La Caisse tente de calmer le jeu
Marois et Dumont accusent Charest de spéculer avec l'argent des Québécois
Mario Dumont
Après avoir subi le feu de la critique au cours des derniers jours, les hauts dirigeants de la Caisse de dépôt et placement ont voulu se faire rassurants sur le volume de liquidités qu'elle détient, vraisemblablement après avoir convenu avec la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, de la nécessité de calmer le jeu. Des explications fournies à la fin d'une journée où péquistes et adéquistes s'en sont pris à la gestion de la Caisse.
Souhaitant visiblement «rassurer tout le monde», le président par intérim, Fernand Perreault, a expliqué que «la Caisse maintient actuellement un niveau de liquidités d'environ 20 milliards, ce qui correspond pratiquement à son niveau historique». Ce niveau, a-t-il ajouté, est «amplement suffisant» compte tenu du fait que ce qu'elle reçoit de ses déposants sur une base continue est supérieur aux retraits. «Ce flux positif continuera de prévaloir pendant encore plusieurs années», a précisé M. Perreault au cours d'un point de presse pour le moins exceptionnel.
Il a du même coup souligné que les quelque 12,6 milliards de dollars en papiers commerciaux adossés à des actifs détenus par la Caisse, présentement gelés, ne font pas partie de ces liquidités. Qui plus est, «ces actifs devraient produire le rendement attendu à terme», a affirmé M. Perreault, malgré les craintes répétées sur la perte de valeur de ces actifs.
Le président du conseil d'administration de la Caisse, Pierre Brunet, a en outre défendu «les règles claires et prévisibles» qui dictent les façons de faire de l'institution et lui imposent de ne dévoiler que «des données complètes et vérifiées». Cela est valable en tout temps, «y compris dans une période aussi agitée que celle que nous traversons». Il a ainsi rejeté les nombreuses demandes pour une publication rapide d'un état de la situation, demandes formulées notamment par les partis d'opposition.
«Publier des données intérimaires impliquerait donc de publier des données partielles et non vérifiées, a-t-il fait valoir. Or une partie significative des placements de la Caisse, comme les placements immobiliers et les placements privés, font l'objet d'une évaluation de fin d'année, dans le cadre d'un processus très encadré, par des comités indépendants afin d'en garantir l'intégrité.»
M. Brunet a par la suite insisté sur le fait que la Caisse de dépôt gère ses actifs «à long terme», sur un horizon de 10 ans, visiblement afin de rassurer des épargnants québécois échaudés depuis plusieurs semaines. Il a notamment rappelé la «volatilité extrême» des marchés, soulignant que ceux-ci ont connu, fait rarissime, 15 jours de ce genre de fluctuations uniquement en octobre. Au cours de cette période, la chute a atteint au final à 15 %, autre situation tout à fait exceptionnelle. Étant donné cette grande fébrilité, il est selon lui impossible, pour le moment, de connaître quel rendement aura la Caisse pour 2008, pas plus que les «impacts précis» de la crise.
Ingérence politique?
MM. Brunet et Perreault ont également dû expliquer les raisons qui les ont poussés à tenir un rare point de presse, et ce, un vendredi à 16h. M. Brunet a nié toute ingérence politique, affirmant que ce n'est pas la ministre Jérôme-Forget qui lui avait demandé de tenir une conférence de presse. Il a néanmoins admis qu'il avait discuté de la situation avec la ministre et qu'il avait été convenu, lors d'une conversation, qu'il valait mieux que la Caisse s'explique publiquement.
Bombardé de questions sur ce sujet sensible — en vertu de la loi, la Caisse gère ses actifs de façon indépendante du gouvernement —, il s'est contenté de répéter que les circonstances imposaient la tenue d'une conférence de presse. «La situation de Richard Guay [le président de la Caisse, au repos forcé jusqu'au 10 décembre pour des raisons de «fatigue»] a pris une proportion importante. Il y a la nouvelle sur les changements de gestion [les 10 gestionnaires de portefeuilles de titres internationaux ayant perdu leur poste cette semaine]. Ç'a pris une telle proportion qu'on s'est dit qu'il serait peut-être bon qu'on explique ce qu'il en est.»
