Perspectives - Barack, John, Joe... et les autres
Ce ne devait pas être le thème principal des élections américaines. Mais l'économie s'est invitée malgré tout, forçant candidats et électeurs à se demander de quoi l'avenir sera fait.
L'élection présidentielle américaine était censée porter sur la question de la guerre en Irak, ou alors sur celle de la réforme du système de santé, ou encore sur celle de la couleur de la peau du candidat démocrate. C'était sans compter sur l'ampleur de la crise financière et de son impact sur l'économie réelle.
Surpris comme tout le monde par l'importance que gagnait un peu plus chaque jour l'effondrement en cours, les deux candidats ont essayé, tant bien que mal, d'ajuster leurs discours au fur et à mesure. Les deux se sont ralliés aux différents plans d'aide adoptés par le Congrès.
Le démocrate, Barack Obama, a insisté sur l'importance à long terme pour la qualité de vie de l'Américain moyen et la compétitivité de l'économie américaine de réformer le système de santé, d'améliorer celui de l'éducation et d'investir dans les infrastructures et la recherche et le développement. En bon démocrate, il a promis de payer cela avec une hausse des taxes des riches. Mais comme on est aux États-Unis, il a aussi promis des baisses d'impôt pour les autres.
Le républicain, John McCain, a répété que la meilleure façon d'aider les Américains était de leur enlever le gouvernement des jambes et a promis non seulement de reconduire toutes les baisses d'impôt de George Bush qui ont tellement profité aux riches, mais d'en ajouter de nouvelles. Comme on est aux États-Unis, il a aussi promis d'améliorer le système de santé. Mais en bon républicain, il a assuré que cela pouvait se faire en accordant aux gens des crédits de taxe et en les laissant s'arranger ensuite avec les compagnies d'assurance.
Les deux politiciens ont assuré que toutes ces promesses ne les empêcheraient pas d'éliminer les déficits à Washington au cours de leur premier mandat, ce qu'aucun économiste ne croit.
Cette crise économique, qui arrive à la fin du mandat d'un président républicain, est un cadeau pour Obama. Sentant le vent tourner, son opposant s'est mis à l'accuser d'être un dangereux «socialiste» menaçant le «rêve américain» avec ses idées de «redistribution de la richesse». Ces accusations, délirantes pour quiconque n'a pas la psyché si particulière de la droite américaine, ont trouvé leur champion dans Samuel J. Wurzelbacher, mieux connu sous le surnom de «Joe le plombier». Tout, dans la situation socio-économique de ce travailleur de l'Ohio, aurait dû en faire un ardent supporteur des changements proposées par Obama; pourtant, il est contre.
Les années à venir
L'ampleur des défis économiques auxquels sera confronté le prochain président forcera cependant les Américains à aller au-delà des slogans et des réponses toutes faites.
On pense évidement à la façon d'ordonner les marchés financiers et l'économie en générale après la spectaculaire débâcle des derniers mois. Même l'ancien président de la Réserve fédérale américaine, le très conservateur Alan Greenspan, admet aujourd'hui que les entreprises et les marchés ne savent pas s'autodiscipliner et que le gouvernement est allé trop loin dans le laisser-faire.
La crise a aussi mis une nouvelle fois en lumière la frustration grandissante de la population à l'égard — comme dirait John McCain — de l'actuel mode de distribution de la richesse. De l'élection de George Bush à 2006, l'économie américaine a crû de 18 %. Or, le revenu médian des ménages comptant au moins un travailleur, comme celui de Joe le plombier, a reculé de 1,1 % en terme réel, alors que celui de 10 % des plus riches a crû de 32 %, celui du 1 % des plus riches a augmenté de 203 %, et que celui du 0,1 % des plus riches a grimpé de 425 %. Une volumineuse étude de l'OCDE rappelait justement récemment que de pareilles inégalités étaient le plus sûr moyen de rendre impossible l'accomplissement du rêve américain d'ascension sociale.
