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Crise financière états-unienne - Washington prépare un plan de sauvetage

La préparation par Washington d'un plan de sauvetage du secteur financier américain, qui devra obtenir l'approbation du Congrès, a semblé calmer un peu les investisseurs hier. La Bourse de New York a en effet clôturé en hausse, au terme d'une journée où les banques centrales mondiales et le Trésor américain ont annoncé une nouvelle pluie de milliards pour tenter de redresser la situation. Sortant de son mutisme, le président George W. Bush s'est dit inquiet, avant d'assurer qu'il prendrait les mesures pour rétablir la stabilité sur les marchés.

Bonne nouvelle sur fond de grisaille persistante, le secrétaire d'État américain au Trésor, Henry Paulson, a élaboré avec des membres du Congrès un projet visant à créer une entité qui reprendrait les mauvaises dettes, dans l'espoir de mettre fin à la pire crise financière depuis des décennies, qui a déjà mis à terre plusieurs maisons prestigieuses de Wall Street.

Une rencontre était aussi prévue hier soir, selon les informations disponibles au moment de mettre sous presse. Le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, devait y prendre part.

Le plan discuté «est une version revue et corrigée de la Resolution Trust Corporation, qui avait été utilisée après la crise des S&L», a déclaré un conseiller d'un membre du Congrès sous couvert d'anonymat, en référence au mécanisme utilisé dans les années 1980 pour sortir de la débâcle provoquée par des pertes sans précédent des S&L, des institutions financières spécialisées dans les dépôts et les prêts hypothécaires, à la suite d'une crise immobilière.

Ce conseiller a souligné qu'un tel plan éviterait de venir au secours d'une entreprise particulière puisqu'elle permettrait en principe de résoudre les problèmes de l'ensemble du secteur. Il a également renvoyé à un texte paru mercredi dans le Wall Street Journal et signé par Paul Volcker, ancien président de la Fed, Nicholas Brady, ancien secrétaire d'État au Trésor, et Eugène Ludwig, ancien contrôleur des changes. Ils y faisaient valoir que la création d'une entité qui rachèterait des mauvaises créances adossées à des crédits immobiliers à risque permettrait de remettre en marche les marchés du crédit.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino, a refusé de commenter les mesures que pourrait envisager l'administration Bush, ajoutant qu'il n'était peut-être pas très avisé d'agir en pleine tempête. Il pourrait également s'avérer difficile de mettre rapidement sur pied un texte de loi puisque les membres du Congrès suspendent leurs travaux à la fin du mois en raison de l'élection présidentielle du 4 novembre.

Quoiqu'il en soit, cette rumeur a eu un effet de levier sur la Bourse de New York, qui a très fortement rebondi hier, à l'issue d'une séance de montagnes russes: le Dow Jones a repris 3,86 % et le Nasdaq, 4,78 %. Le Dow Jones Industrial Average (DJIA) a avancé de 410,03 à 11 019,69 points, et l'indice Nasdaq, à forte composante technologique, de 100,25 à 2199,10 points. L'indice élargi Standard & Poor's 500 a quant à lui progressé de 4,33 % (soit 50,12 points), à 1206,51 points. Le redressement survenu hier permet de ramener les pertes du Dow Jones depuis le début de la semaine à 3,52 %.

L'accélération de la hausse en fin de séance a profité aux valeurs financières, massacrées en Bourse depuis plusieurs jours. Même Morgan Stanley, victime de l'inquiétude des investisseurs sur son avenir, a progressé (+3,68 % à 22,55 dollars), tout comme les banques généralistes (Bank of America, JPMorgan Chase et Washington Mutual). Après sa nationalisation, AIG a regagné 31,22 %, à 2,69$. En revanche, Goldman Sachs a perdu 5,68 %.

Ailleurs dans le monde, les marchés boursiers ont à nouveau fini en baisse en Europe et en Asie hier. Élément important, à Londres, l'Autorité des services financiers a décidé d'interdire toute vente à découvert concernant des sociétés financières cotées jusqu'au 16 janvier.

Pluie de milliards

Sur Wall Street, la séance d'hier a par ailleurs été très volatile, la Bourse peinant en cours de séance à concrétiser un rebond enregistré à l'ouverture, à la suite de l'annonce d'une action concertée des grandes banques centrales mondiales. Celles-ci sont à nouveau montées au créneau pour tenter d'enrayer la panique qui s'est emparée du système financier.

La Réserve fédérale américaine (Fed) a annoncé qu'elle allait apporter 180 milliards aux marchés financiers par le biais d'accords de prêts avec la Banque centrale européenne et leurs collègues de Suisse, d'Angleterre, du Japon et du Canada. Le Trésor américain a pour sa part annoncé qu'il allait lever 100 milliards supplémentaires afin de soutenir la Réserve fédérale et ses mesures d'aides d'urgence à l'économie.

L'État de New York a par ailleurs annoncé hier avoir ouvert une vaste enquête pour voir s'il y a eu des ventes à découvert illégales sur des actions de grands noms de Wall Street, tels que Goldman Sachs ou encore Morgan Stanley, a déclaré Andrew Cuomo, procureur général de l'État.

Bush réagit

Sortant de son mutisme, le président George W. Bush s'est dit inquiet des risques que faisait courir la crise financière à l'économie américaine et a indiqué que son gouvernement prendrait les mesures nécessaires pour rétablir la stabilité sur les marchés et la confiance des investisseurs. «Les Américains sont inquiets de la situation sur nos marchés financiers et de l'état de notre économie et je partage leurs inquiétudes», a dit M. Bush.

«Les Américains peuvent être sûrs que nous allons continuer à agir pour renforcer et stabiliser nos marchés financiers et renforcer la confiance des investisseurs», a-t-il ajouté, laissant ouverte la possibilité d'interventions fédérales supplémentaires. Chose certaine, dans ses quatre derniers mois à la Maison-Blanche, il voit l'un des maîtres arguments de la réussite de sa présidence sévèrement ébranlé: celui de la vitalité économique américaine.

En pleine campagne, ses adversaires démocrates considèrent M. Bush et le candidat républicain John McCain comme les avocats de la dérégulation, cause selon eux de l'une des plus graves crises à Wall Street depuis la Grande dépression de 1929. «Ce à quoi nous assistons maintenant, c'est un désastre causé de main d'homme, un désastre qui provient de la faillite de la politique de Bush», a dit la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi. «Et c'est celle à laquelle souscrit John McCain», a-t-elle insisté.

M. McCain a répliqué en accusant les conseillers de Barack Obama d'essayer d'exploiter la crise. Tâchant apparemment d'avoir l'initiative et de réparer les dégâts causés par ses propos de lundi selon lesquels les éléments «fondamentaux» de l'économie restaient forts, il a réclamé la tête de Christopher Cox, chef de la SEC, le régulateur boursier, pour avoir laissé les spéculateurs transformer le marché en «casino».

***

Avec l'Agence France-Presse et Reuters






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