La crise, une chance pour la gauche
Photo : Agence France-Presse
José Bové donnera demain à Montréal une conférence sur la souveraineté alimentaire.
Il ne s'en réjouit pas, mais presque. L'actuelle crise économique qui frappe le monde occidental va être finalement salutaire pour le célèbre altermondialiste José Bové, mais aussi pour les mouvements écologistes et anticapitalistes qui peinent depuis quelques années à se faire vraiment entendre. Et pour cause. La remise en question des fondements du modèle économique dominant devrait contribuer fortement à leur croissance, pour le bien de l'humanité, estime le défenseur du droit des paysans partout dans le monde.
«Tout le monde reconnaît que le système dans lequel nous vivons est absurde», lance à l'autre bout du fil José Bové. L'homme va être à Montréal demain afin d'y livrer une conférence attendue sur la souveraineté alimentaire dans le cadre des 12es Journées québécoises de la solidarité internationale. L'événement est organisé par l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) et l'Institut d'études internationales de Montréal (IEIM).
«Aujourd'hui, face à la crise, nous avons la preuve que le laisser-faire n'est pas une solution. Cet état entraîne plus de catastrophes qu'il ne règle de problèmes. Et désormais, le constat du bon sens s'impose: nous ne pouvons plus faire confiance aux financiers.»
Alors que les marchés mondiaux s'écrasent, José Bové, lui, a le coeur en fête. À la fin du mois d'octobre, un sondage réalisé par l'Institut Viavoice pour le quotidien français Libération révélait en effet une remontée fulgurante dans son pays des appuis à la gauche dite anticapitaliste, une gauche à laquelle le faucheur d'organismes génétiquement modifiés (OGM) revendique une appartenance. Cette frange du spectre politique qui appelle à un nouvel ordre économique mondial peut se targuer d'avoir désormais 25 % de sympathisants, indique le coup de sonde lancé dans un bassin de 805 répondants. C'est 10 points de plus qu'il y a un an. Pour sa part la gauche sociale-démocrate obtient 27 % d'appui.
Cette mathématique n'étonne pas Bové qui se plaît à constater que le néolibéralisme est désormais remis en question par ceux qui ont contribué depuis des lunes à sa prolifération. «Les gens qui ont promu ce modèle à outrance commencent à parler d'interventionnisme, de régulation, d'attaque contre les paradis fiscaux, lance le militant joint hier au téléphone par Le Devoir. Les altermondialistes, les écologistes, les anticapitalistes qui proposent depuis des années la même chose et appellent à un modèle radicalement différent se retrouvent désormais avec des appuis inespérés. Il y a en ce moment un courant majoritaire qui remet en question le modèle actuel.»
L'urgence d'agir
Un autre monde possible, Bové y a toujours cru, avoue-t-il. Mais il sent désormais arriver le nécessaire «point de rupture» pour voir enfin ses utopies prendre forme. «Dans l'urgence, cet autre monde est maintenant indispensable», lance-t-il. Et la solidarité entre les peuples, la souveraineté alimentaire, le respect de l'environnement, l'éradication des OGM vont certainement y occuper des places de choix.
«La spéculation boursière sur les marchés agricoles est tout simplement insoutenable», dit celui qui appelle désormais l'Occident à mettre en place, 75 ans après le New Deal de Roosevelt pour surmonter la grande dépression de 1929, un «Green Deal» dans lequel, comme son nom l'indique, le vert dominerait. «Cette spéculation a entraîné des crises alimentaires majeures dans les pays en émergence. Désormais, les prix sont à la baisse. Mais le problème n'est pas réglé pour autant. Ces pays vont être confrontés au dumping des pays riches qui vont encore déverser chez eux des produits agricoles subventionnés. La stratégie commerciale va mettre ainsi en péril l'agriculture du Sud dont les habitants ont pourtant profondément besoin.»
L'illogisme de l'échange est vertement dénoncé par José Bové qui rappelle encore une fois que l'alimentation ne peut pas — et ne doit pas — «être considérée comme une marchandise». «Nous devons tous faire en sorte que les citoyens de la planète aient accès à une alimentation de qualité et en quantité suffisante», dit le porte-étendard de la paysannerie qui rappelle au passage que la question de la faim dans le monde aurait pu être réglée facilement avec un cinquième à peine de l'argent injecté à l'heure actuelle à l'échelle mondiale pour tenter de résorber la crise financière. «Ça laisse perplexe», assène-t-il.