Jean Charest a tout de même dû se défendre des rumeurs faisant état d'ingérence politique. Il a notamment réitéré que la Caisse était une institution autonome «très forte» et «bien capable de faire face à toutes ses obligations». Il a également nié que la Caisse soit soumise à des pressions politiques de la part de son gouvernement. «Je ne me mêle pas des affaires de la Caisse de dépôt et placement», a-t-il soutenu.
Le chef libéral a prétendu qu'il avait appris la tenue de la conférence de presse de la Caisse tout juste avant sa présence à l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l'Université de Montréal en début d'après-midi. «Je ne suis pas vraiment maître des communications de la Caisse de dépôt et placement du Québec», a-t-il affirmé.
Son attaché de presse, Hugo D'Amours, a lui aussi nié que l'entourage du premier ministre ait fait part de son mécontentement à la direction de la Caisse ni qu'il ait pressé la Caisse de s'adresser à la presse. M. D'Amours trouve «normal» que la ministre des Finances parle à la direction de la Caisse de façon régulière. Pourtant, Jean Charest a insisté encore une fois hier pour dire jusqu'à quel point la Caisse était soustraite aux interventions politiques. «Ce qu'on a voulu pour la Caisse de dépôt et placement, c'est de dépolitiser ses opérations, ne pas favoriser un environnement où il y a des interventions politiques», a-t-il dit.
Charest attaqué
Toute cette controverse a évidemment donné des munitions aux camps péquiste et adéquiste, qui n'ont pas manqué d'écorcher le chef libéral au passage.
Pauline Marois a notamment affirmé que Jean Charest fait du «gambling» avec l'argent des Québécois en raison des pertes subies par la Caisse de dépôt et placement. Elle a rappelé que c'est le gouvernement libéral qui a fait changer les orientations de la Caisse pour obtenir du rendement à court terme, ce qui expliquerait les pertes importantes encaissées récemment.
Elle a ajouté que le chef libéral se contredit en refusant de commenter les déboires de la Caisse et d'assumer ses responsabilités de premier ministre. Mme Marois a d'ailleurs ressorti une déclaration de M. Charest du temps où il était chef de l'opposition, lorsqu'il demandait au premier ministre Bernard Landry de répondre des pertes de la Caisse. Elle exige donc que le chef libéral présente un état de la situation parce que la population est inquiète, selon elle.
Le porte-parole péquiste en matière de finances, François Legault, a affirmé pour sa part que, selon ses sources, la Caisse aurait des problèmes de liquidités, en raison de la hausse des provisions requises pour couvrir des pertes dans le papier commercial adossé à des actifs. La Caisse tenterait ainsi de se départir de beaucoup d'obligations du Canada et des provinces mais ne trouverait pas d'acheteurs, a-t-il expliqué.
Le leader adéquiste, Mario Dumont, a quant à lui fait valoir que «la Caisse de dépôt, Jean Charest avait le devoir d'avoir un oeil dessus pour une gestion en bon père de famille et, plutôt que ça, il a laissé notre Caisse de dépôt être gérée par des spéculateurs». «Il a laissé cette approche de spéculateurs devenir le mot d'ordre à la Caisse de dépôt, a-t-il ajouté. Aujourd'hui, on paye pour ça.»
Au sujet de la tenue de la conférence de presse de la Caisse, il a crié à la «manoeuvre» découlant d'une «commande politique» des libéraux. «Quand les résultats étaient bons, Jean Charest prenait les gens de la Caisse de dépôt, il les mettait dans le garde-robe et, lui, il montait sur scène pour vendre les bons résultats. Quand les résultats sont mauvais, Jean Charest se cache dans le garde-robe et là, il envoie sur scène les gens de la Caisse de dépôt pour défendre les mauvais résultats et lui servir de paravent politique», a tonné M. Dumont.
