Opération de sauvetage de Wall Street - Démocrates et républicains s'entendent
L'administration Bush et les chefs de file du Congrès, à la fois républicains et démocrates, sont finalement arrivés à un accord hier sur le plus grand plan de sauvetage économique depuis la Grande Dépression des années 30.
La nouvelle version du plan de 700 milliards de dollars américains visant à freiner la crise financière qui secoue Wall Street depuis des mois doit encore être entérinée par les deux chambres du Congrès. Elle prévoit notamment: un meilleur contrôle par les élus de sa mise en application, de nouveaux mécanismes visant à assurer le remboursement de l'argent public engagé, de nouvelles dispositions pour contenir le nombre de maisons saisies pour défaut de paiement, ainsi qu'un droit de regard sur les salaires versés aux dirigeants des entreprises secourues.
Le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le représentant républicain à la table de négociations, le sénateur Judd Gregg, ont annoncé la bonne nouvelle quelques minutes après minuit, hier, au terme d'un marathon de négociations de deux jours. «Nous avons réalisé de grands progrès en vue d'une entente qui sera efficace sur les marchés», a déclaré le représentant de l'administration Bush, Henry Paulson. «Tout a été fait de manière à mettre à l'abri l'économie réelle et les Américains ordinaires de la crise en cours à Wall Street», a expliqué la démocrate. «C'est le point fondamental: si nous ne faisons pas cela, le traumatisme, le chaos et les perturbations sur la vie quotidienne des Américains seront immenses», a déclaré le républicain Judd Gregg.
Les négociations avaient tourné au sprint dans les dernières heures par crainte de l'effet que provoquerait un nouvel échec sur l'humeur des investisseurs. L'heure limite que l'on s'était accordée était l'ouverture des marchés ce matin.
Associés tardivement aux négociations, les deux candidats à l'élection présidentielle américaine se sont montrés plutôt favorables à l'entente, sans manquer cependant d'exprimer leur mécontentement que l'on soit obligé d'en arriver à cette extrémité.
Le sénateur démocrate Barack Obama s'est attribué l'ajout de certaines dispositions à l'entente, notamment celle visant à permettre aux propriétaires de conserver leur domicile et celle sur le salaire des dirigeants des entreprises rescapées par l'État. «Quand on demande aux contribuables de prendre des mesures extraordinaires à cause de l'irresponsabilité de certains, il n'y a pas de quoi se féliciter. Mais ces mesures sont nécessaires», a-t-il commenté sur les ondes de la télévision américaine.
Interrogé sur une autre chaîne pour savoir s'il voterait pour le plan proposé, son adversaire républicain, John McCain, a répondu: «J'aimerais voir les détails, mais j'espère que oui.» «Les grandes lignes que j'ai lues [montrent] que c'est quelque chose que nous allons tous devoir digérer et avec laquelle nous allons pouvoir avancer. L'option de ne rien faire n'est tout simplement pas acceptable», a-t-il dit.
Le plan de 700 milliards vise à racheter avec l'argent des contribuables les créances douteuses, actifs à risques et invendables des institutions financières américaines. Il arrive après 14 mois d'une crise déclenchée par l'éclatement d'une bulle immobilière qui a d'abord mené à l'effondrement des crédits hypothécaires à risque (subprimes) avant de s'étendre à d'autres formes plus répandues de titres de crédit (PCAA) et de déboucher sur un gel des liquidités et sur la débandade des banques et des institutions financières.
C'est un groupe d'élus républicains qui avait fait capoter le premier projet d'entente, la semaine dernière. On croit être sortis de cette impasse depuis que les démocrates ont accepté que certains actifs «toxiques» des compagnies en difficulté soient seulement assurés par le gouvernement, plutôt qu'achetés. Afin d'arrondir les angles pour tout le monde au Congrès, on a aussi ajouté une disposition stipulant que si le gouvernement devait assumer des pertes pendant cinq ans avec ce programme, il pourrait mettre en place de nouvelles taxes visant à l'aider à récupérer sa mise.
Le nouveau plan prévoit le versement d'une première tranche de 250 milliards à laquelle pourront s'ajouter 100 autres milliards si le président le juge nécessaire. Le versement de 350 autres milliards devrait être entériné par un autre vote du Congrès. En échange de son aide, Washington obtiendra des participations dans les entreprises secourues qui lui vaudront des dividendes en cas de profit et qu'il pourra revendre quand la tourmente sera passée. Le gouvernement fédéral aura la possibilité de retarder les procédures de saisies concernant les logements attachés aux prêts immobiliers concernés par ce plan, ainsi que de fixer des limites à la rémunération et aux indemnités de départ versées aux dirigeants des entreprises touchées.
Les architectes du plan voudraient le voir soumis au vote de la Chambre des représentants dès aujourd'hui, et à celui du Sénat mercredi. Malgré tous leurs efforts, il n'est pas encore certain que leur plan aura le feu vert.