Plus personne aux États-Unis ne remet désormais en cause non plus la faillite du système de santé américain, ni la nécessité de le réformer. Le problème est considéré d'autant plus urgent qu'il constitue une source de plus en plus grande d'insécurité dans la classe moyenne, qu'il mine la compétitivité des entreprises, et qu'il menace de faire exploser les finances publiques à mesure que se fera sentir le vieillissement de la population.
Le prochain président devra également composer avec la poursuite de l'ascension des économies émergentes et l'inévitable perte d'influence des États-Unis. La spectaculaire déconfiture des trois grands constructeurs automobiles américains montre bien ce qu'il en coûtera, même à la plus grande économie du monde, si elle se repose trop longtemps sur ses lauriers.
Ces problèmes ne sont pas seulement l'héritage de George Bush Junior. Plusieurs remontent à bien avant son arrivée, ce qui laisse entendre que ce n'est pas seulement de président ou de parti qu'il faut changer, mais de vision politique et économique.
Certains ont eu vite fait de déclarer la mort du capitalisme. Ils auraient moins de risque de se tromper en annonçant l'épuisement, au terme d'un cycle de presque 40 ans, du modèle de libéralisme inauguré entre autres par Ronald Reagan. Les crises économiques, comme les lendemains de veille trop arrosée, ont toujours été propices aux bonnes résolutions rapidement oubliées. On ne peut pourtant pas s'empêcher de penser que cette fois-ci est la bonne, tellement l'échec a été grand et tant les défis à venir sont importants.
L'extraordinaire engouement que Barack Obama a suscité auprès des Américains laisse croire que l'on s'apprête à connaître de grands changements à Washington. Connaissant l'influence des États-Unis dans le monde, notamment en matière économique, on pourrait s'attendre à ce que ces changements touchent aussi le reste de la planète, pour le meilleur.
Il reste toujours possible que l'électorat américain compte finalement plus de Joe le plombier que les sondages nous l'ont fait croire, et que ce soit finalement encore un républicain qui se voit confier les clés de la Maison-Blanche. Mais même si Barack Obama était défait, son cri de ralliement appelant au changement resterait vrai, et fort probablement inévitable.
L'élection présidentielle américaine était censée porter sur la question de la guerre en Irak, ou alors sur celle de la réforme du système de santé, ou encore sur celle de la couleur de la peau du candidat démocrate. C'était sans compter sur l'ampleur de la crise financière et de son impact sur l'économie réelle.
Surpris comme tout le monde par l'importance que gagnait un peu plus chaque jour l'effondrement en cours, les deux candidats ont essayé, tant bien que mal, d'ajuster leurs discours au fur et à mesure. Les deux se sont ralliés aux différents plans d'aide adoptés par le Congrès.
Le démocrate, Barack Obama, a insisté sur l'importance à long terme pour la qualité de vie de l'Américain moyen et la compétitivité de l'économie américaine de réformer le système de santé, d'améliorer celui de l'éducation et d'investir dans les infrastructures et la recherche et le développement. En bon démocrate, il a promis de payer cela avec une hausse des taxes des riches. Mais comme on est aux États-Unis, il a aussi promis des baisses d'impôt pour les autres.
Le républicain, John McCain, a répété que la meilleure façon d'aider les Américains était de leur enlever le gouvernement des jambes et a promis non seulement de reconduire toutes les baisses d'impôt de George Bush qui ont tellement profité aux riches, mais d'en ajouter de nouvelles. Comme on est aux États-Unis, il a aussi promis d'améliorer le système de santé. Mais en bon républicain, il a assuré que cela pouvait se faire en accordant aux gens des crédits de taxe et en les laissant s'arranger ensuite avec les compagnies d'assurance.
Les deux politiciens ont assuré que toutes ces promesses ne les empêcheraient pas d'éliminer les déficits à Washington au cours de leur premier mandat, ce qu'aucun économiste ne croit.