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Avec la collaboration de Guillaume Bourgault-Côté et Robert Dutrisac
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Avec La Presse canadienne
Souhaitant visiblement «rassurer tout le monde», le président par intérim, Fernand Perreault, a expliqué que «la Caisse maintient actuellement un niveau de liquidités d'environ 20 milliards, ce qui correspond pratiquement à son niveau historique». Ce niveau, a-t-il ajouté, est «amplement suffisant» compte tenu du fait que ce qu'elle reçoit de ses déposants sur une base continue est supérieur aux retraits. «Ce flux positif continuera de prévaloir pendant encore plusieurs années», a précisé M. Perreault au cours d'un point de presse pour le moins exceptionnel.
Il a du même coup souligné que les quelque 12,6 milliards de dollars en papiers commerciaux adossés à des actifs détenus par la Caisse, présentement gelés, ne font pas partie de ces liquidités. Qui plus est, «ces actifs devraient produire le rendement attendu à terme», a affirmé M. Perreault, malgré les craintes répétées sur la perte de valeur de ces actifs.
Le président du conseil d'administration de la Caisse, Pierre Brunet, a en outre défendu «les règles claires et prévisibles» qui dictent les façons de faire de l'institution et lui imposent de ne dévoiler que «des données complètes et vérifiées». Cela est valable en tout temps, «y compris dans une période aussi agitée que celle que nous traversons». Il a ainsi rejeté les nombreuses demandes pour une publication rapide d'un état de la situation, demandes formulées notamment par les partis d'opposition.
«Publier des données intérimaires impliquerait donc de publier des données partielles et non vérifiées, a-t-il fait valoir. Or une partie significative des placements de la Caisse, comme les placements immobiliers et les placements privés, font l'objet d'une évaluation de fin d'année, dans le cadre d'un processus très encadré, par des comités indépendants afin d'en garantir l'intégrité.»
M. Brunet a par la suite insisté sur le fait que la Caisse de dépôt gère ses actifs «à long terme», sur un horizon de 10 ans, visiblement afin de rassurer des épargnants québécois échaudés depuis plusieurs semaines. Il a notamment rappelé la «volatilité extrême» des marchés, soulignant que ceux-ci ont connu, fait rarissime, 15 jours de ce genre de fluctuations uniquement en octobre. Au cours de cette période, la chute a atteint au final à 15 %, autre situation tout à fait exceptionnelle. Étant donné cette grande fébrilité, il est selon lui impossible, pour le moment, de connaître quel rendement aura la Caisse pour 2008, pas plus que les «impacts précis» de la crise.
Ingérence politique?
MM. Brunet et Perreault ont également dû expliquer les raisons qui les ont poussés à tenir un rare point de presse, et ce, un vendredi à 16h. M. Brunet a nié toute ingérence politique, affirmant que ce n'est pas la ministre Jérôme-Forget qui lui avait demandé de tenir une conférence de presse. Il a néanmoins admis qu'il avait discuté de la situation avec la ministre et qu'il avait été convenu, lors d'une conversation, qu'il valait mieux que la Caisse s'explique publiquement.
Bombardé de questions sur ce sujet sensible — en vertu de la loi, la Caisse gère ses actifs de façon indépendante du gouvernement —, il s'est contenté de répéter que les circonstances imposaient la tenue d'une conférence de presse. «La situation de Richard Guay [le président de la Caisse, au repos forcé jusqu'au 10 décembre pour des raisons de «fatigue»] a pris une proportion importante. Il y a la nouvelle sur les changements de gestion [les 10 gestionnaires de portefeuilles de titres internationaux ayant perdu leur poste cette semaine]. Ç'a pris une telle proportion qu'on s'est dit qu'il serait peut-être bon qu'on explique ce qu'il en est.»
