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Chute des prix et de la construction - La déflation menace aux États-Unis

20 novembre 2008  Actualités économiques
La déprime du secteur de la construction s’est encore aggravée, aux États-Unis, avec des mises en chantier qui atteignent leur niveau le plus bas depuis la création de cette statistique, en 1959.
Photo : Agence Reuters
La déprime du secteur de la construction s’est encore aggravée, aux États-Unis, avec des mises en chantier qui atteignent leur niveau le plus bas depuis la création de cette statistique, en 1959.
Washington — Les États-Unis semblent s'engager dans la voie d'une dangereuse déflation, au vu des statistiques économiques publiées hier, montrant une chute des prix à la consommation et de la construction immobilière en octobre d'une ampleur jamais vue depuis un demi-siècle.

D'un côté, l'indice des prix à la consommation a chuté de 1 % en octobre, en données corrigées des variations saisonnières, ce qui est du jamais vu depuis la première publication de cette statistique en 1947. Ce recul est principalement dû à la chute des cours des matières premières, les prix de détail de l'énergie ayant plongé en octobre de 8,6 % (là encore un record). Mais les prix hors énergie et alimentation ont aussi reculé (-0,1 %), et ce pour la première fois depuis un quart de siècle.

De l'autre côté, la déprime du secteur de la construction s'est encore aggravée, avec des mises en chantiers de logements tombées à 791 000 (en rythme annuel), soit leur niveau le plus bas depuis la création de cette statistique en 1959. Elles ont reculé de 4,5 % par rapport au mois précédent. Les perspectives sont tout aussi inquiétantes, puisque seulement 708 000 permis de construire ont été délivrés (en rythme annuel), soit 12 % de moins que le mois précédent. Ils n'avaient jamais été aussi peu nombreux depuis 1960.

Le mois d'octobre, marqué par l'aggravation de la crise financière et la perspective de l'élection présidentielle le 4 novembre, avait connu un autre record, avec la plus forte chute attestée des ventes de détail (-2,8 %). Les chiffres de l'emploi avaient également été catastrophiques: 240 000 emplois perdus, et un chômage à 6,5 %, au plus haut depuis mars 1994.

Tous ces indicateurs pointent dans la même direction: après un ralentissement de la croissance sur fond d'inflation, les États-Unis sont entrés en récession, entraînant un retournement des prix. L'économie connaîtra-t-elle la déflation, une situation où les prix se contractent parallèlement à la demande? Cette situation, connue par le Japon dans les années 1990, est la pire pour une banque centrale, ses efforts pour stimuler la croissance étant annihilés par le refus des acteurs économiques de consommer et d'investir.

Les économistes sont partagés sur la réponse. «Nous allons devoir nous inquiéter de la déflation bientôt, aux États-Unis, en Europe, au Japon, dans le monde entier (...) Et une fois que vous êtes tombés dans le piège déflationniste, la politique monétaire n'est plus efficace», affirmait l'économiste Nouriel Roubini sur la chaîne Bloomberg News.

Le taux d'intérêt directeur de la Fed est à 1 %, sans que le crédit n'ait à ce jour donné de signes de reprise.

«La probabilité d'une déflation est faible, à notre avis. D'une part, la transmission des prix de l'énergie et des prix à l'importation vers l'inflation de base (hors énergie et alimentation, ndlr) a reculé lors des deux dernières décennies», selon Aaron Smith, de Economy.com, un site Internet de l'agence Moody's.

«Plus important, tant que les anticipations inflationnistes ne dérapent pas et sous réserve que la Réserve fédérale ne cesse pas sa politique accommodante trop rapidement, l'inflation devrait prévaloir», selon lui. L'inflation sur un an s'est maintenue à 3,7 % en octobre.

La plupart des économistes sont en revanche d'accord sur le remède: selon un sondage du Wall Street Journal publié le 13 novembre, 82 % sont en faveur d'un plan de relance budgétaire aux États-Unis.

Baisse du PIB pour l'ensemble de 2009

D'ailleurs, le PIB devrait évoluer en 2009 dans une fourchette comprise entre -0,2 % et 1,1 %, selon les nouvelles prévisions publiées hier par la Réserve fédérale américaine, qui a revu en forte baisse ses anciennes projections. Dans ses dernières prévisions, qui remontaient à juillet, la banque centrale américaine tablait sur une croissance comprise entre 2 % et 2,8 %, mais entre-temps la crise financière s'est exacerbée.

Pour l'année en cours, la Fed ne table plus que sur une croissance comprise entre 0,0 et 0,3 %. Sa fourchette précédente allait de 1 % à 1,6 %. Ces prévisions figurent dans les minutes de la dernière réunion du Comité de politique monétaire de la banque centrale, tenue les 28 et 29 octobre.

Pour 2009, la Fed s'attend que le chômage, qui a atteint en octobre un plus haut depuis quatorze ans à 6,5 % de la population active, se situe entre 7,1 % et 7,6 %. Un tel niveau serait inédit depuis septembre 1992.

La croissance de 2009 «devrait être freinée par la persistance de tensions sur les marchés du crédit et les ajustements en cours dans le secteur du logement de même que par la faiblesse du noyau dur des dépenses des ménages et les investissements des entreprises», ajoute le compte-rendu de la réunion. Lors de la rencontre, les responsables de la Fed ont dit s'attendre à ce «qu'une croissance économique plus robuste reprenne en 2010». Pour cette année-là, la Fed prévoit désormais une croissance comprise entre 2,3 et 3,2 %.

En ce qui concerne l'inflation, la Fed note que celle-ci devrait s'établir à des niveaux «proche ou légèrement» en dessous de ce qu'elle considère comme «conforme à son double objectif de stabilité des prix et d'emploi maximal» à l'horizon de 2011. Pour 2009, elle prévoit une hausse des prix à la consommation comprise entre 1,3 et 2 %.
 
 
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