Croissance «anémique» en vue au Canada
Photo : Agence Reuters
Le huard a clôturé à 82,39 ¢US, un recul de 1,38 ¢ par rapport à un billet vert.
La Banque du Canada prédit une croissance «anémique» au cours des prochains mois au pays et estime que les États-Unis sont d'ores et déjà en récession économique. La banque centrale a procédé à une autre baisse des taux d'intérêt d'un quart de point de pourcentage, hier, afin d'aider l'économie canadienne à traverser cette mauvaise passe, et a laissé entendre que ce ne serait pas la dernière.
L'effet conjugué de la crise financière, du ralentissement économique mondial et de la chute des prix des matières premières a incité l'institution à fortement réviser à la baisse ses prévisions de croissance économique au Canada pour les prochaines années. À la mi-juillet, elle pensait encore que l'année 2008 se conclurait par une modeste augmentation réelle du produit intérieur brut (PIB) de 1 %. Elle espérait que l'économie reprendrait ensuite de la vitesse, avec un taux de croissance de 2,3 % en 2009 et de 3,3 % en 2010. Hier, elle a ramené ces chiffres à 0,6 % pour 2008, 0,6 % pour 2009 et 3,4 % en 2010.
«La Banque s'attend à ce que la croissance soit anémique jusqu'à la fin du premier trimestre de 2009, puis qu'elle s'accélère durant le reste de l'année et dépasse celle du potentiel en 2010, à la faveur de l'amélioration des conditions de crédit, des effets retardés des mesures de politique monétaire et du raffermissement de l'expansion à l'échelle du globe», a-t-elle expliqué par communiqué hier.
Alors que les autorités américaines n'ont toujours pas officiellement établi que leur économie était en récession, la Banque du Canada fait comme si c'était déjà un fait avéré. «L'économie du globe semble se diriger vers une légère récession, provoquée par une économie américaine elle-même déjà en récession», a-t-elle observé hier.
Ces ralentissements de l'économie réelle s'expliquent notamment par une «intensification de la crise financière internationale» qui mène à de «graves tensions sur les marchés financiers» et contribuera «à restreindre la croissance pendant un certain temps», a-t-elle rappelé, tout en admettant faire face à «une plus grande incertitude qu'à l'accoutumée».
Prendre son mal en patience
Tous ces facteurs de ralentissement économique ont, entre autres choses, pour effet d'amener les prix des matières premières exportées par le Canada «à fortement reculer», privant le pays de revenus et contribuant à un ralentissement de la demande intérieure. De plus, le «resserrement considérable» des conditions de crédit par les banques canadiennes «freinera les investissements des entreprises et les investissements dans le secteur du logement». Le bon côté des choses est que la baisse des prix des matières premières contribue aussi à affaiblir le dollar canadien, ce qui devrait aider un peu les autres exportateurs du pays.
La banque centrale canadienne a réitéré sa confiance en l'efficacité des différents plans d'aide annoncés par les gouvernements ces dernières semaines, notamment au G7. «Ces initiatives joueront un rôle prépondérant dans le rétablissement des flux de crédit, lequel concourra à soutenir la croissance économique mondiale. L'économie du Canada et son système financier robuste profiteront directement de ces actions», a assuré l'institution qui analysera la situation plus en profondeur lors de la présentation, demain, d'un nouveau Rapport sur la politique monétaire.
La Banque du Canada a participé à un effort concerté, il y a deux semaines, en réduisant son taux directeur d'un demi-point de pourcentage en même temps que six autres grandes banques centrales. «Le baisse cumulative du taux directeur de la Banque depuis décembre dernier se chiffre maintenant à 225 points de base», a-t-elle rappelé hier après l'annonce de la réduction de son taux cible du financement à un jour de 2,50 % à 2,25 %.
Recule du huard
Les observateurs s'attendent à ce que l'annonce de la Banque du Canada d'hier soit suivie, dans les prochains jours, par l'annonce par Ottawa de nouvelles mesures d'aide aux institutions financières. Concoctées par le ministre des Finances, Jim Flaherty, ces mesures viseraient à aider les banques canadiennes à faire jeu égal avec leurs concurrentes étrangères, elles-mêmes appuyées par leurs gouvernements.
