Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Le rationnement du crédit menace l'économie

    La dégradation des bilans bancaires pèse sur les sources de financement de la croissance

    28 juillet 2008 | | Actualités économiques
    Comment, s’interrogent-ils, financera-t-on le développement économique, si l’argent se tarit en Bourse?
    Photo : Agence France-Presse (photo) Comment, s’interrogent-ils, financera-t-on le développement économique, si l’argent se tarit en Bourse?
    Faut-il craindre pour le financement de l'économie? La question commence à agiter les milieux d'affaires, préoccupés à la fois par la baisse des marchés boursiers et la dégradation de la situation financière des banques. Comment, s'interrogent-ils, financera-t-on le développement économique si l'argent se tarit en Bourse et si les banques, de leur côté, faute de capitaux, ferment le robinet du crédit?

    Aux États-Unis, 130 milliards de dollars ont déjà été engloutis par le système bancaire, sous forme de capitaux nouveaux, sans que la santé des banques américaines s'améliore, bien au contraire. La situation des banques européennes est à peine meilleure, alors que se forme, avec la faillite des assureurs dits «monolines», la deuxième vague de la crise des subprimes (crédits hypothécaires risqués). Même les banques qui n'ont pas pris de risques directs sur le marché des subprimes seront affectées et subiront des pertes.

    Des mois difficiles

    Désormais rangés à l'idée que le pire de la crise financière issue des subprimes n'est sans doute pas passé, les économistes s'attendent à des mois difficiles. «On ne sait pas quand, ni quelle sera son intensité, mais il va y avoir un "credit crunch" [un rationnement du crédit]. Les ménages et les entreprises vont souffrir, surtout les plus fragiles, les PME», avertit Olivier Pastré, professeur d'économie à l'Université de Paris-VIII et coauteur du Roman vrai de la crise financière (Éd. Perrin).

    Cette crise du crédit se ferait d'ailleurs déjà sentir au niveau micro-économique, si l'on se fie aux témoignages des entreprises et des ménages. Ceux-ci contrastent vivement avec les statistiques de production de prêts des banques centrales — notamment avec le taux de croissance du crédit aux entreprises et aux ménages dans la zone euro durant le mois d'avril, de + 10,6 % — toujours très largement positives mais en retard sur la réalité. «Les statistiques tiennent compte de la progression sur un an. En outre, il peut s'agir de marges de crédit pluriannuelles, consenties aux entreprises quand tout allait bien», explique un proche des autorités de tutelle bancaires.

    D'accord sur le constat, les économistes semblent, en revanche, partagés sur les conséquences d'une telle crise du crédit, et notamment sur la façon de continuer à financer la croissance. Pour certains, il faudra changer de modèle, sortir d'une économie de surendettement, financée, au cours des dernières années, par des «effets de levier» exagérés, pour passer à une économie financée par le capital.

    Investisseurs à long terme

    Ce changement de modèle devrait alors favoriser la montée en puissance dans l'économie d'investisseurs à long terme, des investisseurs aux poches profondes échappant à la contrainte de la rentabilité immédiate, comme les fonds souverains, les fonds de pension ou les établissements financiers publics.

    En période de turbulences sur les marchés, ces investisseurs — que tous les pays occidentaux tentent désormais d'attirer — permettraient d'assurer un financement pérenne des grandes entreprises cotées en Bourse, tout en stabilisant leur capital. La crise économique de 1929 s'était d'ailleurs soldée par le retour du financement par le capital.

    D'autres économistes, plus nuancés, estiment que la crise actuelle va entraîner un rééquilibrage entre les financements de marché et les crédits bancaires.

    C'est le cas de Nicolas Véron, chercheur au centre Bruegel. Convaincu que «les difficultés des banques, en tension sur leurs fonds propres, vont se transmettre à l'économie», M. Véron s'attend à un coup de frein porté au dynamisme des petites et moyennes entreprises, les plus créatrices d'emplois. La France, où de grandes banques de proximité comme le Crédit agricole ont souffert de la crise des subprimes, devrait être concernée par ce ralentissement.

    Mais M. Véron ne croit pas à une révision du modèle de financement de l'économie, estimant qu'«on ne pourra pas remplacer la dette par du capital». Expliquant que, en dépit des apparences, «la Bourse [à l'exception des valeurs bancaires] s'effondre moins que le crédit», l'économiste préconise un système «plus ouvert aux financements de marchés», comme c'est le cas outre-Atlantique. Cela, estime-t-il, permettrait de «limiter la vulnérabilité de l'économie à un choc bancaire».

    Finalement, juge Christian de Boissieu, «le pessimisme actuel est peut-être excessif». Tout en insistant sur la gravité d'une crise qui, «pour la première fois, voit se conjuguer trois chocs majeurs: pétrolier, alimentaire et financier», l'économiste estime que les liquidités, très abondantes dans le monde, finiront par soutenir le rebond des marchés et de l'économie. «The money which is nowhere must be somewhere [l'argent qui est nulle part doit être quelque part]», conclut-il, citant l'économiste sir Dennis H. Robertson, qui fut l'adversaire de Keynes.
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel