Les marchés cherchent le fond
Alors que toutes les grandes places boursières de la planète vivaient de nouveau des heures sombres hier, la Maison-Blanche a annoncé la tenue d'un sommet spécial des pays du G20, le 15 novembre. On espère ainsi trouver des pistes de solution afin d'extirper les différentes économies du globe de la grave crise dans laquelle elles s'enlisent. Une décision qui n'a visiblement pas rassuré les marchés financiers, affolés par la multiplication des signes tangibles de récession.
Cette rencontre, acceptée par les États-Unis sous la pression des Européens, devrait permettre de «discuter des causes de la crise financière» et d'«identifier les principes de réformes» pour éviter qu'elle ne se reproduise, selon ce qu'a indiqué une porte-parole du président George W. Bush. Des experts financiers seront aussi chargés de «formuler des recommandations» en vue d'un sommet ultérieur du conclave créé en 1999, après les crises asiatique et russe, sommet qui pourrait être organisé avant la fin du mandat de M. Bush, le 20 janvier.
Le nouvel ordre mondial qui pourrait sortir du sommet, qui se tiendra près de Washington, reste cependant encore flou. L'Union européenne veut une réforme profonde du système actuel, une sorte de Bretton Woods bis, du nom des accords de 1944, qui avaient jeté les bases du système financier actuel. Les Européens proposent une supervision mondiale des marchés, qui serait confiée au Fonds monétaire international. Réticent à l'idée d'une refonte du système, le président Bush a de son côté souligné à plusieurs reprises son attachement aux «fondements du capitalisme démocratique» et à la «liberté des marchés».
Face à la pire crise depuis 1929, Européens et Américains étaient tombés d'accord samedi pour réunir une série de sommets internationaux afin de réfléchir à une refonte du système financier international.
Marchés inquiets
Si cette rencontre extraordinaire du G20 constitue un geste politique majeur, la chose n'a pas empêché la dégringolade boursière de reprendre de plus belle hier, les marchés financiers étant tétanisés par les répercussions de la crise sur les résultats des entreprises et les craintes d'une récession de grande ampleur.
Il est vrai que les mauvaises nouvelles se succèdent. Le géant pharmaceutique américain Merck, dont le bénéfice trimestriel a baissé d'un tiers, a par exemple annoncé la suppression de 7200 postes d'ici à 2011. Le groupe Internet américain Yahoo! a annoncé un bénéfice net divisé par trois pour le troisième trimestre et une réduction d'au moins 10 % de ses effectifs d'ici la fin de l'année. En fait, sur les 90 sociétés américaines qui ont fourni des prévisions de résultats entre lundi et hier, 42 % étaient négatives et seulement 6 % positives, selon un recensement du site d'informations financières Briefing.com.
«Les informations sur les résultats ces deux derniers jours sont plus pessimistes que celles reçues des entreprises qui les ont publiées au début du mois», a constaté Frederic Dickson, de D.A. Davidson. «Les investisseurs reconsidèrent leurs estimations sur la gravité et la durée de la récession, reconnaissant que la crise du crédit a abouti non plus à un ralentissement économique fâcheux mais à quelque chose de bien plus sérieux», a ajouté ce directeur de la stratégie de marché.
Signe de l'inquiétude qui règne, la Bourse de New York a terminé sur une chute hier, le Dow Jones perdant 5,69 % et le Nasdaq 4,77 %. Selon des chiffres définitifs de clôture, le Dow Jones Industrial Average a ainsi cédé 514,45 points, à 8519,21 points, et le Nasdaq, à dominante technologique, 80,93 points, à 1615,75 points. L'indice élargi Standard & Poor's 500 a reculé de 6,10 % (-58,27 points), à 896,78 points, soit son plus bas niveau depuis avril 2003, encore plus bas que les niveaux observés à la mi-octobre.
«Les résultats [des entreprises] ne sont qu'une excuse: le marché craint véritablement une récession et redoute qu'elle soit grave», a analysé Peter Cardillo, d'Avalon Partners. Alors que le dégel du marché du crédit avait redonné un peu confiance lundi, la question de la croissance économique, de son ralentissement et de la possibilité d'une récession est visiblement revenue sur le devant de la scène.