Souvent presque unanimes, les analystes se partageaient hier en une majorité qui prédisait que la Banque du Canada baisserait de 0,50 point de pourcentage, et le reste qui penchait, soit pour une baisse de 0,25 point, soit pour le statu quo.
Habituellement beaucoup plus rapides que cela, les banques canadiennes avaient mis quelques jours, après l'annonce du 8 octobre, avant d'appliquer à leurs taux d'intérêts préférentiels la même baisse que celle du taux directeur de la Banque du Canada. Elles se sont montrées beaucoup plus disciplinées hier en emboîtant presque immédiatement le pas à la banque centrale.
La baisse des taux d'intérêt au Canada a contribué à affaiblir la valeur de sa devise sur les marchés hier. Le huard a clôturé à 82,39 ¢US, un recul de 1,38 ¢ par rapport à un billet vert aussi ragaillardi par les propos encourageants du président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, sur l'efficacité du dernier plan de relance soumis au Congrès.
D'autres baisses des taux d'intérêt en vue
L'un des rares avantages du ralentissement économique est de réduire considérablement les risques d'inflation. La Banque du Canada a dit hier s'attendre maintenant à ce que l'indice des prix à la consommation (IPC) culmine au troisième trimestre de 2008 pour ensuite «glisser sous 1 % au milieu de l'année prochaine, puis retourner à la cible de 2 % d'ici la fin de 2010».
L'institution, dont le mandat principal est justement le contrôle de l'inflation, a fait savoir hier qu'elle n'entendait pas se priver de cette marge de manoeuvre supplémentaire. «À la lumière des nouvelles perspectives, il faudra probablement encore augmenter le degré de détente monétaire», a-t-elle déclaré.
On a rarement vu la banque centrale aussi claire sur ses intentions futures. «Il semble évident que les taux directeurs seront assouplis davantage au cours des prochains mois, a noté hier Martin Lefebvre, économiste principal au Mouvement Desjardins. Nous envisageons au moins deux autres baisses de taux de 25 points de base, soit [aux deux prochaines réunions de la Banque du Canada prévues] en décembre et en janvier».
Cela ramènerait le taux directeur de la Banque à un plancher historique de 2 % déjà en 2002 et 2004, a souligné Michael Gregory, économiste chez BMO Marchés financiers.
«À part la Réserve fédérale américaine, aucune autre banque centrale ne s'est montrée aussi proactive dans la réduction de ses taux directeurs», a observé à son tour l'économiste de la Banque Nationale Groupe Financier, Paul-André Pinsonnault.
***
Avec La Presse canadienne
L'effet conjugué de la crise financière, du ralentissement économique mondial et de la chute des prix des matières premières a incité l'institution à fortement réviser à la baisse ses prévisions de croissance économique au Canada pour les prochaines années. À la mi-juillet, elle pensait encore que l'année 2008 se conclurait par une modeste augmentation réelle du produit intérieur brut (PIB) de 1 %. Elle espérait que l'économie reprendrait ensuite de la vitesse, avec un taux de croissance de 2,3 % en 2009 et de 3,3 % en 2010. Hier, elle a ramené ces chiffres à 0,6 % pour 2008, 0,6 % pour 2009 et 3,4 % en 2010.
«La Banque s'attend à ce que la croissance soit anémique jusqu'à la fin du premier trimestre de 2009, puis qu'elle s'accélère durant le reste de l'année et dépasse celle du potentiel en 2010, à la faveur de l'amélioration des conditions de crédit, des effets retardés des mesures de politique monétaire et du raffermissement de l'expansion à l'échelle du globe», a-t-elle expliqué par communiqué hier.
Alors que les autorités américaines n'ont toujours pas officiellement établi que leur économie était en récession, la Banque du Canada fait comme si c'était déjà un fait avéré. «L'économie du globe semble se diriger vers une légère récession, provoquée par une économie américaine elle-même déjà en récession», a-t-elle observé hier.
Ces ralentissements de l'économie réelle s'expliquent notamment par une «intensification de la crise financière internationale» qui mène à de «graves tensions sur les marchés financiers» et contribuera «à restreindre la croissance pendant un certain temps», a-t-elle rappelé, tout en admettant faire face à «une plus grande incertitude qu'à l'accoutumée».
