Wall Street s'enfonce dans la crise
Photo : Agence Reuters
Un courtier affichait son découragement hier après-midi à l’extérieur du New York Stock Exchange, à Wall Street, à la suite d’une chute spectaculaire des valeurs boursières.
La Chambre des représentants a rejeté hier après-midi le plan de sauvetage des institutions financières préparé par le gouvernement américain, faisant plonger la Bourse de New York de près de 7 %, pour une perte jamais vue de 777 points, et ajoutant à un drame politico-économique dont on entrevoit de plus en plus difficilement l'issue.
Avant même ce vote, la crise, qui s'étend maintenant à l'Europe, avait fait plonger les indices boursiers des principales places financières de la planète. Ainsi, les titres inscrits à la Bourse de Francfort ont perdu hier plus de 5 % de leur valeur tandis que les indices des Bourses de Londres et de Paris enregistraient des reculs de 5 %. Le bilan était même pire sur plusieurs autres places du Vieux Continent. La Bourse de Toronto a quant à elle clôturé en baisse de 840 points, soit près de 7 % elle aussi.
Aux États-Unis, Wall Street, déjà échaudée par la débâcle de la banque Wachovia, avait ouvert en baisse. L'annonce du rejet du plan de sauvetage des banques est venu précipiter le mouvement baissier, si bien que l'indice Dow Jones a reculé de 777 points, la plus forte baisse de son histoire. Sa pire chute avant celle d'hier s'était chiffrée à 684,81 points. C'était le 17 septembre 2001, dans la foulée des attentats du 11-Septembre. Enfin, l'indice Nasdaq des valeurs technologiques a cédé hier 199 points, soit plus de 9 %.
Malgré les nombreux appels en faveur de son adoption lancés par la Maison-Blanche et par les leaders des partis républicain et démocrate, le projet de loi sur le plan de sauvetage financier a été défait par un vote de 228 contre 205. Ce plan aurait autorisé le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, à acheter les mauvaises créances des banques à même un fonds public de 700 milliards.
Forte opposition
On savait que l’opposition au plan Paulson était forte à la Chambre basse, surtout du côté républicain, mais ce dernier rebondissement a tout de même surpris, car il survenait au lendemain d’une «entente» conclue entre la Maison-Blanche et les principaux leaders des deux partis au Congrès.
La suite des événements semble incertaine. Ce qui est sûr, c’est que l’on fera tout pour qu’un nouveau vote soit tenu le plus vite possible à la Chambre des représentants. À cause de certaines règles de procédures mais aussi du nouvel an juif (Rosh Hashana), qui retient certains parlementaires à la maison aujourd’hui, il est improbable que ce vote ait lieu avant demain.
Si la Chambre des représentants finit par adopter le plan Paulson, le principal obstacle aura probablement été franchi, car son approbation au Sénat apparaît moins problématique aux yeux des divers spécialistes chargés de faire le décompte des intentions de vote des parlementaires. La Chambre haute doit normalement voter avant la fin de la semaine, et il semble même possible qu’elle le fasse avant la Chambre basse, contrairement à l’échéancier prévu initialement.
Appel à une solution bipartite
Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, a affirmé hier que le Congrès continuerait à travailler afin d’obtenir un soutien bipartite au plan d’urgence du gouvernement Bush. «Ce qui s’est passé aujourd’hui ne peut rester dans l’état. Il faut aller de l’avant», a-t-elle déclaré devant les journalistes après le vote.
Le président George W. Bush a, de son côté, indiqué qu’il aurait de nouvelles rencontres avec ses conseillers et avec les chefs de file des deux partis. Déjà, le secrétaire au Trésor s’est rendu à la Maison-Blanche hier après-midi pour s’entretenir avec le président sur «la suite des opérations», selon une porte-parole d’Henry Paulson. Le président doit en outre s’exprimer ce matin sur le plan de sauvetage du système financier américain, a fait savoir la Maison-Blanche.
Plusieurs élus sont réticents à adopter une mesure qui, à un mois des élections générales, peut sembler trop généreuse à l’égard de banquiers jugés cupides et imprudents. (Le tiers des sièges au Sénat et la totalité des sièges à la Chambre des représentants seront en jeu le 4 novembre, en même temps que la présidence.) Certains représentants se situant dans la frange la plus conservatrice du parti républicain ont même vu dans le plan Paulson une dérive «socialiste».
En fait, l’opposition à ce plan est surtout venue des rangs du parti du président George W. Bush. Les deux tiers des membres républicains de la Chambre des représentants ont en effet voté contre hier, tandis que 60 % des élus démocrates de la Chambre basse ont voté en sa faveur.
Les candidats à la présidentielle américaine, le démocrate Barack Obama et le républicain John McCain, ont tous deux exhorté le Congrès à sortir de l’impasse sans tarder.
