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Harper contre une refonte globale du système financier

Stephen Harper
Stephen Harper
Les dirigeants des vingt grands pays industrialisés et économies émergentes (G20) sont réunis jusqu'à aujourd'hui à Washington pour tenter de jeter les bases d'une stratégie concertée face à la pire crise financière depuis 1929, crise qui contamine rapidement l'économie mondiale. L'objectif affiché: faire en sorte que le tsunami qui frappe le globe ne puisse plus se reproduire. Reste encore à s'entendre sur les moyens, ce qui ne sera pas une mince affaire.

Quelques éléments ont déjà filtré quant à la teneur des propositions qui doivent être soumises par les pays autour de la table. Selon les informations disponibles, les États-Unis, très réticents au départ, proposeront ainsi qu'«un plan d'action» pour réformer le système financier international soit adopté lors du sommet qui débutait hier soir par un dîner de travail à la Maison-Blanche.

Les 20 participants tenteront donc de «jeter les bases de réformes pour empêcher qu'une telle crise ne se reproduise à l'avenir», a résumé hier le président américain, George W. Bush. Sa propre marge de manoeuvre est cependant étroite, car il était jusqu'à récemment un adepte de la dérégulation. «Nous devons reconnaître que l'intervention de l'État n'est pas le remède universel», a-t-il maintes fois répété. En outre, il est sur son départ, mais son successeur démocrate Barack Obama — que plusieurs chefs d'État ont rencontré lors de leur passage à Washington — n'entre en fonction que le 20 janvier.

Le président américain a néanmoins tracé des pistes de réflexion sur l'entente qui pourrait émerger du G20: améliorer la gestion des risques par les banques, combattre l'opacité et les malversations sur les marchés et améliorer les règles comptables de chaque pays concernant les titres financiers.

Réunis le 7 novembre dernier à Bruxelles, les États membres de l'Union européenne se sont quant à eux déjà entendus pour demander d'une même voix au reste du monde de renforcer concrètement les règles de la finance mondiale dans les 100 jours qui suivront le G20 de Washington. Ils proposeront en particulier aux autres grandes puissances d'imposer rapidement une régulation «ou au moins [une] surveillance» à toutes les institutions financières. Les grands groupes financiers internationaux, les fonds spéculatifs, les agences de notation et les paradis fiscaux, dont certains sont sous le contrôle de pays européens, seraient tous concernés.

La Maison-Blanche a confirmé hier que le G20 réfléchirait à la création d'un «collège de superviseurs» pour surveiller les 30 plus grandes banques du monde et repérer toute prise de risque excessive. Les États-Unis ont à l'esprit plusieurs organismes pour un tel rôle: le Forum de stabilité financière (FSF), la Banque des règlements internationaux et l'Organisation internationale des commissions de valeurs, qui regroupe 191 régulateurs de marchés. Ils ont toutefois fait savoir qu'ils n'acceptaient qu'une coordination de la surveillance financière et rejetaient l'idée d'un régulateur supranational des marchés et établissements financiers.

Le rôle du FMI

Les participants pourraient également s'entendre sur l'instauration d'un système de prévention des crises financières. Un porte-parole de la Maison-Blanche a d'ailleurs souligné «le rôle important» que peut jouer le FMI «pour mettre en exergue les risques qu'il perçoit pour l'économie mondiale». Le FMI et le FSF ont justement envoyé une lettre au G20 pour se mettre à sa disposition afin de créer un tel mécanisme.

Du côté des Européens, on reconnaît cependant que la réunion ne sera qu'un coup d'envoi et ne débouchera pas sur un Bretton Woods II, du nom des accords ayant donné naissance en 1944 à l'architecture financière actuelle. Les Américains sont néanmoins favorables à une réforme du FMI et de la Banque mondiale pour y accroître le poids des pays émergents. Parmi ceux-ci, la Chine a indiqué hier qu'elle était prête à soutenir davantage l'économie mondiale. Elle s'est ainsi engagée à éviter les ventes panique des importants actifs chinois à l'étranger, alors qu'elle finance la moitié de la dette américaine.

En outre, selon des experts, elle semble prête à faire plus, en prêtant par exemple des fonds aux organisations multilatérales comme le FMI, pour les aider à soutenir des économies en détresse. Le Japon — qui finance l'autre moitié de la dette américaine — a proposé pour sa part de prêter jusqu'à 100 milliards de dollars au FMI afin de renflouer les pays les plus touchés.

Relancer l'économie

De son côté, le premier ministre canadien, Stephen Harper, a annoncé qu'il plaiderait pour une relance concertée de l'économie mondiale et rejeté l'idée d'une refonte globale du système financier qui serait imposée à chaque pays. Il y aura à Washington des partisans d'une réglementation financière purement nationale et d'autres en faveur d'une «gouvernance internationale obligatoire», a noté M. Harper, lors d'un point presse à Winnipeg. «Je pense que ces deux positions ne sont pas réalistes», a-t-il dit en soulignant que son pays n'était dans aucun de ces deux camps.