Prendre son mal en patience
Tous ces facteurs de ralentissement économique ont, entre autres choses, pour effet d'amener les prix des matières premières exportées par le Canada «à fortement reculer», privant le pays de revenus et contribuant à un ralentissement de la demande intérieure. De plus, le «resserrement considérable» des conditions de crédit par les banques canadiennes «freinera les investissements des entreprises et les investissements dans le secteur du logement». Le bon côté des choses est que la baisse des prix des matières premières contribue aussi à affaiblir le dollar canadien, ce qui devrait aider un peu les autres exportateurs du pays.
La banque centrale canadienne a réitéré sa confiance en l'efficacité des différents plans d'aide annoncés par les gouvernements ces dernières semaines, notamment au G7. «Ces initiatives joueront un rôle prépondérant dans le rétablissement des flux de crédit, lequel concourra à soutenir la croissance économique mondiale. L'économie du Canada et son système financier robuste profiteront directement de ces actions», a assuré l'institution qui analysera la situation plus en profondeur lors de la présentation, demain, d'un nouveau Rapport sur la politique monétaire.
La Banque du Canada a participé à un effort concerté, il y a deux semaines, en réduisant son taux directeur d'un demi-point de pourcentage en même temps que six autres grandes banques centrales. «Le baisse cumulative du taux directeur de la Banque depuis décembre dernier se chiffre maintenant à 225 points de base», a-t-elle rappelé hier après l'annonce de la réduction de son taux cible du financement à un jour de 2,50 % à 2,25 %.
Recule du huard
Les observateurs s'attendent à ce que l'annonce de la Banque du Canada d'hier soit suivie, dans les prochains jours, par l'annonce par Ottawa de nouvelles mesures d'aide aux institutions financières. Concoctées par le ministre des Finances, Jim Flaherty, ces mesures viseraient à aider les banques canadiennes à faire jeu égal avec leurs concurrentes étrangères, elles-mêmes appuyées par leurs gouvernements.
Souvent presque unanimes, les analystes se partageaient hier en une majorité qui prédisait que la Banque du Canada baisserait de 0,50 point de pourcentage, et le reste qui penchait, soit pour une baisse de 0,25 point, soit pour le statu quo.
Habituellement beaucoup plus rapides que cela, les banques canadiennes avaient mis quelques jours, après l'annonce du 8 octobre, avant d'appliquer à leurs taux d'intérêts préférentiels la même baisse que celle du taux directeur de la Banque du Canada. Elles se sont montrées beaucoup plus disciplinées hier en emboîtant presque immédiatement le pas à la banque centrale.
La baisse des taux d'intérêt au Canada a contribué à affaiblir la valeur de sa devise sur les marchés hier. Le huard a clôturé à 82,39 ¢US, un recul de 1,38 ¢ par rapport à un billet vert aussi ragaillardi par les propos encourageants du président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, sur l'efficacité du dernier plan de relance soumis au Congrès.
D'autres baisses des taux d'intérêt en vue
L'un des rares avantages du ralentissement économique est de réduire considérablement les risques d'inflation. La Banque du Canada a dit hier s'attendre maintenant à ce que l'indice des prix à la consommation (IPC) culmine au troisième trimestre de 2008 pour ensuite «glisser sous 1 % au milieu de l'année prochaine, puis retourner à la cible de 2 % d'ici la fin de 2010».
L'institution, dont le mandat principal est justement le contrôle de l'inflation, a fait savoir hier qu'elle n'entendait pas se priver de cette marge de manoeuvre supplémentaire. «À la lumière des nouvelles perspectives, il faudra probablement encore augmenter le degré de détente monétaire», a-t-elle déclaré.
On a rarement vu la banque centrale aussi claire sur ses intentions futures. «Il semble évident que les taux directeurs seront assouplis davantage au cours des prochains mois, a noté hier Martin Lefebvre, économiste principal au Mouvement Desjardins. Nous envisageons au moins deux autres baisses de taux de 25 points de base, soit [aux deux prochaines réunions de la Banque du Canada prévues] en décembre et en janvier».
Cela ramènerait le taux directeur de la Banque à un plancher historique de 2 % déjà en 2002 et 2004, a souligné Michael Gregory, économiste chez BMO Marchés financiers.
«À part la Réserve fédérale américaine, aucune autre banque centrale ne s'est montrée aussi proactive dans la réduction de ses taux directeurs», a observé à son tour l'économiste de la Banque Nationale Groupe Financier, Paul-André Pinsonnault.
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Avec La Presse canadienne
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