'on discute d'un plan similaire de 200 milliards d'euros dans l'Union européenne et que l'on s'attend à ce que la future administration Obama y aille d'un plan de 500 à 800 milliards $US aux États-Unis. Au Canada, le gouvernement Harper s'en est tenu jusqu'à présent à des baisses d'impôts de 2,5 milliards $CAN en 2009 et 2010 accompagné de compressions budgétaires de 4,3 milliards. Il a promis toutefois de nouvelles mesures de relance dans le budget qu'il doit présenter le 27 janvier.
Du jamais vu depuis les années 50
Estimant n'avoir rien à craindre du côté de l'inflation, la Banque du Canada a annoncé hier qu'elle abaissait de nouveau, pour sa part, son taux directeur de 75 points de base, en le faisant passer de 2,25 % à 1,50 %. C'est la plus importante baisse en une seule fois depuis celle décidée en octobre 2001, au lendemain des attaques contre le World Trade Center. Le taux directeur de la banque centrale canadienne n'avait pas été aussi bas depuis la fin des années 50. Il s'élevait encore à 4,50 %, il y a un an, et avait connu deux baisses totalisant encore 75 points pas plus tard qu'en octobre.
«Ces mesures de politique monétaire procurent un soutien important et à point nommé à l'économie canadienne», a noté hier la Banque du Canada. «La Banque continuera de suivre de près la situation économique et financière afin de déterminer dans quelle mesure une nouvelle détente monétaire sera nécessaire», a-t-elle ajouté.
L'annonce a pris les analystes de court. La majorité d'entre eux avaient prédit une baisse de 50 points de base.
Les marchés boursiers ont plutôt mal réagi à la confirmation par la Banque du Canada du fait que le pays était entré en récession, même si plusieurs économistes l'affirmaient depuis des semaines. L'indice composite de la Bourse de Toronto a reculé de 169,56 points (1,98 %) en clôturant à 8397,56. L'annonce de la baisse des taux d'intérêt versés au Canada a logiquement entraîné vers le bas le dollar canadien qui a perdu 0,66 ¢US, à 79,08 ¢US.
Des banques qui se font tirer l'oreille
On n'a pas manqué de remarquer que les banques commerciales avaient décidé de ne pas relayer à leurs clients la totalité de la baisse de taux décidée par la Banque du Canada. La banque TD, et toutes les autres dans son sillage, ont, en effet, annoncé qu'elles ne réduiraient que de 50 points de base, de 4 % à 3,5 %, leur taux préférentiel à partir duquel tous leurs autres taux d'intérêt sont calculés.
«Historiquement, elles ont toujours suivi les signaux envoyés par la Banque du Canada. Mais nous traversons une période de turbulence sans précédent sur les marchés financiers, alors elles s'en permettent un peu plus», a commenté hier au Devoir Martin Lefebvre, économiste principal au Mouvement Desjardins. Elles avaient déjà fait la même chose en octobre avant de rentrer dans le rang après que le gouvernement Harper leur eut accordé une aide de 25 milliards, a rappelé l'économiste. On doit admettre, à leur défense, qu'elles continuent de faire les frais du gel du crédit à l'échelle mondial et qu'il y a une limite en dessous de laquelle elles ne peuvent pas aller dans la réduction de leurs taux d'intérêt sans compromettre leur rentabilité.
Les Canadiens s'en tirent relativement bien, à ce chapitre, en comparaison avec les États-Unis où le taux directeur de la Réserve fédérale américaine est à 1 % et pourrait être ramené aussi bas qu'à 0,25 % dès la semaine dernière, a noté Sébastien Lavoie, économiste à Valeurs Mobilières Banque Laurentienne. «Le mécanisme de transmission des taux directeurs marche encore à peu près au Canada alors qu'il est complètement bloqué aux États-Unis», a-t-il dit.
Les deux économistes s'attendent à ce que la Banque du Canada abaisse encore son propre taux d'un total de 50 points de base dans les prochains avant de s'arrêter à 1 %. Après, elle devra se tourner vers des moyens «non conventionnels» si elle veut encore aider à dégeler le marché du crédit, comme l'achat d'obligation gouvernementale ou de dettes commerciales.
