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    Henri-Paul Rousseau sera président de la Caisse de dépôt

    L'actuel président de la Banque Laurentienne prendra ses nouvelles fonctions le 1er septembre

    C'est l'économiste et banquier Henri-Paul Rousseau, qui a aussi été le secrétaire de la célèbre commission Bélanger-Campeau entre 1990 et 1992, que le gouvernement a choisi pour occuper le présidence de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

    La vice-première ministre et ministre d'État à l'Économie et aux Finances, Pauline Marois, a fait cette annonce hier à l'issue de la réunion du conseil des ministres au cours de laquelle cette nomination a été entérinée. Henri-Paul Rousseau, qui aura 54 ans le 2 juin, deviendra président du conseil et directeur général de la Caisse de dépôt à compter du 1er septembre prochain. Entre-temps, il continuera d'assumer les responsabilités de président et chef de la direction de la Banque Laurentienne du Canada.


    C'est avec célérité que le gouvernement a désigné un remplaçant à Jean-Claude Scraire qui, le 17 mai dernier, a annoncé son intention d'abandonner la présidence de la Caisse de dépôt. M. Scraire avait bien précisé qu'il pouvait assumer ses fonctions pendant plusieurs mois encore, le temps que le gouvernement lui trouve un successeur. Mais la préférence de Bernard Landry et de Mme Marois pour M. Rousseau ayant été éventée dans La Presse, avant même d'ailleurs que le président de la Banque Laurentienne ne soit sollicité, le gouvernement a précipité sa décision.


    «Je crois que c'est un homme profondément engagé à l'égard du Québec, et il l'a prouvé à maintes reprises par le passé. Il a rendu de fiers services au Québec», a dit Mme Marois. M. Rousseau a occupé le poste de secrétaire de la commission Bélanger-Campeau, où il a démontré une capacité à forger des consensus. Cette même qualité a été mise à l'oeuvre lorsqu'il a participé au comité de suivi du Sommet sur l'économie et l'emploi, l'événement grâce auquel l'ex-premier ministre Lucien Bouchard a enclenché sa lutte contre le déficit.


    Sur le plan de la rémunération, le gouvernement accordera à M. Rousseau ce qu'elle refusait toujours de consentir, après un an de discussions, à Jean-Claude Scraire. Ce dernier touchait 256 000 $ et un boni de 38 000 $. Le nouveau directeur général de la Caisse de dépôt obtiendra un salaire de base de 345 712 $, ce qui se compare à celui du président d'Hydro-Québec, André Caillé. À cela s'ajoutent 75 000 $ pour présider le conseil d'administration de la Caisse de dépôt et un maximum de 126 214 $ en boni en fonction de la performance. Comme le cynisme n'étouffe personne, M. Scraire aura droit à une augmentation de salaire d'ici septembre, obtenant le même salaire de base que son successeur et le même programme de bonis. Cependant, pour une raison obscure, il ne touchera pas les 75 000 $ sur une base annuelle pour présider le conseil.


    La rémunération de M. Rousseau atteindra donc plus de 500 000 $, ce qui fera de lui le commis de l'État le mieux payé au Québec. Mais c'est loin de ses émoluments de l'an dernier, à la tête de la petite Banque Laurentienne: 1,25 million en salaire et bonis, ainsi que deux millions dans l'exercice d'options d'achat d'actions. «Si quelqu'un veut prendre cette job [président de la Caisse] pour faire de l'argent, ce n'est pas une job pour ça», a-t-il dit.


    Avec un actif sous gestion de 140 milliards, «nous parlons d'une des institutions les plus importantes en Amérique du Nord», a dit M. Rousseau. «It's not peanuts», a-t-il répondu à une question en anglais.


    Dans les milieux d'affaires, Henri-Paul Rousseau est considéré comme un chef de la direction compétent, bien qu'on souligne que son expérience n'est pas celle d'un gestionnaire de fonds et de placements. Le rôle premier d'un chef de la direction, c'est de définir les grandes orientations, a-t-il expliqué, vantant la qualité des gestionnaires de portefeuilles et autres spécialistes en finance de la Caisse. «Je n'ai pas à être compétent dans chacun des arbres pour bien gérer la forêt», a-t-il illustré.


    Nommé par un gouvernement souverainiste, M. Rousseau a indiqué qu'il entend demeurer «apolitique» à titre de dirigeant de la Caisse de dépôt, comme il l'a été avec «une réserve extraordinaire» comme président de la Banque Laurentienne. Il ne servira pas un gouvernement mais bien l'État québécois, a-t-il dit.


    M. Rousseau a dit n'avoir obtenu aucune assurance, de la part du Parti libéral du Québec, de garder son poste si d'aventure le parti de Jean Charest prenait le pouvoir. «Comme toute chose fantastique, ça vient avec des risques», a-t-il affirmé. Un changement de gouvernement, c'est un des risques qu'il affronte, comme celui des marchés financiers. «On saute à l'eau ou on ne saute pas, mais je pense que je sais nager.»


    À cet égard, la critique libérale en matière de finance, la députée de Marguerite-Bourgeoys Monique Jérôme-Forget, ne brandit pas la hache de guerre, au contraire. «On n'a pas à la combattre [cette nomination]», a-t-elle dit. «On n'a rien contre Henri-Paul Rousseau, manifestement. C'est un homme qui a de grandes qualités. Je le connais personnellement depuis des années.» Selon elle, Jean Charest, s'il devient premier ministre, ne se comportera pas comme l'avait fait le gouvernement du Parti québécois en remerciant Guy Savard de ses services en 1994.


    À l'automne, la Caisse de dépôt amorcera la revue en profondeur de sa régie d'entreprise, Mme Marois ayant fait sienne cette recommandation de M. Scraire. La vice-première ministre s'est dite d'accord hier avec la suggestion de ce dernier de scinder le poste de président du conseil et de directeur général de la Caisse de dépôt et de limiter son mandat à sept ans. M. Rousseau a déjà accepté ces nouvelles conditions dans la mesure où le président du conseil n'est pas exécutif et où sa fonction est à temps partiel, comme à Hydro-Québec.












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