Réfractaire au statu quo
Perplexe mais pas désespérant pour autant, estime l'irréductible Gaulois à la pipe — devenu célèbre pour avoir détruit par le passé quelques restaurants de la chaîne McDonald's —, puisque «l'alternative se renforce». «Aujourd'hui, les électeurs n'acceptent plus le train-train mais également l'alternance [entre la gauche et la droite] qui, en réalité, ne change pas grand-chose dans la vie quotidienne des gens, dit José Bové. En situation de crise, ça se traduit par un ras-le-bol évident et par des comportements réfractaires devant des discours qui ne proposent pas de rupture avec le modèle dominant.»
Ce modèle, le Canada doit d'ailleurs s'y attaquer rapidement, croit l'altermondialiste qui, si on le lui demande, ne va pas hésiter à mettre son nez dans la campagne électorale provinciale, a-t-il indiqué. «Le problème vient du Nord, et c'est donc là qu'il doit être réglé. Tous les pays doivent assumer leur responsabilité et travailler pour sortir de cette logique d'exploitation des pays du Sud.»
À quelques heures de son départ pour Montréal, José Bové s'est par ailleurs dit très étonné de voir le Canada poursuivre un développement tout azimut des organismes génétiquement modifiés (OGM), des intrants agricoles qui, selon lui, contribuent à l'asservissement des paysans par des multinationales et soulèvent aussi des questions environnementales et de santé publique troublantes. La semaine dernière, Le Devoir a révélé en effet que, depuis 2004, les expériences en champs sur des plantes transgéniques non homologuées ont connu une croissance fulgurante de 136 %.
«C'est inquiétant. Ces OGM se retrouvent au coeur d'un modèle d'agriculture industrielle que nous devons, dans le contexte actuel, combattre, lance Bové. D'ailleurs, si des mouvements doivent se former chez vous à l'avenir pour le fauchage de ces parcelles, je suis prêt à venir y participer pour éradiquer ces OGM.» Mais pas tout de suite, rassure-t-il, «parce que c'est l'hiver dans l'hémisphère Nord et qu'il n'y a pas grand-chose à faucher en ce moment». Comme quoi, quand on est proche de la terre, même ses convictions finissent par devenir saisonnières.
«Tout le monde reconnaît que le système dans lequel nous vivons est absurde», lance à l'autre bout du fil José Bové. L'homme va être à Montréal demain afin d'y livrer une conférence attendue sur la souveraineté alimentaire dans le cadre des 12es Journées québécoises de la solidarité internationale. L'événement est organisé par l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) et l'Institut d'études internationales de Montréal (IEIM).
«Aujourd'hui, face à la crise, nous avons la preuve que le laisser-faire n'est pas une solution. Cet état entraîne plus de catastrophes qu'il ne règle de problèmes. Et désormais, le constat du bon sens s'impose: nous ne pouvons plus faire confiance aux financiers.»
Alors que les marchés mondiaux s'écrasent, José Bové, lui, a le coeur en fête. À la fin du mois d'octobre, un sondage réalisé par l'Institut Viavoice pour le quotidien français Libération révélait en effet une remontée fulgurante dans son pays des appuis à la gauche dite anticapitaliste, une gauche à laquelle le faucheur d'organismes génétiquement modifiés (OGM) revendique une appartenance. Cette frange du spectre politique qui appelle à un nouvel ordre économique mondial peut se targuer d'avoir désormais 25 % de sympathisants, indique le coup de sonde lancé dans un bassin de 805 répondants. C'est 10 points de plus qu'il y a un an. Pour sa part la gauche sociale-démocrate obtient 27 % d'appui.
Cette mathématique n'étonne pas Bové qui se plaît à constater que le néolibéralisme est désormais remis en question par ceux qui ont contribué depuis des lunes à sa prolifération. «Les gens qui ont promu ce modèle à outrance commencent à parler d'interventionnisme, de régulation, d'attaque contre les paradis fiscaux, lance le militant joint hier au téléphone par Le Devoir. Les altermondialistes, les écologistes, les anticapitalistes qui proposent depuis des années la même chose et appellent à un modèle radicalement différent se retrouvent désormais avec des appuis inespérés. Il y a en ce moment un courant majoritaire qui remet en question le modèle actuel.»
