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GM et Ford risquent de se retrouver le dos au mur en 2009

Des problèmes de liquidités et un marché de l'automobile qui continue de se dégrader font craindre le pire

11 octobre 2008  Actualités économiques
New York — Les constructeurs automobiles américains General Motors et Ford risquent de se retrouver le dos au mur en 2009, après avoir consommé toute leur trésorerie, a affirmé jeudi l'agence de notation Standard & Poor's, faisant plonger les deux groupes en Bourse.

Les deux colosses malades de Detroit ont connu un «jeudi noir» à Wall Street, alors même que leurs actions sont déjà au plus bas. Le titre GM a clôturé en repli de 31,1 % à 4,76 $US, tandis que Ford a dégringolé de 21,8 % à 2,08 $US, des niveaux plus vus depuis les années 50.

À ces cours, le numéro un de l'automobile américaine, qui fête cette année son centenaire, ne vaut plus que 2,7 milliards de dollars. Ford, un peu moins mal loti, est valorisé 4,7 milliards de dollars par la Bourse.

Abaissement de la note

Standard and Poor's (S&P) a indiqué qu'elle réfléchissait à un possible abaissement de la note de la dette des deux constructeurs, déjà particulièrement basse à «B-» pour leur dette long terme. Sont également concernées les filiales de crédit automobile des deux groupes, GMAC (détenue à 49 % par GM) et Ford Motor Credit, qui rencontrent d'énormes difficultés depuis que la crise s'est déchaînée.

Cette décision s'est accompagnée de commentaires qui ont glacé le marché. S&P a estimé que GM et Ford «disposaient actuellement d'un niveau de liquidités suffisant pour au moins finir l'année 2008, si l'on prend en compte le niveau de trésorerie et les lignes de crédit disponibles. Toutefois, l'accélération de la détérioration des fondamentaux du secteur va poser un sérieux problème de liquidités en 2009.»

Gregori Volokhine, analyste chez Meeschaert New York, a jugé le coup de semonce de S&P «extrêmement grave», car cela signifie que les constructeurs ne pourront «pratiquement plus avoir accès au marché des capitaux». Pour l'analyste, le marché «se rend compte maintenant que l'État va devoir continuer à sauver tout ce qu'il peut» avec la propagation de la crise financière à l'économie réelle. «Mais on ne peut pas tout sauver».

GM disposait à fin juin de 21 milliards $US de liquidités et de 5 milliards supplémentaires en lignes de crédit, dans lesquelles il a puisé ces dernières semaines. Ses marges de manoeuvre sont serrées: selon S&P, GM va brûler jusqu'à 16 milliards de trésorerie cette année. Pour se donner un peu de marges de manoeuvre, GM a annoncé en juillet des mesures de restructuration supplémentaires, censées permettre de dégager 15 milliards de liquidités d'ici 2009.

Pour sa part, Ford disposait à fin juin de 26,6 milliards de liquidités. Le groupe, qui a par ailleurs annoncé jeudi une augmentation de capital de 500 millions, pourrait voir ce niveau tomber à 10 ou 12 milliards dans les 18 mois qui viennent, selon les calculs d'une autre agence, Fitch.

Quant au vaste prêt de 25 milliards récemment voté par le Congrès pour aider le secteur automobile américain, il ne suffit pas à rassurer le marché. Son déblocage n'a pas encore été décidé, et cette manne serait sans effet sur les notes de Ford et GM, selon S&P.

Ford et GM sont d'autant plus fragilisés aujourd'hui que le marché américain de l'automobile continue de se dégrader.

Jeudi, le cabinet spécialisé JD Power a revu à la baisse son estimation du marché automobile américain en 2008, tablant sur une chute de 16 % des volumes vendus par rapport à 2007: 13,6 millions d'immatriculations neuves cette année, contre 16,1 millions un an plus tôt.
 
 
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