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La vente de BCE compromise

La firme KPMG met en cause la solvabilité du géant des télécoms

Photo : Agence Reuters
Le projet de vente de BCE à un groupe d'investisseurs privés, pour 52 milliards, a essuyé un dur coup, hier, à la suite de l'avis défavorable d'une firme comptable. La transaction, qui devait se conclure le mois prochain et se destinait à être la plus importante de l'histoire canadienne, apparaît maintenant sérieusement compromise. Elle a été rattrapée par le fait qu'elle serait aussi la plus grande acquisition par endettement au monde, au moment même où la planète est plongée dans sa pire crise financière depuis 1929.

Le communiqué alambiqué émis hier par la société mère de Bell Canada juste avant l'ouverture des marchés est tombé comme une tonne de briques sur le monde de la finance canadienne et internationale. BCE y annonçait que la firme de vérification KPMG estime, dans un avis préliminaire, ne pas pouvoir émettre l'avis favorable, quant à son degré de solvabilité après la transaction, dont elle a besoin pour conclure son rachat le 11 décembre, comme prévu.

Selon KPMG, «BCE répondrait à tous les tests de solvabilité en vertu de sa structure du capital actuelle», a-t-on rapporté. La firme comptable estime toutefois que ce ne serait plus le cas si la transaction devait se réaliser, «compte tenu des conditions actuelles du marché, de son analyse à ce jour et du montant d'endettement que comporte l'acquisition, avec effet de levier».

La pilule est difficile à avaler pour BCE. Ses dirigeants se sont dits «déçus» par cet avis de KPMG que BCE «ne partage pas». «BCE bénéficie aujourd'hui de cotes de crédit de qualité, compte 2,8 milliards d'encaisse disponible, a peu d'échéance de titres d'emprunt à moyen terme et continue d'enregistrer de solides résultats d'exploitation», a fait valoir son nouveau président et chef de la direction, George Cope, qui a pris la relève de Michael Sabia en juillet.

Le géant canadien des télécommunications a fait savoir qu'il continuerait de chercher une piste de solution avec KPMG et le consortium de fonds d'investissement qui veut l'acheter. Dirigé par Teachers, le fonds de pension des enseignants ontariens, ce consortium a rapidement assuré son intention de participer à cet effort hier.

Outre la forte augmentation du niveau d'endettement de BCE que la transaction impliquerait, le sous-financement du régime de pension de ses employés pourrait bien être l'un des facteurs jugés préoccupants par KPMG.

Transaction compromise

Les deux partenaires n'ont pas cherché à nier l'importance de l'enjeu. «Si KPMG n'est pas en mesure d'émettre une opinion favorable le 11 décembre 2008, il est peu probable que la transaction soit effectuée», a admis BCE. «L'incapacité de conclure la transaction proposée pourrait avoir une importante incidence défavorable sur le cours des actions de BCE», a ajouté la compagnie.

Elle ne croyait pas si bien dire. Le titre de l'entreprise a instantanément plongé en ouverture des marchés à la Bourse de Toronto. Parti de 38,35 $ l'action, il a perdu plus du tiers de sa valeur (-13,10 $) durant la journée, où un nombre exceptionnel de 47 millions d'actions se sont échangées. Le titre a clôturé à seulement 25,25 $, ce qui en dit long sur la confiance des investisseurs que leur soit bientôt versé les 42,75 $ promis par le consortium.

Ce coup de théâtre a eu l'effet de délier bien des langues à propos de ce projet d'acquisition de 52 milliards, comprenant la reprise de 17 milliards d'anciennes dettes de BCE et l'ajout de 35 milliards supplémentaires, essentiellement constitués de nouvelles dettes.

«C'était une transaction stupide», a déclaré Ross Healy, président de la firme Strategic Analysis Corp. «Vous pouviez la tourner et la retourner, vous arriviez toujours à la conclusion qu'elle n'est pas faisable.»

«ll semble que KPMG ne veuille pas risquer sa réputation en donnant une opinion qui serait de toute façon discutable», a écrit l'analyste Neil Senevirante, de la Financière Banque Nationale dans une note aux investisseurs. «La probabilité que la transaction soit conclue le 11 décembre est donc très faible.»

Tout le monde n'est pas prêt à jeter l'éponge. «Ce n'est pas nécessairement la fin du projet, il pourrait y voir de nouvelles négociations entre BCE, Teachers et les banques, mais à partir de ce moment-là, le prix serait revu à la baisse», a commenté Denis Durand de Jarislowsky Fraser.

Des analystes cités hier dans l'édition Internet du Globe and Mail estiment qu'il suffirait aux acheteurs d'ajouter 3,5 milliards aux 7,75 milliards d'argent comptant qu'ils ont promis pour changer le portrait de la situation. D'autres ont évoqué la possibilité que BCE se tourne vers les tribunaux pour forcer la main à KPMG. Après tout, la firme de notation DBRS estimait encore au mois d'octobre qu'une bonne partie des nouvelles dettes que l'on se propose de contracter dans cette acquisition devrait considérée comme d'excellente qualité.