Jean Charest a tout de même dû se défendre des rumeurs faisant état d'ingérence politique. Il a notamment réitéré que la Caisse était une institution autonome «très forte» et «bien capable de faire face à toutes ses obligations». Il a également nié que la Caisse soit soumise à des pressions politiques de la part de son gouvernement. «Je ne me mêle pas des affaires de la Caisse de dépôt et placement», a-t-il soutenu.
Le chef libéral a prétendu qu'il avait appris la tenue de la conférence de presse de la Caisse tout juste avant sa présence à l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l'Université de Montréal en début d'après-midi. «Je ne suis pas vraiment maître des communications de la Caisse de dépôt et placement du Québec», a-t-il affirmé.
Son attaché de presse, Hugo D'Amours, a lui aussi nié que l'entourage du premier ministre ait fait part de son mécontentement à la direction de la Caisse ni qu'il ait pressé la Caisse de s'adresser à la presse. M. D'Amours trouve «normal» que la ministre des Finances parle à la direction de la Caisse de façon régulière. Pourtant, Jean Charest a insisté encore une fois hier pour dire jusqu'à quel point la Caisse était soustraite aux interventions politiques. «Ce qu'on a voulu pour la Caisse de dépôt et placement, c'est de dépolitiser ses opérations, ne pas favoriser un environnement où il y a des interventions politiques», a-t-il dit.
Charest attaqué
Toute cette controverse a évidemment donné des munitions aux camps péquiste et adéquiste, qui n'ont pas manqué d'écorcher le chef libéral au passage.
Pauline Marois a notamment affirmé que Jean Charest fait du «gambling» avec l'argent des Québécois en raison des pertes subies par la Caisse de dépôt et placement. Elle a rappelé que c'est le gouvernement libéral qui a fait changer les orientations de la Caisse pour obtenir du rendement à court terme, ce qui expliquerait les pertes importantes encaissées récemment.
Elle a ajouté que le chef libéral se contredit en refusant de commenter les déboires de la Caisse et d'assumer ses responsabilités de premier ministre. Mme Marois a d'ailleurs ressorti une déclaration de M. Charest du temps où il était chef de l'opposition, lorsqu'il demandait au premier ministre Bernard Landry de répondre des pertes de la Caisse. Elle exige donc que le chef libéral présente un état de la situation parce que la population est inquiète, selon elle.
Le porte-parole péquiste en matière de finances, François Legault, a affirmé pour sa part que, selon ses sources, la Caisse aurait des problèmes de liquidités, en raison de la hausse des provisions requises pour couvrir des pertes dans le papier commercial adossé à des actifs. La Caisse tenterait ainsi de se départir de beaucoup d'obligations du Canada et des provinces mais ne trouverait pas d'acheteurs, a-t-il expliqué.
Le leader adéquiste, Mario Dumont, a quant à lui fait valoir que «la Caisse de dépôt, Jean Charest avait le devoir d'avoir un oeil dessus pour une gestion en bon père de famille et, plutôt que ça, il a laissé notre Caisse de dépôt être gérée par des spéculateurs». «Il a laissé cette approche de spéculateurs devenir le mot d'ordre à la Caisse de dépôt, a-t-il ajouté. Aujourd'hui, on paye pour ça.»
Au sujet de la tenue de la conférence de presse de la Caisse, il a crié à la «manoeuvre» découlant d'une «commande politique» des libéraux. «Quand les résultats étaient bons, Jean Charest prenait les gens de la Caisse de dépôt, il les mettait dans le garde-robe et, lui, il montait sur scène pour vendre les bons résultats. Quand les résultats sont mauvais, Jean Charest se cache dans le garde-robe et là, il envoie sur scène les gens de la Caisse de dépôt pour défendre les mauvais résultats et lui servir de paravent politique», a tonné M. Dumont.
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Avec la collaboration de Guillaume Bourgault-Côté et Robert Dutrisac
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