Des voix ont en effet continué de s'élever hier contre ce projet, tant dans le camp républicain que démocrate. «De toute évidence, Washington ne vous entend pas», a déclaré à l'adresse de ses électeurs le républicain Scott Garrett, membre de la commission des finances de la Chambre. «Oui, nous avons un grave problème financier. Oui, il y a des solutions. Mais pas celle qui consiste à profiter des contribuables». Animateur d'un petit groupe au Congrès surnommé «le caucus des sceptiques», le représentant démocrate Brad Sherman présente les choses autrement, mais arrive à la même conclusion. «Quatre cents éminents professeurs d'économie, dont trois Prix Nobel, nous ont écrit pour nous dire: on demande au Congrès de ne pas se presser et d'examiner attentivement la voie à prendre», a-t-il déclaré hier.
Crise en Europe
Au même moment, en Europe, on avait une nouvelle fois la preuve de la nature mondiale de la crise. Au terme d'une réunion d'urgence, les trois pays du Bénélux ont annoncé la nationalisation partielle du groupe bancaire Fortis pour 11,2 milliards d'euros (16,3 milliards US). L'intervention des gouvernements de la Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg avait été rendue nécessaire après que la banque française BNP Paribas a fait savoir qu'elle renonçait à acquérir sa concurrente en plein naufrage depuis qu'elle a perdu 2 milliards d'euros (2,9 milliards US) dans la crise des prêts immobiliers à risque aux États-Unis. Fortis emploie 85 000 personnes et fait partie des vingt plus grandes banques européennes et des dix plus grands assureurs.
«Ce n'est pas de l'argent perdu, a déclaré hier le ministre néerlandais des Finances, Wouter Bos. En échange, on récupère un droit de vote dans la banque et de l'influence. C'est justement quelque chose que les épargnants et les ménages apprécient maintenant que les temps s'annoncent incertains.»
Pendant ce temps, de l'autre côté de la Manche, le gouvernement britannique semblait en voie de nationaliser une autre banque malmenée par la crise financière. Selon la presse anglaise, le gouvernement reprendrait à son compte l'ensemble des prêts en cours chez la banque Bradford and Bringley, dont plus de 41 milliards (75,5 milliards US) de prêts immobiliers. La banque espagnole Santander a fait savoir hier que c'est elle qui achèterait les succursales et les comptes clients de la banque britannique. La Bradford and Bringley serait la deuxième banque, après la Northern Rock, que le gouvernement britannique devrait nationaliser depuis le début de cette crise financière.
***
Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et le New York Times
La nouvelle version du plan de 700 milliards de dollars américains visant à freiner la crise financière qui secoue Wall Street depuis des mois doit encore être entérinée par les deux chambres du Congrès. Elle prévoit notamment: un meilleur contrôle par les élus de sa mise en application, de nouveaux mécanismes visant à assurer le remboursement de l'argent public engagé, de nouvelles dispositions pour contenir le nombre de maisons saisies pour défaut de paiement, ainsi qu'un droit de regard sur les salaires versés aux dirigeants des entreprises secourues.
Le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le représentant républicain à la table de négociations, le sénateur Judd Gregg, ont annoncé la bonne nouvelle quelques minutes après minuit, hier, au terme d'un marathon de négociations de deux jours. «Nous avons réalisé de grands progrès en vue d'une entente qui sera efficace sur les marchés», a déclaré le représentant de l'administration Bush, Henry Paulson. «Tout a été fait de manière à mettre à l'abri l'économie réelle et les Américains ordinaires de la crise en cours à Wall Street», a expliqué la démocrate. «C'est le point fondamental: si nous ne faisons pas cela, le traumatisme, le chaos et les perturbations sur la vie quotidienne des Américains seront immenses», a déclaré le républicain Judd Gregg.
Les négociations avaient tourné au sprint dans les dernières heures par crainte de l'effet que provoquerait un nouvel échec sur l'humeur des investisseurs. L'heure limite que l'on s'était accordée était l'ouverture des marchés ce matin.
Associés tardivement aux négociations, les deux candidats à l'élection présidentielle américaine se sont montrés plutôt favorables à l'entente, sans manquer cependant d'exprimer leur mécontentement que l'on soit obligé d'en arriver à cette extrémité.
Le sénateur démocrate Barack Obama s'est attribué l'ajout de certaines dispositions à l'entente, notamment celle visant à permettre aux propriétaires de conserver leur domicile et celle sur le salaire des dirigeants des entreprises rescapées par l'État. «Quand on demande aux contribuables de prendre des mesures extraordinaires à cause de l'irresponsabilité de certains, il n'y a pas de quoi se féliciter. Mais ces mesures sont nécessaires», a-t-il commenté sur les ondes de la télévision américaine.