La priorité du Canada sera de «rechercher un consensus sur un communiqué qui insiste sur les fondamentaux macroéconomiques pour restaurer la croissance», selon M. Harper. Le G20 devra aussi, de l'avis d'Ottawa, reconnaître qu'«une bonne réglementation commence dans chaque pays» tout en soutenant «des mécanismes de surveillance transparents et responsables de la part de pairs».

M. Harper a aussi fait valoir que le G20 devait se garder de tout protectionnisme. «Ce que nous pourrions faire de pire dans la conjoncture actuelle serait [...] d'adopter des mesures qui fermeraient nos économies et dresseraient des barrières protectionnistes. Ce serait une erreur dévastatrice», a-t-il dit.

Proche allié de George W. Bush ces dernières années, il s'est montré très sévère quant à la responsabilité des Américains dans la crise actuelle. «Ce n'est pas un secret que, d'une façon très réelle, le problème a débuté aux États-Unis avec une réglementation complètement inadéquate du secteur financier», a-t-il dit. M. Harper a aussi estimé que son pays abordait le sommet «en position de force» avec un système bancaire solide pouvant servir d'exemple, la meilleure situation budgétaire du G7 et une politique monétaire qui a maintenu l'inflation sous contrôle.

Du côté français, on se voulait d'ores et déjà optimiste jeudi sur la conclusion d'un accord ambitieux à Washington. Dans le projet de conclusions encore en discussion, «on trouve ce que nous avions mis en tête de nos priorités et qui a été agréé à Bruxelles», affirmait un proche de Nicolas Sarkozy. Le sommet devrait aboutir selon lui à un «menu long, détaillé et précis», avec un «délai» précis. Les Européens souhaitaient «que le communiqué final prenne un maximum de décisions les plus concrètes possibles et on a satisfaction», assurait ce proche du chef de l'État.

De toute évidence, Washington ne sera sans doute que la première étape pour le G20, puisque le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, a indiqué hier qu'une prochaine réunion devrait avoir lieu en Grande-Bretagne, fin février ou début mars.

Le sommet du G20, groupement né en 1999 après les crises asiatique et russe, regroupera le G8, l'Union européenne et 11 pays émergents (Argentine, Australie, Arabie saoudite, Afrique du Sud, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique, Turquie). Au total, il représente 90 % du produit mondial brut, 80 % du commerce mondial et les deux tiers de la population du monde.

***

Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et Reuters






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  • Joseph H. Chung
    Abonné
    samedi 15 novembre 2008 23h22
    Vraie signification de G-20
    « Il est vrai que le monde entier risque d'entrer dans une crise mondiale la plus grave depuis la Deuxième Guerre mondiale et on a une forte tentation d'en blamer tout ce qui est américain. On peut blamer l'avrice du Wall Street, la structure de l'industrie hypothécaire américiane caractérisée par la petite taille des prêteurs ainsi que la présence des Mortgage Banks qui n'ont pas le droit de reçevoir les dépôts, ce qui signifie, en conséquence, le problème de liquidité, la pratique imprudente d'accorder des prêts sans examiner le revenu d'emprunteur, l'expansion insensée du marché de titres hypothécaires (MBS) et enfin la surveillance inadéquate des institutions financières. Bref, le responsable de ce malheur est le système fiancier américain. Mais est-ce que c'est vrai? Si c'est le cas, comment pet-on expliquer que l'économie de mond tout entier en souffre? Si les autorités de chaque pays avait un meilleur système de surveillance des transctions financières surtout celles de produits financiers dérivés, l'impact négatif de la crise aurait été moins grave.
    Par ailleurs, comme le prétend M. Harper, le système financier canadien n'est pas aussi affecté que d'autre pays par la crise. C'est grâce au marché hypothécaire canadien caractérisé par le régime solide de l'assurance hypothécaire, la grande taille des banques, le système efficace des succursales à tavers le pays,la taille moindre du marché de titres hypothécaires, le conservatisme de la pratique des prêts hypothécaire et surtout le système de surveillance effice.
    Je suis d'accord avec M.Harper à propos de l'effort que doit déployer chauque pays. Cependant, étant donné l'intégration du monde financier et l'interdépendance qui en résulte, il faut qu'il y ait un mécanisme plus effice permettant de signaler les risques de crises dans différents pays, de renforcer la consultation globale, de modifier le rôle de FMI de telle sorte que ce dernier intégre plus les conditions socioéconomiqes de pays bénéficiares de fonds se secour et d'intensifier la coopération internationale régionale.
    Je ne pense pas que G-20 va donner des solutions concrètes. Même si M.Obama était la, le résultat ne serait pas différent. Quoiqi'il en soit, c'est une rencontre très importante, car celle-ci permettra aux pays moins développés de s'exprimer d'une part, et d'autre part, de vérifier dans quelle mesure les différents pays partagent la même vision du capitalisme du 21è sicècle.

    Joseph H. Chung, Ph.D. économiste
    jhsch2002@yahoo.com »

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