Intelligence artificielle
SQLiaison propose l'intelligence d'affaires aux entreprises, pour qui le défi est désormais d'avoir accès à l'information dans des masses de données qui s'accumulent dans leurs tiroirs
Photo : Jacques Grenier
Selon Philippe Torres, président de SQLiaison, 90 % des grandes entreprises ont des problèmes d’intégration des données en un seul endroit et très souvent «elles font du macramé» en ce domaine.
«Il faut toujours sortir. Nous ne sommes pas dans un monde de denrées», lance Philippe Torres, président de SQLiaison, en s'excusant presque de devoir d'abord s'occuper de certaines questions de régie interne avant de s'asseoir pour répondre aux questions d'un journaliste. M. Torres explique qu'il doit beaucoup voyager beaucoup pour aller solliciter des clients, de grandes entreprises, car SQLiaison n'est pas du tout dans le commerce de détail.
Actuellement, les efforts du président-voyageur se concentrent beaucoup sur trois gros dossiers, trois compagnies d'assurances, qu'il espère bien ajouter à sa liste d'une vingtaine d'importants clients. L'objectif de SQLiaison est de confirmer sa position de leader au Canada dans les solutions d'intelligence d'affaires pour les compagnies d'assurances. Au début de cette année, cette petite entreprise montréalaise affirmait que 4,53 milliards, soit 11,4 % du marché canadien, des primes d'assurance souscrites directes étaient gérées par des systèmes implantés par elle et qu'aucun autre expert en intelligence d'affaires n'avait autant d'impact dans l'industrie des assurances au Canada.
Parmi ses clients, il y a AXA, l'Industrielle Alliance, ING, mais il y en a aussi dans d'autres domaines que l'assurance, notamment la Banque nationale, Telus et Saputo. En fait, sur un chiffre d'affaires de sept millions cette année, 50 % proviendra de la clientèle des compagnies d'assurance et l'autre moitié sera générée par les médias (TVA et Radio Canada), par les secteurs pharmaceutique et banquier. Environ 75 % des revenus proviennent de la clientèle québécoise et le reste de l'Ontario et d'un client à Boston, qui est d'ailleurs relié à une compagnie québécoise.
Comme M. Torres effectue plusieurs de ses voyages à Toronto, on peut supposer que les nouveaux clients visés se trouvent dans cette région, mais à cet égard le président ne laisse filtrer aucun indice. L'an dernier SQLiaison a obtenu un prêt à long terme de 1,5 million de Fondaction CSN. «Cet argent nous aide à travailler nos trois clients potentiels», dit-il. Le président aimerait bien que ces efforts donnent des résultats bientôt, puisqu'il affirme par ailleurs que, dans un délai de trois à six mois, il faudra faire une mise à jour ou «rafraîchir» le plan d'affaires.
Dans cette démarche déjà amorcée, plusieurs options sont sur la table. Il y a bien sûr la possibilité d'aller chercher du financement supplémentaire et il y a celle de conclure des partenariats, soit pour une expansion géographique, soit pour une complémentarité d'activités. On explore également les possibilités de subventions gouvernementales. En mettant l'accent sur le secteur des assurances, SQLiaison jette tout naturellement un coup d'oeil sur le marché américain vers des centres spécialisés dans cette industrie, comme Hartford au Connecticut et Chicago.
M. Torres est tout à fait convaincu que SQLiaison s'est positionnée dans un domaine d'avenir. «Les compagnies ont beaucoup investi pour accumuler des données. Elles sont riches en données, mais pauvres en information», affirme-t-il. Une telle affirmation apparaît paradoxale. M. Torres explique que 90 % des grandes entreprises ont des problèmes d'intégration des données en un seul endroit et que très souvent «elles font du macramé» en ce domaine. Il y a donc «un besoin crucial» et SQLiaison mise son avenir sur ce créneau: «Nous sommes une firme de services-conseils qui aide les entreprises à cheminer dans l'intelligence d'affaires.»
Les compagnies accumulent toutes sortes d'informations dans leurs services, ceux de la finance, du marketing, de l'exploitation, des ventes, des relations avec les clients, le contrôle des coûts, etc. Comment tirer de ces masses de données qui s'accumulent ici et là les informations pertinentes dont on a besoin à la direction de l'entreprise pour établir des plans de développement, pour obtenir une efficacité et une rentabilité maximale? Par exemple, il est important de connaître le taux de rétention de la clientèle, de vérifier aussi s'il est rentable de conserver certains clients. Vaudrait-il mieux les laisser tomber pour concentrer sur d'autres clients plus rentables? Il faut établir des liens entre différentes données, par exemple entre clients et produits, entre fraude et régions.