«Je suis confiant dans le fait que nous allons y arriver. Cela va être un peu agité», a expliqué Barack Obama, ajoutant que les choses n’étaient jamais «faciles» au Congrès. M. Obama a déclaré avoir parlé au téléphone avec Henry Paulson, avec Nancy Pelosi et avec d’autres parlementaires, après le rejet du projet de loi.
John McCain, qui avait suspendu sa campagne la semaine dernière afin de se consacrer (en vain jusqu’à présent) à la résolution de la crise financière, a déclaré hier qu’il veut «ramener tout le monde à la table des négociations».
«J’appelle le Congrès à reprendre tout de suite, évidemment, ses travaux pour résoudre cette crise. Ce n’est pas le moment de s’occuper des coupables, c’est le moment de s’occuper des problèmes», a-t-il dit.
Vif débat
Le débat a été vif à la Chambre des représentants, où les opposants à cette intervention exceptionnelle de l’État dans l’économie rechignaient à signer «un chèque en blanc au Trésor».
«Je suis convaincu que si nous ne votons pas cette loi aujourd’hui, ce sera un très mauvais jour pour le secteur financier, l’économie et le peuple américain», avait averti le président démocrate du comité des Services financiers de la Chambre, Barney Frank.
Dans tout ce débat, les partisans du plan Paulson font valoir que celui-ci était nécessaire pour éviter un effondrement général de l’économie, qui coûterait aux simples citoyens leurs épargnes et leurs investissements.
À la Maison-Blanche, le président George W. Bush avait affirmé hier matin que le plan de son secrétaire au Trésor aiderait à empêcher que la crise financière contamine «l’ensemble de l’économie». Il avait en même temps reconnu que le vote serait «difficile».
Les chefs de file des deux partis dans les deux chambres du Congrès avaient annoncé dimanche matin être parvenus à une entente sur le plan de sauvetage financier, les négociations menées depuis une dizaine de jours ayant eu raison des fortes réticences de plusieurs élus, notamment républicains. Le texte de compromis comportait plusieurs amendements au plan Paulson, notamment en ce qui concerne la rémunération des dirigeants des institutions secourues.
En Europe, plusieurs institutions financières sont à leur tour en difficulté. Le président français, Nicolas Sarkozy, doit réunir ce matin les dirigeants des principales banques et compagnies d’assurances afin de faire le point sur la situation dans ce secteur.
Le chef de l’État français a également annoncé hier qu’une «réunion de préparation» se tiendrait bientôt à Paris en vue de la tenue d’un éventuel sommet sur «la refondation du système financier international». M. Sarkozy avait lancé l’idée d’une telle rencontre devant l’Assemblée générale des Nations unies la semaine dernière.
***
Avec l’Agence France-Presse, Reuters et l’Associated Press
Avant même ce vote, la crise, qui s'étend maintenant à l'Europe, avait fait plonger les indices boursiers des principales places financières de la planète. Ainsi, les titres inscrits à la Bourse de Francfort ont perdu hier plus de 5 % de leur valeur tandis que les indices des Bourses de Londres et de Paris enregistraient des reculs de 5 %. Le bilan était même pire sur plusieurs autres places du Vieux Continent. La Bourse de Toronto a quant à elle clôturé en baisse de 840 points, soit près de 7 % elle aussi.
Aux États-Unis, Wall Street, déjà échaudée par la débâcle de la banque Wachovia, avait ouvert en baisse. L'annonce du rejet du plan de sauvetage des banques est venu précipiter le mouvement baissier, si bien que l'indice Dow Jones a reculé de 777 points, la plus forte baisse de son histoire. Sa pire chute avant celle d'hier s'était chiffrée à 684,81 points. C'était le 17 septembre 2001, dans la foulée des attentats du 11-Septembre. Enfin, l'indice Nasdaq des valeurs technologiques a cédé hier 199 points, soit plus de 9 %.
Malgré les nombreux appels en faveur de son adoption lancés par la Maison-Blanche et par les leaders des partis républicain et démocrate, le projet de loi sur le plan de sauvetage financier a été défait par un vote de 228 contre 205. Ce plan aurait autorisé le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, à acheter les mauvaises créances des banques à même un fonds public de 700 milliards.
Forte opposition
On savait que l’opposition au plan Paulson était forte à la Chambre basse, surtout du côté républicain, mais ce dernier rebondissement a tout de même surpris, car il survenait au lendemain d’une «entente» conclue entre la Maison-Blanche et les principaux leaders des deux partis au Congrès.
La suite des événements semble incertaine. Ce qui est sûr, c’est que l’on fera tout pour qu’un nouveau vote soit tenu le plus vite possible à la Chambre des représentants. À cause de certaines règles de procédures mais aussi du nouvel an juif (Rosh Hashana), qui retient certains parlementaires à la maison aujourd’hui, il est improbable que ce vote ait lieu avant demain.