L'urgence d'agir
Un autre monde possible, Bové y a toujours cru, avoue-t-il. Mais il sent désormais arriver le nécessaire «point de rupture» pour voir enfin ses utopies prendre forme. «Dans l'urgence, cet autre monde est maintenant indispensable», lance-t-il. Et la solidarité entre les peuples, la souveraineté alimentaire, le respect de l'environnement, l'éradication des OGM vont certainement y occuper des places de choix.
«La spéculation boursière sur les marchés agricoles est tout simplement insoutenable», dit celui qui appelle désormais l'Occident à mettre en place, 75 ans après le New Deal de Roosevelt pour surmonter la grande dépression de 1929, un «Green Deal» dans lequel, comme son nom l'indique, le vert dominerait. «Cette spéculation a entraîné des crises alimentaires majeures dans les pays en émergence. Désormais, les prix sont à la baisse. Mais le problème n'est pas réglé pour autant. Ces pays vont être confrontés au dumping des pays riches qui vont encore déverser chez eux des produits agricoles subventionnés. La stratégie commerciale va mettre ainsi en péril l'agriculture du Sud dont les habitants ont pourtant profondément besoin.»
L'illogisme de l'échange est vertement dénoncé par José Bové qui rappelle encore une fois que l'alimentation ne peut pas — et ne doit pas — «être considérée comme une marchandise». «Nous devons tous faire en sorte que les citoyens de la planète aient accès à une alimentation de qualité et en quantité suffisante», dit le porte-étendard de la paysannerie qui rappelle au passage que la question de la faim dans le monde aurait pu être réglée facilement avec un cinquième à peine de l'argent injecté à l'heure actuelle à l'échelle mondiale pour tenter de résorber la crise financière. «Ça laisse perplexe», assène-t-il.
Réfractaire au statu quo
Perplexe mais pas désespérant pour autant, estime l'irréductible Gaulois à la pipe — devenu célèbre pour avoir détruit par le passé quelques restaurants de la chaîne McDonald's —, puisque «l'alternative se renforce». «Aujourd'hui, les électeurs n'acceptent plus le train-train mais également l'alternance [entre la gauche et la droite] qui, en réalité, ne change pas grand-chose dans la vie quotidienne des gens, dit José Bové. En situation de crise, ça se traduit par un ras-le-bol évident et par des comportements réfractaires devant des discours qui ne proposent pas de rupture avec le modèle dominant.»
Ce modèle, le Canada doit d'ailleurs s'y attaquer rapidement, croit l'altermondialiste qui, si on le lui demande, ne va pas hésiter à mettre son nez dans la campagne électorale provinciale, a-t-il indiqué. «Le problème vient du Nord, et c'est donc là qu'il doit être réglé. Tous les pays doivent assumer leur responsabilité et travailler pour sortir de cette logique d'exploitation des pays du Sud.»
À quelques heures de son départ pour Montréal, José Bové s'est par ailleurs dit très étonné de voir le Canada poursuivre un développement tout azimut des organismes génétiquement modifiés (OGM), des intrants agricoles qui, selon lui, contribuent à l'asservissement des paysans par des multinationales et soulèvent aussi des questions environnementales et de santé publique troublantes. La semaine dernière, Le Devoir a révélé en effet que, depuis 2004, les expériences en champs sur des plantes transgéniques non homologuées ont connu une croissance fulgurante de 136 %.
«C'est inquiétant. Ces OGM se retrouvent au coeur d'un modèle d'agriculture industrielle que nous devons, dans le contexte actuel, combattre, lance Bové. D'ailleurs, si des mouvements doivent se former chez vous à l'avenir pour le fauchage de ces parcelles, je suis prêt à venir y participer pour éradiquer ces OGM.» Mais pas tout de suite, rassure-t-il, «parce que c'est l'hiver dans l'hémisphère Nord et qu'il n'y a pas grand-chose à faucher en ce moment». Comme quoi, quand on est proche de la terre, même ses convictions finissent par devenir saisonnières.
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