La faute aux mathématiciens?
15 octobre 2008
Actualités économiques
Photo : Agence France-Presse
Des travailleurs de la City, à Londres. Les «quants», ces as des mathématiques recrutés par les banques, sont aujourd’hui accusés par certains d’avoir perverti les marchés.
Londres — Montrés du doigt depuis le début de la crise, les «quants», ces as des mathématiques, souvent Français, que les banques de la City recrutaient pour modéliser des produits financiers aussi complexes que rentables, se défendent en dénonçant l'avidité de leurs employeurs.
De leur vrai nom «analystes quantitatifs», ces mathématiciens de formation ont eu beaucoup de succès ces dernières années. Les banques, à la recherche de rendements toujours plus élevés pour leurs clients, les recrutaient à prix d'or pour «modéliser le hasard» des marchés et s'assurer des profits croissants. L'une de leurs tâches a été de réduire les risques induits par la transformation des emprunts immobiliers en produits financiers échangeables, ou titrisation, en créant les fameux dérivés de crédit, des instruments désormais accusés de tous les maux.
La faute aux mathématiques? Certains en sont convaincus.
«Aussi sophistiqués soient-ils sur le plan scientifique, ces modèles ne sont utiles que si leurs hypothèses correspondent à la réalité économique», estime Dennis Leech, professeur à l'université de Warwick. «Des problèmes apparaissent quand un certain nombre d'investisseurs présents sur les mêmes marchés, utilisant les mêmes modèles basés sur les mêmes hypothèses, adoptent la même stratégie de couverture, qui ne fonctionne alors plus parce qu'ils vont tous dans le même sens», poursuit-il.
D'autres vont plus loin, accusant les «quants» d'avoir perverti la finance, à l'instar de l'investisseur américain Warren Buffett. Dès 2002, dans la lettre annuelle qu'il adresse à ses actionnaires, il qualifiait les produits dérivés d'«armes de destruction massive, colportant des risques pour l'heure latents, mais potentiellement mortels».
«Ce sont les mathématiciens qui ont tout détruit. Au lieu de regarder par la fenêtre le temps qu'il faisait, ils n'utilisaient que leurs chiffres pour naviguer», polémique aujourd'hui Nassim Nicholas Taleb, autre investisseur en vogue pour avoir anticipé la crise actuelle, présent cette semaine à Londres pour des conférences universitaires.
Mais les spécialistes de la finance quantitative, tout en reconnaissant la limite des modèles en période de turbulences, renvoient la faute aux banquiers. «Il y avait tant d'avidité et de conflits d'intérêts... Les dirigeants des banques ne suivent jamais, sinon rarement, les recommandations des personnes chargées d'évaluer les risques», dénonce Didier Sornette, de l'Institut fédéral suisse de technologie (ETH) de Zurich. «Souvent, les "quants" connaissaient tout ou une partie du problème mais leurs supérieurs n'en tenaient pas compte, soit par ignorance, soit par appât du gain, ce qu'ils appellent "créer de la valeur pour les actionnaires". En réalité, ils poursuivaient leur propre but qui est de s'enrichir rapidement», poursuit-il.
«Avant la crise, mes diplômés me disaient que le degré de complexité atteint par les dérivés de crédit avait dépassé les limites de leurs modèles. Mais dans la plupart des banques, ce ne sont pas les "quants" qui prennent les décisions. Pire, lorsqu'ils mettent le holà, on ne les écoute plus», renchérit Steven Shreve, professeur à l'université Carnegie Mellon de Pittsburgh, dans une tribune publiée la semaine dernière dans le magazine Forbes.
La chasse aux sorcières n'a pas commencé pour autant, selon les cabinets de recrutement. «Les banques et les fonds spéculatifs continuent d'embaucher des "quants"», assure Armstrong International, implanté à Londres. Une chance pour les Français, qui occupent entre 20 % et 40 % de ces postes dans la City selon lui.
De leur vrai nom «analystes quantitatifs», ces mathématiciens de formation ont eu beaucoup de succès ces dernières années. Les banques, à la recherche de rendements toujours plus élevés pour leurs clients, les recrutaient à prix d'or pour «modéliser le hasard» des marchés et s'assurer des profits croissants. L'une de leurs tâches a été de réduire les risques induits par la transformation des emprunts immobiliers en produits financiers échangeables, ou titrisation, en créant les fameux dérivés de crédit, des instruments désormais accusés de tous les maux.
La faute aux mathématiques? Certains en sont convaincus.
«Aussi sophistiqués soient-ils sur le plan scientifique, ces modèles ne sont utiles que si leurs hypothèses correspondent à la réalité économique», estime Dennis Leech, professeur à l'université de Warwick. «Des problèmes apparaissent quand un certain nombre d'investisseurs présents sur les mêmes marchés, utilisant les mêmes modèles basés sur les mêmes hypothèses, adoptent la même stratégie de couverture, qui ne fonctionne alors plus parce qu'ils vont tous dans le même sens», poursuit-il.
D'autres vont plus loin, accusant les «quants» d'avoir perverti la finance, à l'instar de l'investisseur américain Warren Buffett. Dès 2002, dans la lettre annuelle qu'il adresse à ses actionnaires, il qualifiait les produits dérivés d'«armes de destruction massive, colportant des risques pour l'heure latents, mais potentiellement mortels».
«Ce sont les mathématiciens qui ont tout détruit. Au lieu de regarder par la fenêtre le temps qu'il faisait, ils n'utilisaient que leurs chiffres pour naviguer», polémique aujourd'hui Nassim Nicholas Taleb, autre investisseur en vogue pour avoir anticipé la crise actuelle, présent cette semaine à Londres pour des conférences universitaires.
Mais les spécialistes de la finance quantitative, tout en reconnaissant la limite des modèles en période de turbulences, renvoient la faute aux banquiers. «Il y avait tant d'avidité et de conflits d'intérêts... Les dirigeants des banques ne suivent jamais, sinon rarement, les recommandations des personnes chargées d'évaluer les risques», dénonce Didier Sornette, de l'Institut fédéral suisse de technologie (ETH) de Zurich. «Souvent, les "quants" connaissaient tout ou une partie du problème mais leurs supérieurs n'en tenaient pas compte, soit par ignorance, soit par appât du gain, ce qu'ils appellent "créer de la valeur pour les actionnaires". En réalité, ils poursuivaient leur propre but qui est de s'enrichir rapidement», poursuit-il.
«Avant la crise, mes diplômés me disaient que le degré de complexité atteint par les dérivés de crédit avait dépassé les limites de leurs modèles. Mais dans la plupart des banques, ce ne sont pas les "quants" qui prennent les décisions. Pire, lorsqu'ils mettent le holà, on ne les écoute plus», renchérit Steven Shreve, professeur à l'université Carnegie Mellon de Pittsburgh, dans une tribune publiée la semaine dernière dans le magazine Forbes.
La chasse aux sorcières n'a pas commencé pour autant, selon les cabinets de recrutement. «Les banques et les fonds spéculatifs continuent d'embaucher des "quants"», assure Armstrong International, implanté à Londres. Une chance pour les Français, qui occupent entre 20 % et 40 % de ces postes dans la City selon lui.
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