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Les tulipes de Wall Street

En mars dernier, l'État a commandé le rachat de la banque d'affaires Bear Stearns. Il y a une quinzaine de jours, l'État a piloté le sauvetage des mastodontes hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac. Il y a moins d'une semaine, l'État a conçu un vaste programme de soutien à des millions de propriétaires. Simultanément, il annonçait que les soldes financiers accordés aux banques seraient maintenus jusqu'au dernier jour de la présente année. Pour le meilleur ou pour le pire, l'État s'invite de nouveau dans l'univers de l'argent.

Il y a un an tout juste, le premier revers de fortune conséquent à l'éclatement de la bulle immobilière était annoncé. Il portait la signature de Bear Stearns. Dans les jours suivants, des secousses analogues étaient enregistrées à New York, mais aussi à Paris, à Londres et à Berlin. Ici et là, certains découvraient, et d'autres feignaient de découvrir, les ravages inhérents au recours aussi massif qu'irresponsable des subprimes, les bien nommées hypothèques exotiques.

À l'époque, un clan d'économistes s'était formé qui prévoyait des pertes totalisant 400 milliards. D'autres se regroupaient au sein d'un club qui calculait que la facture de ce fléau financier totaliserait 700 milliards. Résultat net de cette course des méfaits? Mille milliards. Et ce n'est pas fini. Loin de là. Car après avoir gangrené les secteurs de l'immobilier et de la finance, voilà que cette crise vient de pénétrer les territoires de l'automobile, du transport aérien et du crédit à la consommation. À titre indicatif, mentionnons qu'aux États-Unis le consommateur moyen détient onze cartes de crédit.

Obsédé, à juste titre d'ailleurs, par la crise de 1929 le patron de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, ainsi que le secrétaire au Trésor, Harry Paulson, décidaient dès septembre de mettre des milliards de liquidités à la disposition des banques pour éviter l'effet systémique tant redouté. Leurs homologues canadiens, européens, britanniques ainsi que japonais les imitaient aussitôt. Dans les mois suivants, tous proposaient au privé des tonnes d'argent à taux réduit. Cette saison des soldes sur l'intérêt devait se poursuivre pendant plusieurs mois. Mais on retiendra surtout qu'elle fut le fait non pas d'un État, mais bien de plusieurs États convaincus que les wiz kids de la finance avaient été assez écervelés pour croire que la science économique était une science exacte alors qu'elle s'enseigne toujours au sein de la faculté des sciences qualifiées... d'humaines.

Lorsque les gouvernements n'intervenaient pas sous la forme évoquée, ils se manifestaient de manière plus directe. On pense à cette ribambelle de fonds souverains, de fonds créés ces années-ci par divers États, qui croulent sous des océans d'argent grâce à la hausse sidérante du prix du baril du pétrole. Ceux-ci se sont portés à la rescousse de Citigroup, Merrill Lynch et autres, par l'entremise d'achats d'actions ou de lignes de crédit, en injectant 70 milliards.

Afin de ne pas être en reste, l'État s'est également activé sur le front judiciaire. Les procureurs des États, on pense notamment à ceux de New York et du Massachusetts, ont intenté des poursuites contre des institutions financières et des courtiers pour collusion, mauvaises informations, etc. Fait à noter, lorsque Andrew Cuomo, l'incorruptible en chef de l'État de New York, a dévoilé l'identité de la première entreprise accusée de malversations, il a martelé que ce qui avait été observé dans cette région des États-Unis valait pour l'ensemble du pays. Signe des temps, on s'attend à ce que près d'une centaine de banques régionales se mettent sous la protection de la loi de la faillite.

