Le premier commandement
La Haye — Je ne suis pas économiste, ni conseiller financier, ni courtier, mais je ne suis pas idiot. Je me rends bien compte que les économistes, les conseillers en investissements, les courtiers nous ont menés en bateau, nous ont chanté la sérénade pour accumuler des commissions, protéger leur emploi et parfois simplement pour nous voler notre argent. Deux chansons comme des refrains qui nous ont bercés durant les 20 dernières années: libérer les forces du marché et laisser le marché fonctionner. Le marché possède une sorte de point d'équilibre et puisque la loi de l'offre et de la demande est le premier commandement de Dieu, la prospérité ne peut que suivre. Bien sûr, nous pouvons traverser des périodes de stagnation, des tempêtes, mais le capitalisme, le marché, possèdent selon ces gens une sorte d'immunité contre la maladie mortelle, contre la crise d'angine ou le choléra.
Pourtant aujourd'hui ces gens nous ont menés au choléra et à la crise d'angine et ils prient les gouvernements d'éviter la maladie mortelle. Les gouvernements, les régulateurs, les banques centrales, ces empêcheurs de tourner en rond du capitalisme. Ces obstacles à la croissance et à l'innovation. Ces organisations d'un autre siècle, avant les fonds communs, les fonds souverains, les achats à terme, les «subprimes» les options, les «futures», avant les investisseurs institutionnels, avant les corbeilles de produits financiers, ces gouvernements qui ne comprennent rien à la logique du capitalisme, qui est le profit maximal.
Hier, on pariait sur la performance d'une entreprise qui fabriquait des réfrigérateurs ou des avions, qui tissait des draps ou inventait de nouveaux produits. On posait sa mise sur un tapis réel: de vraies entreprises, de vrais produits. Il existait un rapport entre la réalité économique et la Bourse.
Aujourd'hui, ce rapport n'existe plus. Le marché boursier insatiable, les banques toutes puissantes, les fonds communs, les Caisses de dépôt demandaient plus de rendement.
Le marché est devenu monétaire et de plus en plus virtuel. La Bourse inventait de nouveaux produits, des produits qui n'existent pas, des créations de l'esprit. Le prix du pétrole dans 60 jours combiné avec celui du riz dans 30 jours et le rendement des prêts hypothécaires américains ou polonais, tout cela couplé à l'appréciation de l'euro ou à la possibilité d'un ouragan dans le golfe du Mexique.
Un peu partout dans le monde on observe sans sourciller cette transformation de l'économie d'investissement en économie de spéculation, ce passage du solide à l'illusoire. Mais nulle part ailleurs plus qu'aux États Unis, pays devenu le paradis absolu du laisser-faire et surtout du laisser gagner les petits et les gros malins qui peuvent engranger des dollars. Il y a huit ans, c'est la croissance, le chômage est au plus bas. Les gens n'ont pas de grands revenus, mais ils en perçoivent. Achetez des maisons, c'est le temps! Et la petite classe moyenne se précipite vers les prêteurs hypothécaires, les banques, les compagnies d'assurances qui donnent dans tout. Les analystes de la Réserve fédérale savent bien que les taux outrageusement bas que les prêteurs proposent ne tiendront pas la route, que les versements en remboursement vont exploser à un certain moment. Mais, personne ne dit mot.
Les prêteurs offrent leurs créances à des banques avec des promesses de rendement exceptionnel. On spécule sur des hypothèques de gens insolvables, on se les échange, on crée des obligations appuyées par ces créances. Nous sommes dans le domaine de la folie absolue. Pour faire un peu de profit à court terme, pour satisfaire les actionnaires, on vend des produits dont on sait qu'ils vont exploser dans quelques années. La pensée du prédateur, c'est qu'à ce moment il trouvera bien autre chose à vendre pour voler les pauvres cons de la planète. Pendant ce temps, le gouvernement américain ne fait rien et des banques cupides achètent des créances en espérant faire le bonheur de leurs actionnaires avides. Et puis tout à coup, paf! Le papier n'est que fumée. Il n'existe rien derrière ces entreprises milliardaires, juste une spéculation erronée.
Dans les derniers jours, le gouvernement américain a injecté 300 milliards dans le système financier américain. Les banques centrales de l'Union européenne, de la Grande-Bretagne, du Japon et du Canada ont fourni aux capitalistes mondiaux environ la même somme.
Ces immenses sommes d'argent ne sont pas consacrées à un meilleur développement de l'économie, à la création d'emplois ou d'entreprises. Non, elles veulent assurer la stabilité de l'équilibre financier mondial.
Je ne suis pas économiste, mais je sais que sauver Fanny Mae, Freddie Mac et AIG ne crée pas un seul emploi. Cela perpétue l'ordre dominant, celui de la spéculation et de la prédation financière.