Tant mieux

Mais la plupart des voix entendues hier n'y croyaient plus. On allait jusqu'à dire que l'échec de la transaction ferait l'affaire de la plupart des nombreux acteurs qui y sont impliqués. Toujours selon le Globe and Mail, ce serait notamment le cas des banques Citigroup, Deutshe Bank, Royal Bank of Scotland et TD qui se sont engagés en juin 2007 à la financer, et qui ont vu les marchés financiers tellement se dégrader depuis, que la conclusion de la transaction équivaudrait pour elles à une perte dépassant les 5 milliards.

«Je ne suis pas certain que Teachers soit déçu», a confié Michel Nadeau , directeur général de l'Institut sur la gouvernance et ancien haut dirigeant de la Caisse de dépôt et placement du Québec. «Les partenaires avaient moins le goût de faire la transaction, et l'avis de KPMG fait leur affaire.»

L'entente entre Teachers et BCE stipule que le fonds de retraite doit verser à l'autre 1,2 milliard s'il se retire de la transaction. Si l'inverse devait se produire, la pénalité pour BCE devait être de 800 millions.

Si le projet de rachat de la totalité des actions de BCE par des investisseurs privés, et par le fait même sa conversion en société à capital fermé plutôt que cotée en Bourse, devait être abandonné, plusieurs analystes estiment que BCE réactiverait le versement d'un dividende, suspendu cet été, et procéderait au rachat d'actions pour en augmenter la valeur afin de recoller les morceaux avec les actionnaires. Selon Neil Senevirante, de la Financière Banque Nationale, ce dividende annuel pourrait s'élever à 1,80 $ l'action et la campagne de rachat pourrait porter sur 75 à 100 millions des 806 millions d'actions en circulation.

«Est-ce qu'on va trouver un autre acheteur, fusionner avec Telus?», s'est demandé Michel Nadeau. «Est-ce qu'on va démembrer la compagnie, est-ce qu'on va attendre pour essayer d'améliorer le modèle? Le conseil d'administration devra réévaluer tous les scénarios pour redonner un nouveau souffle à BCE.»

Dans un courriel envoyé aux employés de Bell Canada, le patron de BCE, George Cope, a fait savoir que les «impératifs stratégiques» de l'entreprise ne changeraient pas «que nous soyons une entreprise publique ou privée».

Jusqu'en Cour suprême

Le projet d'acquisition de BCE par Teachers et les fonds américains Providence Equity Partners, Madison Dearborn Partners et Merrill Lynch Global Private Equity a provoqué bien des remous jusqu'à ce jour. Certains détenteurs d'obligations ont notamment mal digéré que l'ajout de dizaines de milliards à la dette de la compagnie déplaise aux agences de crédit et entraîne une décote, occasionnant ainsi une perte sur leur investissement. Accusant BCE de n'avoir tenu compte que de l'intérêt des actionnaires, ils ont porté leur cause jusqu'en Cour suprême, mais ont perdu, en juin.

Pressée par ses acheteurs d'améliorer sa situation financière, la compagnie avait annoncé, le mois suivant, la suspension du versement de son dividende, s'élevant en moyenne à 300 millions par trimestre, ainsi que la mise à pied de 2500 de ses 16 700 cadres. L'argent économisé était destiné à l'acquisition de nouvelles technologies devant à aider à livrer bataille à une concurrence de plus en plus féroce.

***

Avec la Presse canadienne et l'Agence France-presse
 
 
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  • Jocelyne Léger
    Inscrite
    jeudi 27 novembre 2008 12h01
    Prendre une action en bourse: On mise sur quoi au juste ?
    Il est facile de comprendre ce qui arrive à BCE et ça ne prend pas un cour universitaire pour voir dans quel gouffre ils s'enfoncent longtemps et permettez que je vous en témoigne.

    En l'an 2000, je suis fait refuser la vente d'un système téléphonique Norstar d'au moins 8,000 $ chez BCE pour partir mon entreprise alors qu'ils étaient les seuls à pouvoir me le procurer et que cette vente devait en plus leur générer un revenu minimum de 500$/mois.

    Il est bien certain que ça s'encrassait et qu'ils sont encore loin de la prise de conscience. Ils n'ont plus ni foi ni loi et pour preuve...

    J'ai investi environ 60,000 $ en procès contre BCE pour tenter d'amoindrir les torts que m'ont fait subir ces virils vendeurs cachés derrière la ligne téléphonique d'une multinationale. En revanche, ils ont dilapidé plus de 100,000 $ à tenter de convaincre un Juge du fait que ; 1-Ils ne sont pas obligé de vendre de système téléphonique (lire LES OBLIGATIONS DE BELL)à une cliente potentielle, 2-Il est normal qu'un vendeur de 25 ans d'expérience ne s'intéresse pas à faire une vente parce que la commission n'aurait pas été assez alléchante, 3-Il est normal qu'un vendeur envoie une cliente chercher ailleurs lignes et système(alors qu'ils ont le monopole).