Cela étant, peut-être que la meilleure illustration du marasme financier dans lequel nous sommes plongés est cette anecdote rapportée par un économiste montréalais. Lors d'un colloque, ce dernier se retrouva voisin de table de John Kenneth Galbraight qui fut tout de même conseiller économique de John F. Kennedy, professeur émérite et que beaucoup considèrent comme un des plus grands penseurs de la chose économique du XXe siècle. Toujours est-il qu'au terme d'un exposé sur les produits dérivés, Galbraight glissa dans l'oreille du Montréalais: «Je n'ai tellement rien compris dans son propos que cela me rappelle l'histoire des tulipes hollandaises de 1637. J'ai l'intuition que ça va mal finir.» Et tout ça parce que les ennemis jurés de Galbraight, les fans de Milton Friedman, le forcené du monétarisme, ont converti tout un chacun au parfum vénéneux des subprimes, la tulipe immobilière.
 
 
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  • Dominic Pageau - Abonné
    4 août 2008 03 h 23
    Pour l'instant du moins, c'est l'arnaque du siècle.
    On peut résumer ça ainsi : les banques ont saisi tous les avoirs de nombres effarants d'américains, on parle de plusieurs millions.

    Il y a donc fuite des richesses de la classe moyenne vers la très nantie : les banquiers et leurs actionnaires.

    La cerise sur le sunday, le gouvernement a fermé les yeux et laisser, tout comme Greenspan l'homme anti loi et anti controle. Pire le gouvernement a rempli les poches des banques avec les impots payés par la classe moyenne qui est maintenant en faillite.


    Tout ça est portant normal, le pouvoir est entre les mains des banquiers, la Feds est privée et appartiens aux banques commerciales, qui parfois sont étrangères, des banques

    http://www.fdrs.org/federal_reserve_bank.htmlangla et allemandes entre autre.

    Vous avez peur pour crise majeure?

    C'est probable, ceux qui détiennent les rênes du pouvoir semblent vouloir du moins nous y plonger.... C'est fou comment une crise peut amener du changement.... en leur faveur bien certainement....

    Il va y avoir une contraction des liquidités comme en 1929? En 1929, le tout était programmé, les banques ont diminué leur prêt et comme le système monétaire est basé sur ceux ci, l'argent à manqué. Quand on paie nos dettes, c'est de l'argent qu'on enlève de la ciculation pour la donner aux banques, si les banques ne la reprette pas, elle ne circule plus... il finit par y avoir une pénurie d'argent. quand il y a une pénurie d'argent, on ne peut plus rien acheter. Les produits sont là, la production est là.... Mais on a pas d'argent pour les acheter. Et dire que certain parle de surplus de production.... À première vue, on pourrait dire que c'est vrai.... Par contre, dans les faits, si les tablettes des magasins débordaient, c'est que personne n'avait d'argent pour les acheter.
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  • jean claude pomerleau - Inscrit
    4 août 2008 08 h 13
    La Très Grande Dépression US; Quelles conséquences pour le Québec.
    L'évolution de la crise des crédits semble confirmer ce que M Roubini avait prévue depuis un bon moment déjà, une crise économique majeur qui entraînera des pertes pouvant atteindre 2 000 milliards pour les institution financières américaine, dont une grande partie sera absorbé par les fonds publiques (cela s'apelle le socialisme pour les riches):http://www.rgemonitor.com/blog/roubini/.

    Autre observateur (très crédible)qui avait prévu l'importance de la crise depuis plus de 2 ans. Selon le Laboratoire Européen d'Anticipation Politique (Leap) cette crise est sans précédent et mènera à la Très Grande Dépression US: http://www.europe2020.org/spip.php?rubrique8&l

    Maintenant que la réalité d'une crise systémique majeure se profile, il serait peut être temps pour nos analystes de l'économie de se pencher sur les conséquences négative que cela peut entraîner pour le Québec, dont la relation avec l'économie américaine est évidente.
    JCPomerleau
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  • Julie Payette - Abonnée
    4 août 2008 11 h 30
    Why Tulip Mania wasn't crazy
    Bookstabber-
    A Demon of our own design: p:174
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  • Hélène Paulette - Inscrite
    4 août 2008 12 h 38
    En hommage à J.K.Galbraith....
    Quand on pense qu'on a traité Galbraith de "Marxiste", on dirait que les USA sont en train de mettre en place un véritable communisme des nantis...
    "The banks are made of marble, a guardian at each door..." (air connu)
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