Interrogé sur une autre chaîne pour savoir s'il voterait pour le plan proposé, son adversaire républicain, John McCain, a répondu: «J'aimerais voir les détails, mais j'espère que oui.» «Les grandes lignes que j'ai lues [montrent] que c'est quelque chose que nous allons tous devoir digérer et avec laquelle nous allons pouvoir avancer. L'option de ne rien faire n'est tout simplement pas acceptable», a-t-il dit.
Le plan de 700 milliards vise à racheter avec l'argent des contribuables les créances douteuses, actifs à risques et invendables des institutions financières américaines. Il arrive après 14 mois d'une crise déclenchée par l'éclatement d'une bulle immobilière qui a d'abord mené à l'effondrement des crédits hypothécaires à risque (subprimes) avant de s'étendre à d'autres formes plus répandues de titres de crédit (PCAA) et de déboucher sur un gel des liquidités et sur la débandade des banques et des institutions financières.
C'est un groupe d'élus républicains qui avait fait capoter le premier projet d'entente, la semaine dernière. On croit être sortis de cette impasse depuis que les démocrates ont accepté que certains actifs «toxiques» des compagnies en difficulté soient seulement assurés par le gouvernement, plutôt qu'achetés. Afin d'arrondir les angles pour tout le monde au Congrès, on a aussi ajouté une disposition stipulant que si le gouvernement devait assumer des pertes pendant cinq ans avec ce programme, il pourrait mettre en place de nouvelles taxes visant à l'aider à récupérer sa mise.
Le nouveau plan prévoit le versement d'une première tranche de 250 milliards à laquelle pourront s'ajouter 100 autres milliards si le président le juge nécessaire. Le versement de 350 autres milliards devrait être entériné par un autre vote du Congrès. En échange de son aide, Washington obtiendra des participations dans les entreprises secourues qui lui vaudront des dividendes en cas de profit et qu'il pourra revendre quand la tourmente sera passée. Le gouvernement fédéral aura la possibilité de retarder les procédures de saisies concernant les logements attachés aux prêts immobiliers concernés par ce plan, ainsi que de fixer des limites à la rémunération et aux indemnités de départ versées aux dirigeants des entreprises touchées.
Les architectes du plan voudraient le voir soumis au vote de la Chambre des représentants dès aujourd'hui, et à celui du Sénat mercredi. Malgré tous leurs efforts, il n'est pas encore certain que leur plan aura le feu vert.
Des voix ont en effet continué de s'élever hier contre ce projet, tant dans le camp républicain que démocrate. «De toute évidence, Washington ne vous entend pas», a déclaré à l'adresse de ses électeurs le républicain Scott Garrett, membre de la commission des finances de la Chambre. «Oui, nous avons un grave problème financier. Oui, il y a des solutions. Mais pas celle qui consiste à profiter des contribuables». Animateur d'un petit groupe au Congrès surnommé «le caucus des sceptiques», le représentant démocrate Brad Sherman présente les choses autrement, mais arrive à la même conclusion. «Quatre cents éminents professeurs d'économie, dont trois Prix Nobel, nous ont écrit pour nous dire: on demande au Congrès de ne pas se presser et d'examiner attentivement la voie à prendre», a-t-il déclaré hier.
Crise en Europe
Au même moment, en Europe, on avait une nouvelle fois la preuve de la nature mondiale de la crise. Au terme d'une réunion d'urgence, les trois pays du Bénélux ont annoncé la nationalisation partielle du groupe bancaire Fortis pour 11,2 milliards d'euros (16,3 milliards US). L'intervention des gouvernements de la Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg avait été rendue nécessaire après que la banque française BNP Paribas a fait savoir qu'elle renonçait à acquérir sa concurrente en plein naufrage depuis qu'elle a perdu 2 milliards d'euros (2,9 milliards US) dans la crise des prêts immobiliers à risque aux États-Unis. Fortis emploie 85 000 personnes et fait partie des vingt plus grandes banques européennes et des dix plus grands assureurs.
«Ce n'est pas de l'argent perdu, a déclaré hier le ministre néerlandais des Finances, Wouter Bos. En échange, on récupère un droit de vote dans la banque et de l'influence. C'est justement quelque chose que les épargnants et les ménages apprécient maintenant que les temps s'annoncent incertains.»
Pendant ce temps, de l'autre côté de la Manche, le gouvernement britannique semblait en voie de nationaliser une autre banque malmenée par la crise financière. Selon la presse anglaise, le gouvernement reprendrait à son compte l'ensemble des prêts en cours chez la banque Bradford and Bringley, dont plus de 41 milliards (75,5 milliards US) de prêts immobiliers. La banque espagnole Santander a fait savoir hier que c'est elle qui achèterait les succursales et les comptes clients de la banque britannique. La Bradford and Bringley serait la deuxième banque, après la Northern Rock, que le gouvernement britannique devrait nationaliser depuis le début de cette crise financière.
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Avec l'Agence France-Presse, Associated Press et le New York Times
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