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    Conditions de travail - Le Canada «en milieu de peloton»

    Conciliation famille-travail: le Québec bien placé
    Photo : Jacques Grenier Conciliation famille-travail: le Québec bien placé
    Le Canada est loin d'être le pays qui garantit à ses travailleurs les meilleures normes minimales en matière de vacances payées, de congés parentaux ou de congés de maladie.

    «Globalement, je dirais que le Canada se classe en milieu de peloton», a résumé hier en entrevue au Devoir la directrice de l'Institut de recherche sur les politiques sociales et de santé de l'université McGill, Jody Heymann, au terme d'une étude comparative sur les normes minimales en vigueur dans 180 pays. «On s'attendrait à ce qu'un pays comme le Canada fasse beaucoup mieux que cela.»

    Cette première étude du genre révèle, par exemple, qu'au moins 89 pays garantissent trois semaines ou plus de congé payées par année alors que la plupart des travailleurs canadiens ayant une année d'expérience n'ont droit qu'à deux semaines de vacances. Au moins 156 pays garantissent à leurs travailleurs le droit à des congés de maladie, qui, dans 81 % des cas seront payés à 100 % du salaire. Au Canada, la loi n'exige le versement que d'un maximum de 55 % du salaire et ne garantit pas, dans la plupart des cas, la protection de l'emploi lors de maladies durant plus de 12 jours. Au moins 106 pays assurent le versement intégral du salaire des travailleuses en congé de maternité, contre seulement 55 % du revenu pour la plupart des Canadiennes.

    Le Canada ne fait pas toujours mauvaise figure, précisent les trois auteures du rapport d'étude de 76 pages dévoilé hier, Martine Chaussard, Megan Gerecke et Jody Heymann. Sa politique garantissant six semaines de congé payées pour prendre soin d'une personne à charge gravement malade est l'une des meilleures au monde. Seulement 39 autres pays assurent de tels congés à leurs travailleurs. Le Canada passe au contraire pour un cancre en ne disposant d'aucune forme de normes minimales en matière de droit des travailleuses à prendre une pause pour allaiter leur enfant, contrairement à au moins 114 pays.

    La différence québécoise

    Comme les normes minimales du travail relèvent principalement des gouvernements provinciaux, on observe cependant de grandes différences au sein du Canada. «Le Québec est généralement en avance sur les autres provinces», a noté Jody Heymann, une experte mondialement reconnue en matière de conciliation famille-travail. On sait comment son réseau de garderies public à 7 $ est devenu une référence, mais on salue aussi ses normes en matière de congés parentaux où la proportion du revenu assurable peut atteindre 75 %, des congés ont été spécialement réservés aux pères et les travailleurs autonomes sont également couverts.

    Le Québec est également le seul, avec la Saskatchewan, à garantir la sécurité d'emploi aux travailleurs qui doivent se prévaloir d'un congé de maladie de plus de 12 jours. D'un autre côté, dit Jody Heymann, la Saskatchewan garantit trois semaines de vacances payées après un an de travail, alors que le Québec s'est arrêté à deux.

    Une priorité mondiale

    Cette question des normes minimales du travail en matière de conciliation famille-travail s'impose comme un enjeu de plus en plus important dans nos sociétés. La forte augmentation de la présence féminine sur le marché du travail, ainsi que le phénomène d'urbanisation qui éloigne les individus de leur famille élargie compliquent singulièrement la vie des ménages lorsque vient le temps de s'occuper des enfants, d'un proche malade et de parents vieillissants.

    «Ce qui est intéressant, c'est qu'il s'est établi de très larges consensus entre les pays sur certains types de normes minimales à respecter, a expliqué Jody Heymann. Ces normes peuvent varier, mais on s'entend généralement sur la nécessité de garantir, par exemple, un nombre minimal de congés payés, de congés de maladie, etc. Cela est vrai, quels que soient les particularités, comme la richesse ou le régime politique des pays concernés.»

    L'avantage concurrentiel aux plus exigeants

    S'il est vrai que les conditions de travail offertes dans plusieurs entreprises sont bien supérieures aux normes minimales fixées par la loi, il est vrai aussi que plusieurs autres employeurs n'en feront jamais plus que ce qui leur est explicitement ordonné par les pouvoirs publics.

    La meilleure illustration de cela, dit la chercheuse de l'Université McGill, est les États-Unis qui ont systématiquement les normes minimales du travail les plus faibles des pays développés. Les entreprises ne sont pas tenues, par exemple, d'accorder des congés de maladie payés à leurs employés. Cela a pour effet que seulement la moitié des travailleurs américains en ont, et que ces «chanceux» se retrouvent essentiellement dans les classes moyenne et supérieure.

    Le Canada ne nuit-il pas à sa position concurrentielle en se montrant plus exigeant en la matière que son puissant voisin? «Au contraire, a répondu Jody Heymann. On parle beaucoup de pénurie de main-d'oeuvre et de fuite des cerveaux aujourd'hui, et je peux vous dire que la garantie de bénéficier de meilleures conditions de travail est le genre de chose qui attire les travailleurs. On sait aussi que des entreprises ont déménagé des activités des États-Unis vers le Canada parce que les programmes sociaux leur permettaient d'y offrir à leurs employés des avantages qu'elles n'auraient pas eu les moyens de payer aux États-Unis.»
     
     
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