Le tour des gouvernements
«La baisse de taux [de la Banque du Canada d'hier matin] ne sera peut-être pas la dernière, mais nous croyons que le gros de l'effort est sur le point de passer de la politique monétaire à la politique budgétaire, a commenté Paul-André Pinsonnault, économiste à la Banque Nationale Groupe financier. Si les élus proposent des plans de relance budgétaires conséquents, nous ne prévoyons pas plus qu'une seule baisse de taux au Canada qui sera modeste.»
«Nous n'éviterons pas la récession. Nous avons déjà les deux pieds dedans, a dit Sébastien Lavoie. L'objectif est d'éviter que l'on s'y enfonce trop et que l'on n'arrive plus à s'en sortir, comme c'est arrivé au Japon dans les années 90.»
Le Canada restera, cependant, largement tributaire du retour de la croissance dans les grandes économies de la planète et de ce que feront leurs gouvernements pour accélérer ce retour de la prospérité, estime Martin Lefebvre. «L'adoption, par Ottawa, d'un programme d'infrastructures ne ferait sans doute pas de mal, a-t-il concédé. Mais on est surtout dépendant du succès du programme que doit annoncer Barack Obama et de l'ampleur que la crise prendra dans un pays comme la Chine.»
«Les perspectives de l'économie mondiale se sont considérablement détériorées, et la récession à l'échelle du globe sera plus vaste et plus profonde que prévu précédemment», a expliqué la banque centrale dans son communiqué. «Bien que l'économie canadienne ait évolué en gros conformément aux attentes durant l'été et au début de l'automne, elle entre à présent en récession sous l'effet de la faiblesse de l'activité économique mondiale.»
Au Canada, on attend généralement de connaître deux trimestres de croissance négative consécutifs avant de déclarer officiellement le pays en récession. Même si la croissance a été pour le moins anémique jusqu'à présent depuis le début de l'année, les conditions de cette définition technique n'ont toujours pas été au rendez-vous avec une croissance légèrement négative au premier trimestre de 2008 (-0,6 % en taux annualisé), suivie par deux trimestres de très faible croissance (+ 0,6 %, +1,3 %).
La Banque du Canada semble donc d'ores et déjà convaincue que le pays bouclera au moins son dernier trimestre dans le rouge, tout comme les trois premiers mois de l'année. Elle avait déjà annoncé que la croissance avait été négative en octobre. Depuis, les mauvaises nouvelles économiques n'ont pas cessé de s'accumuler, la dernière en date étant l'annonce, vendredi, de la perte de 71 000 emplois le mois dernier au Canada.
Victime du ralentissement économique mondial, le Canada voit notamment baisser les revenus qu'il tire de la vente de son pétrole et de ses autres matières premières, a rappelé hier la Banque du Canada. Le recul des revenus réels et de la confiance en l'économie incite les entreprises et les ménages à faire preuve d'une plus grande prudence et à réduire leur train de vie. La dépréciation du dollar canadien est bien venue donner un petit coup de pouce aux exportateurs, mais n'est pas suffisante pour compenser ces facteurs négatifs.
Sur la scène mondiale, les actions menées par les gouvernements et les banques centrales des grandes économies «commencent à stimuler les flux de crédit, mais il faudra encore un certain temps avant un retour à la normale sur les marchés financiers», a prévenu l'institution dirigée par le gouverneur Mark Carney. «En outre, une série de mesures monétaires et budgétaires annoncées dernièrement viendront également soutenir la croissance économique mondiale», a-t-elle ajouté.
Rappelons que le gouvernement chinois a déjà annoncé un plan de relance économique de presque 600 milliards $US, que l'on discute d'un plan similaire de 200 milliards d'euros dans l'Union européenne et que l'on s'attend à ce que la future administration Obama y aille d'un plan de 500 à 800 milliards $US aux États-Unis. Au Canada, le gouvernement Harper s'en est tenu jusqu'à présent à des baisses d'impôts de 2,5 milliards $CAN en 2009 et 2010 accompagné de compressions budgétaires de 4,3 milliards. Il a promis toutefois de nouvelles mesures de relance dans le budget qu'il doit présenter le 27 janvier.
Du jamais vu depuis les années 50
Estimant n'avoir rien à craindre du côté de l'inflation, la Banque du Canada a annoncé hier qu'elle abaissait de nouveau, pour sa part, son taux directeur de 75 points de base, en le faisant passer de 2,25 % à 1,50 %. C'est la plus importante baisse en une seule fois depuis celle décidée en octobre 2001, au lendemain des attaques contre le World Trade Center. Le taux directeur de la banque centrale canadienne n'avait pas été aussi bas depuis la fin des années 50. Il s'élevait encore à 4,50 %, il y a un an, et avait connu deux baisses totalisant encore 75 points pas plus tard qu'en octobre.
