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Québec: l'équité salariale dope la croissance du revenu

«En 2008, la croissance du revenu risque d’être pas mal moins reluisante, avertit Hélène Bégin, économiste au Mouvement Desjardins. La création d’emplois est beaucoup plus hésitante, le bilan de mi-année est inférieur à ce qu’on avait l
«En 2008, la croissance du revenu risque d’être pas mal moins reluisante, avertit Hélène Bégin, économiste au Mouvement Desjardins. La création d’emplois est beaucoup plus hésitante, le bilan de mi-année est inférieur à ce qu’on avait l
Le revenu personnel disponible des Québécois a augmenté de 3,8 % à 24 390 $ l'an dernier, du jamais vu depuis 1984, qui s'explique en partie par les versements de deux milliards que le gouvernement a effectués pour l'équité salariale dans la fonction publique.

Cette augmentation du revenu personnel disponible, qui fait suite à une faible prestation de 0,5 % en 2005 et à une croissance de 2,3 % en 2006, est aussi attribuable à la performance du marché du travail, a indiqué l'Institut de la statistique du Québec (ISQ). (Toutes les données tiennent compte de l'effet de l'inflation.)

Pour la toute première fois, ce croisement de facteurs positifs a permis à Québec de dépasser Montréal au chapitre du revenu personnel disponible par habitant.

Le revenu personnel disponible (RPD) englobe la rémunération et les transferts provenant d'administrations publiques (comme l'assurance-emploi, les rentes, etc.), mais aussi l'impôt, les cotisations aux régimes d'assurance sociale et plusieurs autres sommes versées aux gouvernements.

En guise de comparaison, le RPD a crû de 2,2 % en Ontario. La moyenne canadienne s'est chiffrée à 2,9 %, tirée vers le haut par la Saskatchewan (5,6 %, grâce au pétrole et à la potasse), le Manitoba (4 %) et le Québec.

Outre l'équité salariale, l'année 2007 au Québec a été marquée par une croissance de 2,3 % au chapitre de l'emploi, soit près du double de l'année précédente, et un taux de chômage de 7,2 %, un creux historique.

Cependant, l'engourdissement économique en cours, attribuable aux difficultés américaines et à l'effet des prix de l'énergie, fait en sorte que les perspectives se sont assombries. D'autant plus que l'inflation, qui s'est chiffrée à 3,1 % en juin, a tendance à gruger le pouvoir d'achat des travailleurs.

«En 2008, la croissance du revenu risque d'être pas mal moins reluisante, a averti Hélène Bégin, économiste au Mouvement Desjardins. La création d'emplois est beaucoup plus hésitante, le bilan de mi-année est inférieur à ce qu'on avait l'an dernier.» Elle estime toutefois que l'absence d'un accélérant comme l'équité salariale sera compensée par les baisses d'impôt, tant au fédéral qu'au provincial.

Le règlement au sujet de l'équité salariale a eu lieu en 2006 entre Québec et cinq centrales syndicales. Au printemps 2007, environ 330 000 employés du secteur public ont donc bénéficié de versements, composés de sommes rétroactives totalisant 1,5 milliard et d'ajustements salariaux. On estimait à l'époque que les femmes recevraient un montant moyen de 5300 $.

Dans le secteur du commerce de détail, l'effet avait été immédiat. En mai 2007, la croissance mensuelle des ventes au détail s'était chiffrée à 4,9 %. L'injection ponctuelle s'était avérée si puissante qu'elle avait même déformé les statistiques canadiennes, qui montraient une croissance mensuelle des ventes de 2,8 % avec le Québec et de 2,2 % en l'excluant.

Queue de peloton

La forte croissance du RPD a beau placer le Québec au troisième rang du palmarès des augmentations, cela n'aide pas la province à quitter la queue du peloton. Sur les dix provinces, le Québec occupe encore le septième rang, devant la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l'Île-du-Prince-Édouard.

En 2005, le Québec se situait au quatrième rang. Mais l'ascension du Manitoba et de la Saskatchewan dans le classement a contribué à reléguer le Québec plus bas dans l'échelle.

«C'est au Québec que la part du revenu consacrée à l'impôt direct, aux cotisations d'assurance sociale et autres transferts versés aux administrations publiques est la plus élevée: elle atteint 24,7 % en 2007», a écrit l'ISQ pour expliquer le positionnement du Québec.