Si la Chambre des représentants finit par adopter le plan Paulson, le principal obstacle aura probablement été franchi, car son approbation au Sénat apparaît moins problématique aux yeux des divers spécialistes chargés de faire le décompte des intentions de vote des parlementaires. La Chambre haute doit normalement voter avant la fin de la semaine, et il semble même possible qu’elle le fasse avant la Chambre basse, contrairement à l’échéancier prévu initialement.
Appel à une solution bipartite
Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, a affirmé hier que le Congrès continuerait à travailler afin d’obtenir un soutien bipartite au plan d’urgence du gouvernement Bush. «Ce qui s’est passé aujourd’hui ne peut rester dans l’état. Il faut aller de l’avant», a-t-elle déclaré devant les journalistes après le vote.
Le président George W. Bush a, de son côté, indiqué qu’il aurait de nouvelles rencontres avec ses conseillers et avec les chefs de file des deux partis. Déjà, le secrétaire au Trésor s’est rendu à la Maison-Blanche hier après-midi pour s’entretenir avec le président sur «la suite des opérations», selon une porte-parole d’Henry Paulson. Le président doit en outre s’exprimer ce matin sur le plan de sauvetage du système financier américain, a fait savoir la Maison-Blanche.
Plusieurs élus sont réticents à adopter une mesure qui, à un mois des élections générales, peut sembler trop généreuse à l’égard de banquiers jugés cupides et imprudents. (Le tiers des sièges au Sénat et la totalité des sièges à la Chambre des représentants seront en jeu le 4 novembre, en même temps que la présidence.) Certains représentants se situant dans la frange la plus conservatrice du parti républicain ont même vu dans le plan Paulson une dérive «socialiste».
En fait, l’opposition à ce plan est surtout venue des rangs du parti du président George W. Bush. Les deux tiers des membres républicains de la Chambre des représentants ont en effet voté contre hier, tandis que 60 % des élus démocrates de la Chambre basse ont voté en sa faveur.
Les candidats à la présidentielle américaine, le démocrate Barack Obama et le républicain John McCain, ont tous deux exhorté le Congrès à sortir de l’impasse sans tarder.
«Je suis confiant dans le fait que nous allons y arriver. Cela va être un peu agité», a expliqué Barack Obama, ajoutant que les choses n’étaient jamais «faciles» au Congrès. M. Obama a déclaré avoir parlé au téléphone avec Henry Paulson, avec Nancy Pelosi et avec d’autres parlementaires, après le rejet du projet de loi.
John McCain, qui avait suspendu sa campagne la semaine dernière afin de se consacrer (en vain jusqu’à présent) à la résolution de la crise financière, a déclaré hier qu’il veut «ramener tout le monde à la table des négociations».
«J’appelle le Congrès à reprendre tout de suite, évidemment, ses travaux pour résoudre cette crise. Ce n’est pas le moment de s’occuper des coupables, c’est le moment de s’occuper des problèmes», a-t-il dit.
Vif débat
Le débat a été vif à la Chambre des représentants, où les opposants à cette intervention exceptionnelle de l’État dans l’économie rechignaient à signer «un chèque en blanc au Trésor».
«Je suis convaincu que si nous ne votons pas cette loi aujourd’hui, ce sera un très mauvais jour pour le secteur financier, l’économie et le peuple américain», avait averti le président démocrate du comité des Services financiers de la Chambre, Barney Frank.
Dans tout ce débat, les partisans du plan Paulson font valoir que celui-ci était nécessaire pour éviter un effondrement général de l’économie, qui coûterait aux simples citoyens leurs épargnes et leurs investissements.
À la Maison-Blanche, le président George W. Bush avait affirmé hier matin que le plan de son secrétaire au Trésor aiderait à empêcher que la crise financière contamine «l’ensemble de l’économie». Il avait en même temps reconnu que le vote serait «difficile».
Les chefs de file des deux partis dans les deux chambres du Congrès avaient annoncé dimanche matin être parvenus à une entente sur le plan de sauvetage financier, les négociations menées depuis une dizaine de jours ayant eu raison des fortes réticences de plusieurs élus, notamment républicains. Le texte de compromis comportait plusieurs amendements au plan Paulson, notamment en ce qui concerne la rémunération des dirigeants des institutions secourues.
En Europe, plusieurs institutions financières sont à leur tour en difficulté. Le président français, Nicolas Sarkozy, doit réunir ce matin les dirigeants des principales banques et compagnies d’assurances afin de faire le point sur la situation dans ce secteur.
Le chef de l’État français a également annoncé hier qu’une «réunion de préparation» se tiendrait bientôt à Paris en vue de la tenue d’un éventuel sommet sur «la refondation du système financier international». M. Sarkozy avait lancé l’idée d’une telle rencontre devant l’Assemblée générale des Nations unies la semaine dernière.
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Avec l’Agence France-Presse, Reuters et l’Associated Press
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