«Ces mesures de politique monétaire procurent un soutien important et à point nommé à l'économie canadienne», a noté hier la Banque du Canada. «La Banque continuera de suivre de près la situation économique et financière afin de déterminer dans quelle mesure une nouvelle détente monétaire sera nécessaire», a-t-elle ajouté.
L'annonce a pris les analystes de court. La majorité d'entre eux avaient prédit une baisse de 50 points de base.
Les marchés boursiers ont plutôt mal réagi à la confirmation par la Banque du Canada du fait que le pays était entré en récession, même si plusieurs économistes l'affirmaient depuis des semaines. L'indice composite de la Bourse de Toronto a reculé de 169,56 points (1,98 %) en clôturant à 8397,56. L'annonce de la baisse des taux d'intérêt versés au Canada a logiquement entraîné vers le bas le dollar canadien qui a perdu 0,66 ¢US, à 79,08 ¢US.
Des banques qui se font tirer l'oreille
On n'a pas manqué de remarquer que les banques commerciales avaient décidé de ne pas relayer à leurs clients la totalité de la baisse de taux décidée par la Banque du Canada. La banque TD, et toutes les autres dans son sillage, ont, en effet, annoncé qu'elles ne réduiraient que de 50 points de base, de 4 % à 3,5 %, leur taux préférentiel à partir duquel tous leurs autres taux d'intérêt sont calculés.
«Historiquement, elles ont toujours suivi les signaux envoyés par la Banque du Canada. Mais nous traversons une période de turbulence sans précédent sur les marchés financiers, alors elles s'en permettent un peu plus», a commenté hier au Devoir Martin Lefebvre, économiste principal au Mouvement Desjardins. Elles avaient déjà fait la même chose en octobre avant de rentrer dans le rang après que le gouvernement Harper leur eut accordé une aide de 25 milliards, a rappelé l'économiste. On doit admettre, à leur défense, qu'elles continuent de faire les frais du gel du crédit à l'échelle mondial et qu'il y a une limite en dessous de laquelle elles ne peuvent pas aller dans la réduction de leurs taux d'intérêt sans compromettre leur rentabilité.
Les Canadiens s'en tirent relativement bien, à ce chapitre, en comparaison avec les États-Unis où le taux directeur de la Réserve fédérale américaine est à 1 % et pourrait être ramené aussi bas qu'à 0,25 % dès la semaine dernière, a noté Sébastien Lavoie, économiste à Valeurs Mobilières Banque Laurentienne. «Le mécanisme de transmission des taux directeurs marche encore à peu près au Canada alors qu'il est complètement bloqué aux États-Unis», a-t-il dit.
Les deux économistes s'attendent à ce que la Banque du Canada abaisse encore son propre taux d'un total de 50 points de base dans les prochains avant de s'arrêter à 1 %. Après, elle devra se tourner vers des moyens «non conventionnels» si elle veut encore aider à dégeler le marché du crédit, comme l'achat d'obligation gouvernementale ou de dettes commerciales.
Le tour des gouvernements
«La baisse de taux [de la Banque du Canada d'hier matin] ne sera peut-être pas la dernière, mais nous croyons que le gros de l'effort est sur le point de passer de la politique monétaire à la politique budgétaire, a commenté Paul-André Pinsonnault, économiste à la Banque Nationale Groupe financier. Si les élus proposent des plans de relance budgétaires conséquents, nous ne prévoyons pas plus qu'une seule baisse de taux au Canada qui sera modeste.»
«Nous n'éviterons pas la récession. Nous avons déjà les deux pieds dedans, a dit Sébastien Lavoie. L'objectif est d'éviter que l'on s'y enfonce trop et que l'on n'arrive plus à s'en sortir, comme c'est arrivé au Japon dans les années 90.»
Le Canada restera, cependant, largement tributaire du retour de la croissance dans les grandes économies de la planète et de ce que feront leurs gouvernements pour accélérer ce retour de la prospérité, estime Martin Lefebvre. «L'adoption, par Ottawa, d'un programme d'infrastructures ne ferait sans doute pas de mal, a-t-il concédé. Mais on est surtout dépendant du succès du programme que doit annoncer Barack Obama et de l'ampleur que la crise prendra dans un pays comme la Chine.»
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