Le paradoxe, dans toute cette triste débâcle, c'est qu'elle est due à la cupidité d'entreprises privées que le gouvernement américain a nationalisées pour maintenir l'Amérique en vie. Quel incroyable paysage dont personne ne parle aux États Unis: la nécessité absolue d'un gouvernement pour sauver le pays. Ce pays qui dénonce toutes les nationalisations dans le monde comme étant des aberrations socialistes ou communistes vient, parce qu'il n'a pas fait son travail de gouvernement, de nationaliser littéralement trois des plus grandes entreprises du pays.
Pourtant aujourd'hui ces gens nous ont menés au choléra et à la crise d'angine et ils prient les gouvernements d'éviter la maladie mortelle. Les gouvernements, les régulateurs, les banques centrales, ces empêcheurs de tourner en rond du capitalisme. Ces obstacles à la croissance et à l'innovation. Ces organisations d'un autre siècle, avant les fonds communs, les fonds souverains, les achats à terme, les «subprimes» les options, les «futures», avant les investisseurs institutionnels, avant les corbeilles de produits financiers, ces gouvernements qui ne comprennent rien à la logique du capitalisme, qui est le profit maximal.
Hier, on pariait sur la performance d'une entreprise qui fabriquait des réfrigérateurs ou des avions, qui tissait des draps ou inventait de nouveaux produits. On posait sa mise sur un tapis réel: de vraies entreprises, de vrais produits. Il existait un rapport entre la réalité économique et la Bourse.
Aujourd'hui, ce rapport n'existe plus. Le marché boursier insatiable, les banques toutes puissantes, les fonds communs, les Caisses de dépôt demandaient plus de rendement.
Le marché est devenu monétaire et de plus en plus virtuel. La Bourse inventait de nouveaux produits, des produits qui n'existent pas, des créations de l'esprit. Le prix du pétrole dans 60 jours combiné avec celui du riz dans 30 jours et le rendement des prêts hypothécaires américains ou polonais, tout cela couplé à l'appréciation de l'euro ou à la possibilité d'un ouragan dans le golfe du Mexique.
Un peu partout dans le monde on observe sans sourciller cette transformation de l'économie d'investissement en économie de spéculation, ce passage du solide à l'illusoire. Mais nulle part ailleurs plus qu'aux États Unis, pays devenu le paradis absolu du laisser-faire et surtout du laisser gagner les petits et les gros malins qui peuvent engranger des dollars. Il y a huit ans, c'est la croissance, le chômage est au plus bas. Les gens n'ont pas de grands revenus, mais ils en perçoivent. Achetez des maisons, c'est le temps! Et la petite classe moyenne se précipite vers les prêteurs hypothécaires, les banques, les compagnies d'assurances qui donnent dans tout. Les analystes de la Réserve fédérale savent bien que les taux outrageusement bas que les prêteurs proposent ne tiendront pas la route, que les versements en remboursement vont exploser à un certain moment. Mais, personne ne dit mot.
Les prêteurs offrent leurs créances à des banques avec des promesses de rendement exceptionnel. On spécule sur des hypothèques de gens insolvables, on se les échange, on crée des obligations appuyées par ces créances. Nous sommes dans le domaine de la folie absolue. Pour faire un peu de profit à court terme, pour satisfaire les actionnaires, on vend des produits dont on sait qu'ils vont exploser dans quelques années. La pensée du prédateur, c'est qu'à ce moment il trouvera bien autre chose à vendre pour voler les pauvres cons de la planète. Pendant ce temps, le gouvernement américain ne fait rien et des banques cupides achètent des créances en espérant faire le bonheur de leurs actionnaires avides. Et puis tout à coup, paf! Le papier n'est que fumée. Il n'existe rien derrière ces entreprises milliardaires, juste une spéculation erronée.
Dans les derniers jours, le gouvernement américain a injecté 300 milliards dans le système financier américain. Les banques centrales de l'Union européenne, de la Grande-Bretagne, du Japon et du Canada ont fourni aux capitalistes mondiaux environ la même somme.
Ces immenses sommes d'argent ne sont pas consacrées à un meilleur développement de l'économie, à la création d'emplois ou d'entreprises. Non, elles veulent assurer la stabilité de l'équilibre financier mondial.
Je ne suis pas économiste, mais je sais que sauver Fanny Mae, Freddie Mac et AIG ne crée pas un seul emploi. Cela perpétue l'ordre dominant, celui de la spéculation et de la prédation financière.
Le paradoxe, dans toute cette triste débâcle, c'est qu'elle est due à la cupidité d'entreprises privées que le gouvernement américain a nationalisées pour maintenir l'Amérique en vie. Quel incroyable paysage dont personne ne parle aux États Unis: la nécessité absolue d'un gouvernement pour sauver le pays. Ce pays qui dénonce toutes les nationalisations dans le monde comme étant des aberrations socialistes ou communistes vient, parce qu'il n'a pas fait son travail de gouvernement, de nationaliser littéralement trois des plus grandes entreprises du pays.
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