Cette crise économique, qui arrive à la fin du mandat d'un président républicain, est un cadeau pour Obama. Sentant le vent tourner, son opposant s'est mis à l'accuser d'être un dangereux «socialiste» menaçant le «rêve américain» avec ses idées de «redistribution de la richesse». Ces accusations, délirantes pour quiconque n'a pas la psyché si particulière de la droite américaine, ont trouvé leur champion dans Samuel J. Wurzelbacher, mieux connu sous le surnom de «Joe le plombier». Tout, dans la situation socio-économique de ce travailleur de l'Ohio, aurait dû en faire un ardent supporteur des changements proposées par Obama; pourtant, il est contre.
Les années à venir
L'ampleur des défis économiques auxquels sera confronté le prochain président forcera cependant les Américains à aller au-delà des slogans et des réponses toutes faites.
On pense évidement à la façon d'ordonner les marchés financiers et l'économie en générale après la spectaculaire débâcle des derniers mois. Même l'ancien président de la Réserve fédérale américaine, le très conservateur Alan Greenspan, admet aujourd'hui que les entreprises et les marchés ne savent pas s'autodiscipliner et que le gouvernement est allé trop loin dans le laisser-faire.
La crise a aussi mis une nouvelle fois en lumière la frustration grandissante de la population à l'égard — comme dirait John McCain — de l'actuel mode de distribution de la richesse. De l'élection de George Bush à 2006, l'économie américaine a crû de 18 %. Or, le revenu médian des ménages comptant au moins un travailleur, comme celui de Joe le plombier, a reculé de 1,1 % en terme réel, alors que celui de 10 % des plus riches a crû de 32 %, celui du 1 % des plus riches a augmenté de 203 %, et que celui du 0,1 % des plus riches a grimpé de 425 %. Une volumineuse étude de l'OCDE rappelait justement récemment que de pareilles inégalités étaient le plus sûr moyen de rendre impossible l'accomplissement du rêve américain d'ascension sociale.
Plus personne aux États-Unis ne remet désormais en cause non plus la faillite du système de santé américain, ni la nécessité de le réformer. Le problème est considéré d'autant plus urgent qu'il constitue une source de plus en plus grande d'insécurité dans la classe moyenne, qu'il mine la compétitivité des entreprises, et qu'il menace de faire exploser les finances publiques à mesure que se fera sentir le vieillissement de la population.
Le prochain président devra également composer avec la poursuite de l'ascension des économies émergentes et l'inévitable perte d'influence des États-Unis. La spectaculaire déconfiture des trois grands constructeurs automobiles américains montre bien ce qu'il en coûtera, même à la plus grande économie du monde, si elle se repose trop longtemps sur ses lauriers.
Ces problèmes ne sont pas seulement l'héritage de George Bush Junior. Plusieurs remontent à bien avant son arrivée, ce qui laisse entendre que ce n'est pas seulement de président ou de parti qu'il faut changer, mais de vision politique et économique.
Certains ont eu vite fait de déclarer la mort du capitalisme. Ils auraient moins de risque de se tromper en annonçant l'épuisement, au terme d'un cycle de presque 40 ans, du modèle de libéralisme inauguré entre autres par Ronald Reagan. Les crises économiques, comme les lendemains de veille trop arrosée, ont toujours été propices aux bonnes résolutions rapidement oubliées. On ne peut pourtant pas s'empêcher de penser que cette fois-ci est la bonne, tellement l'échec a été grand et tant les défis à venir sont importants.
L'extraordinaire engouement que Barack Obama a suscité auprès des Américains laisse croire que l'on s'apprête à connaître de grands changements à Washington. Connaissant l'influence des États-Unis dans le monde, notamment en matière économique, on pourrait s'attendre à ce que ces changements touchent aussi le reste de la planète, pour le meilleur.
Il reste toujours possible que l'électorat américain compte finalement plus de Joe le plombier que les sondages nous l'ont fait croire, et que ce soit finalement encore un républicain qui se voit confier les clés de la Maison-Blanche. Mais même si Barack Obama était défait, son cri de ralliement appelant au changement resterait vrai, et fort probablement inévitable.
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