    Finalement, la cause est rendue en appel et les procureurs de BCE s'assurent le gain de cause pour le seul fait que la victime ne devrait pas avoir les moyens de poursuivre jusqu'en cour suprême.

    Est-ce que votre action en bourse vaut plus cher que mon action en cour intentée en 2003 ? On mise sur quoi au juste ?

    C'était donc cela, la façon Bell et bien simple de faire des affaires.

    Jocelyne de Ste-Mélanie

  • Brian Szczepanik
    Inscrit
    jeudi 27 novembre 2008 12h50
    La "game" BCE
    Le Devoir
    Jeudi, le 27 novembre, 2008,
    La « game » BCE

    Ce jeu se joue au détriment des actionnaires et des employés de la compagnie aussi actionnaire. Ces actions servaient à planifier leurs retraites. Lorsque nous écoutons les analystes aux yeux morts et sans émotion autre que de réagir au "cash", on dirait des généraux qui discutent comment déployer les troupes pendant que eux sirotent leurs cafés à l'abri de tout ce qui se passe. Présentement quelques 240 adjointes cléricales vont payer le prix d'une façon déshumanisant tout comme les quelques 2500 cadres remerciés froidement et conduits à la porte comme si rien n'était par ces mêmes yeux morts dépourvus de tout émotion vaguement humaine. Voilà l'air du temps. Les emplois sont transférés en Inde pour réduire les coûts, et ce pour donner les services ici au Pays d'origine. Plus méprisant que ça tu meures.
    Incroyable cette irresponsabilité corporative. Essayons après d'avoir de bonnes relations de travail avec des corporatistes du genre.
    Imagine le mépris de nos jours où le modus operante de ces corporatistes est de calmement offrir questions -réponses aux victimes les raisons qu'une vie de travail et de concessions doivent maintenant « flushées » et surtout de ne pas le personnel. Pire encore, tout s'explique et tout se rationalise derrière le discours de ces yeux morts. Pour mieux épicer ce mépris du travailleur et de la travailleuse et pour assouvir leurs consciences cachées derrière ces yeux morts, on offre les services de programme d'aide. Il faut supposer que ceux et celles qui vont perdre leurs emplois ou les voir "flushés" en Inde, risquent de capoter, se suicider ou autres. Voilà l'humanisme utilitariste des besoins d'affaires.
    Encore pire, l'employé peut choisir une des options suivantes: être volontaire à prendre sa retraite prématurément ou de partir avec un forfait de départ prématurément avec une date limite qui te donne une fin de semaine pour y penser et pour prépare sa mutation volontaire, son départ volontaire ou sa retraite volontaire en famille et ça presse.
    Une version de Faust paraphrasé poliment versus sa version originale: dirait que la place la plus chaude en Enfer est réservée à ceux et celles qui choississent l'opression de leurs semblables et en plus, de l'expliquer.

  • Jocelyne Léger
    Inscrite
    jeudi 27 novembre 2008 13h45
    Évaluez la valeur d'une action en bourse c. une action en justice.
    En l'an 2000, je me suis fait refuser la vente d'un système téléphonique Norstar d'au moins 8,000.00 $ chez BCE pour partir mon entreprise alors qu'ils étaient les seuls à pouvoir me procurer ce système.

    Et encore, leur firme d'avocats ont dilapidé plus de 100,000 $ à tenter de convaincre un Juge du fait que;
    1-Ils ne seraient pas obligé de vendre de système téléphonique (Faux: lire LES OBLIGATIONS DE BELL),
    2-Il serait normal qu'un vendeur de 25 ans d'expérience ne s'intéresse pas à faire une vente parce que la commission n'aurait pas été assez alléchante (cette vente de système téléphonique aurait générer un revenu minimum de 500$/mois, 3-Il serait licite qu'un vendeur envoie une cliente chercher ailleurs un système et des lignes alors qu'elle n'a pas le choix et qu'ils ont le monopole.

    Là sont vos actions, où en est rendu la mienne ? En appel. Et les administrateurs signent ça. Leurs procureurs s'assurent d'un gain de cause pour le seul fait que la victime ne devrait pas avoir les moyens de poursuivre jusqu'en cour suprême.

    On mise sur quoi au juste ? La façon Bell et bien simple de faire des affaires avec BCE.

    Je félicite quand même les vrais employés-investisseurs qui se triment encore, de foyers en foyers, à toujours redorer l'image plutôt déprimante de notre beau Bell Canada d'antan.

    Jocelyne de Ste-Mélanie

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