Le défi technologique
Le défi technologique est de recueillir toutes les données dont on a besoin et de les entreposer en un seul endroit, d'avoir en place un système automatisé pour faire en sorte qu'à des périodes précises définies de trois ou six mois on obtienne une remise à jour de l'information. Il faut que le système permette l'entrée de nouvelles questions, par exemple pour réagir à l'arrivée d'un nouveau produit ou d'un nouveau concurrent sur le marché. Il faut aussi faire des analyses de tendance et même des analyses prévisionnelles. Il faut même en arriver à trouver des réponses à des questions dont on ignorait complètement qu'elles allaient devoir être posées. En un mot, il faut avoir une perspective multidimensionnelle.
SQLiaison, soit dit en passant, n'a rien à voir avec le Sûreté du Québec. SQL est là pour signifier «Structured Query Language», c'est-à-dire l'extraction structurée d'informations. Cette entreprise a été fondée en 1994 par trois amis, dont deux, Philippe Torres et Étienne Castonguay, qui avaient déjà acquis une expérience dans le monde de l'informatique en travaillant pour diverses entreprises. Le troisième, Réjean Godin, est entrepreneur et gestionnaire. Ne voulant plus travailler pour les autres, les trois compères ont commencé par former une agence au service d'une entreprise américaine, ce qui leur a donné une crédibilité dès le départ. Ils se sont spécialisés dans la gestion de données d'entreprises, en développant un logiciel, c'est-à-dire une structure de gestion. Il y avait alors un tournant dans l'industrie vers des serveurs moins coûteux, plus flexibles et plus décentralisés, ce qui a entraîné la conception de nouvelles plates-formes. L'entreprise a beaucoup investi à partir de 1998 dans le développement d'une plate-forme, qui est devenue son «coffre d'outils» à mettre au service des compagnies d'assurances. Il s'agit toutefois d'une boîte à outils qui doit être adaptée sur mesure pour chaque client.
Comme argument de vente, en plus de l'atteinte de l'objectif d'intelligence d'affaires, il y a désormais, pour des raisons réglementaires à la suite de scandales retentissants, des pressions énormes qui sont mises sur les dirigeants d'entreprises pour présenter des informations claires et précises. Ces pressions sont reportées sur les gens qui travaillent à l'intérieur de ces entreprises et qui ont besoin d'avoir à portée de main les informations nécessaires. «Nous aidons les gens dans un monde qui change et les entreprises se distinguent par leur accès à l'information», dit M. Torres.
En 2000, deux SPEQ, l'une pour les employés, l'autre pour le public, ont été formées, ce qui a permis d'aller chercher deux millions en capital-actions. Ces deux SPEQ ont par la suite été fusionnées et éliminées. Les détenteurs d'actions des SPEQ sont devenus aujourd'hui 175 actionnaires détenant une part de 25 % dans SQLiaison qui compte 70 employés, dont une dizaine à Toronto. Les trois fondateurs sont majoritaires avec 75 % des actions. M. Torres qui préside l'entreprise a 44 ans. D'une famille d'origine haïtienne avec un père dentiste qui a beaucoup voyagé, il est né en Afrique, a passé deux ans à New York avant d'arriver à Saint-Léonard très jeune en 1968. Il a fait des études en informatique à l'Université Concordia.
Actuellement, les efforts du président-voyageur se concentrent beaucoup sur trois gros dossiers, trois compagnies d'assurances, qu'il espère bien ajouter à sa liste d'une vingtaine d'importants clients. L'objectif de SQLiaison est de confirmer sa position de leader au Canada dans les solutions d'intelligence d'affaires pour les compagnies d'assurances. Au début de cette année, cette petite entreprise montréalaise affirmait que 4,53 milliards, soit 11,4 % du marché canadien, des primes d'assurance souscrites directes étaient gérées par des systèmes implantés par elle et qu'aucun autre expert en intelligence d'affaires n'avait autant d'impact dans l'industrie des assurances au Canada.
Parmi ses clients, il y a AXA, l'Industrielle Alliance, ING, mais il y en a aussi dans d'autres domaines que l'assurance, notamment la Banque nationale, Telus et Saputo. En fait, sur un chiffre d'affaires de sept millions cette année, 50 % proviendra de la clientèle des compagnies d'assurance et l'autre moitié sera générée par les médias (TVA et Radio Canada), par les secteurs pharmaceutique et banquier. Environ 75 % des revenus proviennent de la clientèle québécoise et le reste de l'Ontario et d'un client à Boston, qui est d'ailleurs relié à une compagnie québécoise.
Comme M. Torres effectue plusieurs de ses voyages à Toronto, on peut supposer que les nouveaux clients visés se trouvent dans cette région, mais à cet égard le président ne laisse filtrer aucun indice. L'an dernier SQLiaison a obtenu un prêt à long terme de 1,5 million de Fondaction CSN. «Cet argent nous aide à travailler nos trois clients potentiels», dit-il. Le président aimerait bien que ces efforts donnent des résultats bientôt, puisqu'il affirme par ailleurs que, dans un délai de trois à six mois, il faudra faire une mise à jour ou «rafraîchir» le plan d'affaires.