À Toronto, l'indice S&P/TSX a fait une chute de 558,73 points, ou 5,7 %, pour terminer la journée à 9236,88. Cette dégringolade s'ajoute à celle de 456 points subie mardi. L'inquiétude face à une possible récession et la hausse de la valeur du dollar américain ont en outre fait perdre des plumes à la devise canadienne. Le dollar canadien a baissé de 2,69 cents US, à 79,7 cents US, atteignant ainsi son plus bas niveau depuis mai 2005.
Le dollar est perçu comme une devise-denrées, ce qui veut dire que la chute des prix des produits de base causée par la diminution de la demande à l'échelle mondiale — le pétrole brut a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis le record atteint en juillet — constitue un important facteur de la baisse du huard.
Cette chute pourrait toutefois contribuer à protéger le coeur du secteur manufacturier canadien — l'Ontario et le Québec — face aux effets de la récession mondiale. «Ça va aider, mais dans la mesure où la faiblesse du dollar canadien est aussi un symptôme de la piètre croissance économique mondiale, il s'agit davantage d'une protection contre la récession que d'un remède à celle-ci», a estimé Avery Shenfeld, économiste principal chez Marchés mondiaux CIBC.
Un dollar moins élevé ne représente pas la solution à tous les problèmes des fabricants, a cependant ajouté M. Shenfeld. L'économie canadienne est liée de trop près à celle des États-Unis — souffrant des secousses qui continuent d'agiter le secteur financier — pour que le dollar parvienne seul à renverser la vapeur.
Dégringolade généralisée
Ailleurs dans le monde, les Bourses européennes ont aussi plongé en clôture: Paris a perdu 5,01%, Francfort et Londres 4,46 %. Les Bourses asiatiques étaient aussi mal orientées, avec des chutes de 6,79 % à Tokyo, de 5,20 % à Hong Kong et de 3,20 % à Shanghai.
La Bourse de Sao Paulo, première place financière d'Amérique du Sud, a pour sa part suspendu automatiquement ses opérations après une chute de plus de 10 %, dans un marché affolé par les répercussions économiques de la crise financière et les perspectives de récession. Le peso mexicain a en outre clôturé à un nouveau plus bas record historique face au dollar, à 13,74, a indiqué une source bancaire.
Autre indicateur de la crise, l'or noir poursuivait sa chute. Les prix du pétrole ont en effet glissé hier à New York, plombés par les craintes d'un effondrement de la demande mondiale et d'une forte hausse des stocks pétroliers aux États-Unis, à deux jours d'une réunion cruciale de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
Sur le New York Mercantile Exchange, le baril de «light sweet crude» pour livraison en décembre s'est clôturé à 66,75 $, en baisse de 5,43 $ par rapport à la clôture de mardi. Il est tombé en séance à 66,20 $, un niveau qui n'avait pas été vu depuis le 14 juin 2007. En juillet dernier, le même baril se transigeait à 147,50 $. À Londres, le baril de Brent à échéance identique est passé sous les 65 $, touchant 63,96 $, un plus bas niveau depuis le 9 mai 2007.
Les pays membres de l'OPEP «sont inquiets de voir la demande chuter, vu que les États-Unis et l'Europe vont probablement subir une détérioration de l'économie plus profonde qu'attendu», a expliqué Bart Melek, de BMO Capital Markets. Alimentant ces craintes, le rapport hebdomadaire du Département américain à l'Énergie a montré que «la demande s'effondre aux États-Unis», a ajouté l'analyste.
L'Organisation des pays exportateurs de pétrole tient d'ailleurs une réunion d'urgence demain pour tenter d'enrayer la chute des cours, le baril ayant perdu plus de la moitié de sa valeur depuis juillet. Elle devrait décider de réduire nettement sa production pour tenter de mettre un terme à la baisse des prix.