Cependant, a ajouté l'organisme gouvernemental, le Québec se classe au quatrième rang si l'on se limite à comparer les revenus personnels, sans rien soustraire pour les impôts.

«C'est une question de programmes sociaux, a dit Mme Bégin. Ça coûte cher, mais ces programmes-là n'existent pas dans plusieurs autres provinces. Si ces provinces sont plus avantagées dans le revenu après impôts, elles n'ont pas nécessairement les services qu'on a ici. C'est un choix de société qu'on se donne, et on se trouve à payer le système qu'on a choisi.»

Les administrations publiques ont versé environ 40 millions aux particuliers, a indiqué l'ISQ. Les transferts provenant du gouvernement fédéral ont augmenté de 5,3 %, grâce aux indemnités dans le dossier de l'hépatite C et à la prestation universelle de garde d'enfants.

Les transferts provenant de Québec ont pour leur part grimpé de 7,7 %, l'ISQ attribuant cette situation «à la hausse importante des prestations du Régime québécois d'assurance parentale».

De manière générale, les impôts directs et les cotisations auprès des particuliers québécois ont augmenté de 6,7 % en 2007, contre 4,6 % en 2006. Ces sommes comprennent entre autres des frais afférents tels que les licences, les permis, etc.

Entre les régions

Même si aucune région du Québec n'a subi un recul du RPD, les données montrent un clivage significatif entre les centres urbains et les régions qui profitent d'un boom marqué dans le secteur des mines et de la construction.

Ainsi, la Côte-Nord a vu le revenu personnel disponible de ses habitants exploser de 9 % entre 2006 et 2007, une situation qu'a également vécue l'Abitibi-Témiscamingue avec une croissance similaire. La MRC de Caniapiscau, par exemple, affiche le revenu personnel disponible le plus élevé de tout le Québec, soit 37 600 $ par habitant.

Ces deux régions ont été frappées de plein fouet par le déclin rapide de l'industrie forestière, victime du dollar canadien, du ralentissement de la construction résidentielle aux États-Unis, d'une baisse de consommation de papier et de la concurrence étrangère.

À l'opposé, Montréal et l'Outaouais ont affiché une croissance de 3,3 % au chapitre du RPD en 2007. La Capitale-Nationale a carburé au rythme de 6,4 %.

D'ailleurs, les versements de l'équité salariale et le marché de l'emploi ont permis à la Capitale-Nationale — où le tiers des travailleurs sont employés par les services publics — de dépasser Montréal au palmarès du revenu personnel disponible par habitant le plus élevé. À Québec, celui-ci était de 25 541 $ en 2007, comparativement à 25 490 $ dans la région montréalaise.

La MRC affichant le revenu personnel disponible par habitant le moins élevé du Québec est celle du Pontiac, dans l'Outaouais, avec 16 600 $.

Récemment, Statistique Canada a indiqué que, de juin 2007 à juin 2008, le salaire horaire moyen a augmenté de 3,3 % au Canada (à 21,15 $) et de 3,1 % au Québec (à 19,86 $).






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  • Jasette
    Abonné
    jeudi 7 août 2008 06h46
    Nos politiciens devraient prendre conscience que l'argent de nos impôts n'est pas la leur, mais qu'ils en sont surtout les gestionnaires.
    « Ce ne sont pas les impôts payés au Québec qui dérangent. C'est plutôt ce que nos politiciens en font. J'ai fait le test moi-même en discutant avec des amis à ce sujet. Comme conclusion, en bref, nos politiciens sont de bien mauvais administrateurs. J'administre moi-même un petit groupe de condos et je n'oublie jamais que l'argent dans la caisse n'est pas mon argent.

    Bien d'accord pour dire qu'ils sont nos représentants, démocratiquement parlant. Tiens, petite proposition, pourquoi ne pas mettre des administrateurs, politiquement neutre et au-dessus de la mêlée, devant qui nos politiciens devraient se justifier pour les dépenses. Comme exemple, quand arrive la presque fin de leurs mandats, nos politiciens au pouvoir se servent très souvent de nos impôts pour donner des bonbons ici et là, de manière à se faire réélire.