Dans cette démarche déjà amorcée, plusieurs options sont sur la table. Il y a bien sûr la possibilité d'aller chercher du financement supplémentaire et il y a celle de conclure des partenariats, soit pour une expansion géographique, soit pour une complémentarité d'activités. On explore également les possibilités de subventions gouvernementales. En mettant l'accent sur le secteur des assurances, SQLiaison jette tout naturellement un coup d'oeil sur le marché américain vers des centres spécialisés dans cette industrie, comme Hartford au Connecticut et Chicago.
M. Torres est tout à fait convaincu que SQLiaison s'est positionnée dans un domaine d'avenir. «Les compagnies ont beaucoup investi pour accumuler des données. Elles sont riches en données, mais pauvres en information», affirme-t-il. Une telle affirmation apparaît paradoxale. M. Torres explique que 90 % des grandes entreprises ont des problèmes d'intégration des données en un seul endroit et que très souvent «elles font du macramé» en ce domaine. Il y a donc «un besoin crucial» et SQLiaison mise son avenir sur ce créneau: «Nous sommes une firme de services-conseils qui aide les entreprises à cheminer dans l'intelligence d'affaires.»
Les compagnies accumulent toutes sortes d'informations dans leurs services, ceux de la finance, du marketing, de l'exploitation, des ventes, des relations avec les clients, le contrôle des coûts, etc. Comment tirer de ces masses de données qui s'accumulent ici et là les informations pertinentes dont on a besoin à la direction de l'entreprise pour établir des plans de développement, pour obtenir une efficacité et une rentabilité maximale? Par exemple, il est important de connaître le taux de rétention de la clientèle, de vérifier aussi s'il est rentable de conserver certains clients. Vaudrait-il mieux les laisser tomber pour concentrer sur d'autres clients plus rentables? Il faut établir des liens entre différentes données, par exemple entre clients et produits, entre fraude et régions.
Le défi technologique
Le défi technologique est de recueillir toutes les données dont on a besoin et de les entreposer en un seul endroit, d'avoir en place un système automatisé pour faire en sorte qu'à des périodes précises définies de trois ou six mois on obtienne une remise à jour de l'information. Il faut que le système permette l'entrée de nouvelles questions, par exemple pour réagir à l'arrivée d'un nouveau produit ou d'un nouveau concurrent sur le marché. Il faut aussi faire des analyses de tendance et même des analyses prévisionnelles. Il faut même en arriver à trouver des réponses à des questions dont on ignorait complètement qu'elles allaient devoir être posées. En un mot, il faut avoir une perspective multidimensionnelle.
SQLiaison, soit dit en passant, n'a rien à voir avec le Sûreté du Québec. SQL est là pour signifier «Structured Query Language», c'est-à-dire l'extraction structurée d'informations. Cette entreprise a été fondée en 1994 par trois amis, dont deux, Philippe Torres et Étienne Castonguay, qui avaient déjà acquis une expérience dans le monde de l'informatique en travaillant pour diverses entreprises. Le troisième, Réjean Godin, est entrepreneur et gestionnaire. Ne voulant plus travailler pour les autres, les trois compères ont commencé par former une agence au service d'une entreprise américaine, ce qui leur a donné une crédibilité dès le départ. Ils se sont spécialisés dans la gestion de données d'entreprises, en développant un logiciel, c'est-à-dire une structure de gestion. Il y avait alors un tournant dans l'industrie vers des serveurs moins coûteux, plus flexibles et plus décentralisés, ce qui a entraîné la conception de nouvelles plates-formes. L'entreprise a beaucoup investi à partir de 1998 dans le développement d'une plate-forme, qui est devenue son «coffre d'outils» à mettre au service des compagnies d'assurances. Il s'agit toutefois d'une boîte à outils qui doit être adaptée sur mesure pour chaque client.
Comme argument de vente, en plus de l'atteinte de l'objectif d'intelligence d'affaires, il y a désormais, pour des raisons réglementaires à la suite de scandales retentissants, des pressions énormes qui sont mises sur les dirigeants d'entreprises pour présenter des informations claires et précises. Ces pressions sont reportées sur les gens qui travaillent à l'intérieur de ces entreprises et qui ont besoin d'avoir à portée de main les informations nécessaires. «Nous aidons les gens dans un monde qui change et les entreprises se distinguent par leur accès à l'information», dit M. Torres.
En 2000, deux SPEQ, l'une pour les employés, l'autre pour le public, ont été formées, ce qui a permis d'aller chercher deux millions en capital-actions. Ces deux SPEQ ont par la suite été fusionnées et éliminées. Les détenteurs d'actions des SPEQ sont devenus aujourd'hui 175 actionnaires détenant une part de 25 % dans SQLiaison qui compte 70 employés, dont une dizaine à Toronto. Les trois fondateurs sont majoritaires avec 75 % des actions. M. Torres qui préside l'entreprise a 44 ans. D'une famille d'origine haïtienne avec un père dentiste qui a beaucoup voyagé, il est né en Afrique, a passé deux ans à New York avant d'arriver à Saint-Léonard très jeune en 1968. Il a fait des études en informatique à l'Université Concordia.
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