Le marasme économique risque par ailleurs de se transformer en crise sociale. En effet, selon une responsable des Nations unies chargée du programme pour l'habitat, la crise pourrait déclencher des émeutes au sein de la population urbaine grandissante dans le monde, alors que des habitants n'arrivent plus à payer leur loyer.
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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et La Presse canadienne
Cette rencontre, acceptée par les États-Unis sous la pression des Européens, devrait permettre de «discuter des causes de la crise financière» et d'«identifier les principes de réformes» pour éviter qu'elle ne se reproduise, selon ce qu'a indiqué une porte-parole du président George W. Bush. Des experts financiers seront aussi chargés de «formuler des recommandations» en vue d'un sommet ultérieur du conclave créé en 1999, après les crises asiatique et russe, sommet qui pourrait être organisé avant la fin du mandat de M. Bush, le 20 janvier.
Le nouvel ordre mondial qui pourrait sortir du sommet, qui se tiendra près de Washington, reste cependant encore flou. L'Union européenne veut une réforme profonde du système actuel, une sorte de Bretton Woods bis, du nom des accords de 1944, qui avaient jeté les bases du système financier actuel. Les Européens proposent une supervision mondiale des marchés, qui serait confiée au Fonds monétaire international. Réticent à l'idée d'une refonte du système, le président Bush a de son côté souligné à plusieurs reprises son attachement aux «fondements du capitalisme démocratique» et à la «liberté des marchés».
Face à la pire crise depuis 1929, Européens et Américains étaient tombés d'accord samedi pour réunir une série de sommets internationaux afin de réfléchir à une refonte du système financier international.
Marchés inquiets
Si cette rencontre extraordinaire du G20 constitue un geste politique majeur, la chose n'a pas empêché la dégringolade boursière de reprendre de plus belle hier, les marchés financiers étant tétanisés par les répercussions de la crise sur les résultats des entreprises et les craintes d'une récession de grande ampleur.
Il est vrai que les mauvaises nouvelles se succèdent. Le géant pharmaceutique américain Merck, dont le bénéfice trimestriel a baissé d'un tiers, a par exemple annoncé la suppression de 7200 postes d'ici à 2011. Le groupe Internet américain Yahoo! a annoncé un bénéfice net divisé par trois pour le troisième trimestre et une réduction d'au moins 10 % de ses effectifs d'ici la fin de l'année. En fait, sur les 90 sociétés américaines qui ont fourni des prévisions de résultats entre lundi et hier, 42 % étaient négatives et seulement 6 % positives, selon un recensement du site d'informations financières Briefing.com.
«Les informations sur les résultats ces deux derniers jours sont plus pessimistes que celles reçues des entreprises qui les ont publiées au début du mois», a constaté Frederic Dickson, de D.A. Davidson. «Les investisseurs reconsidèrent leurs estimations sur la gravité et la durée de la récession, reconnaissant que la crise du crédit a abouti non plus à un ralentissement économique fâcheux mais à quelque chose de bien plus sérieux», a ajouté ce directeur de la stratégie de marché.
Signe de l'inquiétude qui règne, la Bourse de New York a terminé sur une chute hier, le Dow Jones perdant 5,69 % et le Nasdaq 4,77 %. Selon des chiffres définitifs de clôture, le Dow Jones Industrial Average a ainsi cédé 514,45 points, à 8519,21 points, et le Nasdaq, à dominante technologique, 80,93 points, à 1615,75 points. L'indice élargi Standard & Poor's 500 a reculé de 6,10 % (-58,27 points), à 896,78 points, soit son plus bas niveau depuis avril 2003, encore plus bas que les niveaux observés à la mi-octobre.
«Les résultats [des entreprises] ne sont qu'une excuse: le marché craint véritablement une récession et redoute qu'elle soit grave», a analysé Peter Cardillo, d'Avalon Partners. Alors que le dégel du marché du crédit avait redonné un peu confiance lundi, la question de la croissance économique, de son ralentissement et de la possibilité d'une récession est visiblement revenue sur le devant de la scène.