    Mais, je rêve éveillé, le pouvoir c'est souvent le trip d'un nain qui se prend pour un géant. Il y a le psychologique, l'économique et le sociologique qui entrent alors en ligne de compte. Enfin, bref, Descartes (le cartésianisme!) est très loin de ce que j'avance. La rationalité, c'est l'instrument médiatique que le pouvoir politique utilise pour chercher à convaincre les citoyens de ses intentions. Il est là aussi le trip du pouvoir, à savoir de manipuler la donne quand les intentions du pouvoir vont à l'encontre des citoyens concernés.

    Heureusement, ce n'est pas toujours le cas. Il arrive parfois que le pouvoir politique fasse de bons coups. Néanmoins, le doux prestige du pouvoir politique est un leurre qui en piège plus d'un dans sa courte vie. Le pire des pièges réducteurs, c'est quand nos politiciens se limitent à défendre des idéologies. »

  • jacques noel
    Inscrit
    jeudi 7 août 2008 08h29
    Les administrations publiques ont versé environ 40 millions aux particuliers
    « 40 milliards peut-être? »

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    jeudi 7 août 2008 10h38
    Un hold-up fiscal
    « L'équité salariale, ça ne peut évidemment 'fonctionner' que pour les organisations qui n'ont aucun objectif de profitabilité, comme les administrations et les services publics, puisque les déficits d'opération sont renfloués 'en continu' par la ponction fiscale sur les revenus des salariés: le tonneau des Danaïdes comme modèle d'affaire quoi.
    .
    Si les femmes étaient réellement moins payées que les hommes à compétence et quantité de travail égales, il est clair comme de l'eau de roche que les entreprises n'embaucheraient que des femmes: pourquoi payer plus cher pour la même chose? Les entrepreneurs ne sont pas fous.
    .
    Cette nouvelle permet en tout cas de faire le lien entre l'augmentation du revenu personnel disponible dans la région de la capitale nationale - toute provisoire puisque purement arbitraire et sans aucune contrepartie en gains de productivité - , et l'accroissement de 6.7% du fardeau fiscal. Comme c'est Pierrette qu'on habille et Paul qu'on déshabille, ne nous étonnons pas outre-mesure si les Pauls du Québec décident de plus en plus d'aller se faire exploiter ailleurs.
    .
    Mais ce que démontre également ces information, c'est l'existence d'un véritable rackett fiscal qui suce à l'os la région montréalaise au profit de l'engeance bureaucrate de Québec. Au fond, 'l'équité salariale' ce n'était que cela: un hold-up légalisé au profit immédiat des fonctionnaires et des syndicats du secteur public de la très-catholique, et au bénéfice futur de leurs fonds de pensions (les autres, mangez vos bas).
    .
    Fuyez, ils sont dingues. Amen. »

  • denis darveau
    Inscrit
    jeudi 7 août 2008 13h02
    Bravo pour les impôts au Québec
    « Nous assistons au Québec au phénomène de l'offre qui crée sa propre demande pour les services gouvernementaux. »

  • Jasette
    Abonné
    vendredi 8 août 2008 10h31
    Malgré ce que j'ai écrit hier, j'aurais dû préciser ceci...
    « J'aurais dû préciser dans mon petit texte d'hier que je ne parlais pas du tout de l'équité salariale. L'équité salariale était tout à fait légitime pour les gens qui en ont bénéficié. Si on compare avec le secteur privé, pour des emplois qui exigent le même genre de formation, il y aurait même encore un certain rattrapage à faire.

    Quand je parlais de la mauvaise gestion de l'argent de nos impôts, ce n'était donc pas au sujet de l'équité salariale. Les politiciens véhiculent des idées forces pour laisser croire notamment que l'aide sociale, l'équité salariale, etc. dans le même genre coûtent cher. Ce qui est faux comparativement à toutes les autres dépenses que nos gouvernements font. Si les politiciens agissent ainsi, c'est surtout pour des raisons idéologiques.

    Malheureusement, un peu comme des poissons affamés, la plupart des gens mordent très facilement à ces hameçons. Maintenant, pourquoi c'est ainsi? Tout simplement parce que les idéologies que les politiciens véhiculent est la mer dans lequel la plupart des gens ont toujours baignés. Enfin, bref, c'est une simple question de mentalité culturelle, au sens anthropologique. »

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