À Toronto, l'indice S&P/TSX a fait une chute de 558,73 points, ou 5,7 %, pour terminer la journée à 9236,88. Cette dégringolade s'ajoute à celle de 456 points subie mardi. L'inquiétude face à une possible récession et la hausse de la valeur du dollar américain ont en outre fait perdre des plumes à la devise canadienne. Le dollar canadien a baissé de 2,69 cents US, à 79,7 cents US, atteignant ainsi son plus bas niveau depuis mai 2005.
Le dollar est perçu comme une devise-denrées, ce qui veut dire que la chute des prix des produits de base causée par la diminution de la demande à l'échelle mondiale — le pétrole brut a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis le record atteint en juillet — constitue un important facteur de la baisse du huard.
Cette chute pourrait toutefois contribuer à protéger le coeur du secteur manufacturier canadien — l'Ontario et le Québec — face aux effets de la récession mondiale. «Ça va aider, mais dans la mesure où la faiblesse du dollar canadien est aussi un symptôme de la piètre croissance économique mondiale, il s'agit davantage d'une protection contre la récession que d'un remède à celle-ci», a estimé Avery Shenfeld, économiste principal chez Marchés mondiaux CIBC.
Un dollar moins élevé ne représente pas la solution à tous les problèmes des fabricants, a cependant ajouté M. Shenfeld. L'économie canadienne est liée de trop près à celle des États-Unis — souffrant des secousses qui continuent d'agiter le secteur financier — pour que le dollar parvienne seul à renverser la vapeur.
Dégringolade généralisée
Ailleurs dans le monde, les Bourses européennes ont aussi plongé en clôture: Paris a perdu 5,01%, Francfort et Londres 4,46 %. Les Bourses asiatiques étaient aussi mal orientées, avec des chutes de 6,79 % à Tokyo, de 5,20 % à Hong Kong et de 3,20 % à Shanghai.
La Bourse de Sao Paulo, première place financière d'Amérique du Sud, a pour sa part suspendu automatiquement ses opérations après une chute de plus de 10 %, dans un marché affolé par les répercussions économiques de la crise financière et les perspectives de récession. Le peso mexicain a en outre clôturé à un nouveau plus bas record historique face au dollar, à 13,74, a indiqué une source bancaire.
Autre indicateur de la crise, l'or noir poursuivait sa chute. Les prix du pétrole ont en effet glissé hier à New York, plombés par les craintes d'un effondrement de la demande mondiale et d'une forte hausse des stocks pétroliers aux États-Unis, à deux jours d'une réunion cruciale de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
Sur le New York Mercantile Exchange, le baril de «light sweet crude» pour livraison en décembre s'est clôturé à 66,75 $, en baisse de 5,43 $ par rapport à la clôture de mardi. Il est tombé en séance à 66,20 $, un niveau qui n'avait pas été vu depuis le 14 juin 2007. En juillet dernier, le même baril se transigeait à 147,50 $. À Londres, le baril de Brent à échéance identique est passé sous les 65 $, touchant 63,96 $, un plus bas niveau depuis le 9 mai 2007.
Les pays membres de l'OPEP «sont inquiets de voir la demande chuter, vu que les États-Unis et l'Europe vont probablement subir une détérioration de l'économie plus profonde qu'attendu», a expliqué Bart Melek, de BMO Capital Markets. Alimentant ces craintes, le rapport hebdomadaire du Département américain à l'Énergie a montré que «la demande s'effondre aux États-Unis», a ajouté l'analyste.
L'Organisation des pays exportateurs de pétrole tient d'ailleurs une réunion d'urgence demain pour tenter d'enrayer la chute des cours, le baril ayant perdu plus de la moitié de sa valeur depuis juillet. Elle devrait décider de réduire nettement sa production pour tenter de mettre un terme à la baisse des prix.
Le marasme économique risque par ailleurs de se transformer en crise sociale. En effet, selon une responsable des Nations unies chargée du programme pour l'habitat, la crise pourrait déclencher des émeutes au sein de la population urbaine grandissante dans le monde, alors que des habitants n'arrivent plus à payer leur loyer.
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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et La Presse canadienne
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