Ford amorce un virage forcé
Victime de l'explosion du prix de l'essence, Ford Motor Company a publié hier les pires résultats de son histoire, profitant de l'occasion pour annoncer que plusieurs usines nord-américaines cesseront de fabriquer des camions — sa vache à lait pendant un quart de siècle — et se concentreront sur des voitures plus petites.
Frappé par le changement de cap dans les goûts des consommateurs, qui depuis ce printemps fuient les véhicules gourmands, non seulement chez Ford mais aussi chez ses concurrents, le constructeur a inscrit au deuxième trimestre une perte nette de 8,7 milliards $US, la plus grosse depuis sa fondation. (Tous les montants sont en dollars américains.)
Les mesures dévoilées par Ford surviennent un mois et demi après le même type de réorientation chez GM, qui va fermer quatre usines de camions, et certaines mesures chez Toyota, qui prévoit cesser temporairement la fabrication des camions Tundra et Sequoia. Ces gestes visent à compenser le choc de l'essence à 4 $ le gallon aux États-Unis et du litre canadien qui se maintient depuis plusieurs semaines au-dessus de 1,30 $.
La contre-performance spectaculaire du troisième constructeur mondial, en dépit de son plan de transformation accéléré, a fait grimacer Wall Street. L'action, qui avait déjà plongé de 30 % en trois mois, a subi une nouvelle chute de 15 %, à 5,11 $, un impact de deux milliards sur sa valeur boursière. Le mouvement a aussi emporté General Motors, dont le titre a reculé de 11 %, à 13 $.
Trois usines de Ford — au Michigan, au Kentucky et au Mexique — vont donc construire des voitures plutôt que des camions de série F et des véhicules utilitaires sport (VUS), comme les modèles Explorer et Expedition. De plus, la compagnie va introduire sur le marché nord-américain six voitures européennes d'ici 2012.
D'ici deux ans, Ford croit que les deux tiers de ses dépenses seront consacrés aux voitures et aux véhicules multisegments. Présentement, ceux-ci accaparent la moitié des dépenses. Le plan porte aussi sur des moteurs plus petits.
Les mesures annoncées ne semblent pas toucher les usines canadiennes de Ford, situées principalement à Oakville et à Windsor, en Ontario. Celles-ci assemblent certains véhicules multisegments, comme le Flex, l'Edge et le Lincoln MKX, à mi-chemin entre la voiture et le véhicule utilitaire sport.
Le Toronto Star a toutefois écrit mercredi que Ford attendra avant d'ajouter un autre quart de travail à Oakville, contrairement à ce qui était prévu depuis longtemps, car les ventes de véhicules multisegments ralentissent elles aussi. De plus, Ford tente d'intégrer à l'usine d'Oakville environ 160 employés qui ont perdu leur boulot à l'usine de moteurs à Windsor.
Ford a indiqué hier que certaines usines nord-américaines importeront des modèles de l'étranger. «Certains véhicules les mieux vendus dans le monde proviennent de nos divisions européenne et asiatique, et nous en amèneront plusieurs en Amérique du Nord», a dit le président de Ford, Alan Mulally.
Le responsable de la division nord-américaine, Mark Fields, a dit que l'entreprise «n'a pas l'intention d'abandonner son leadership dans le créneau des camions» mais qu'elle va désormais s'appuyer sur «des voitures et des véhicules multisegments à faible consommation d'essence qui vont relever les normes de qualité».
L'effet du pétrole
Dans son plan de transformation, M. Mulally a estimé que la reprise économique américaine n'aura lieu qu'en 2010 et que les ventes en général reviendront à leur tendance historique. Les ventes de camions se remettront en partie de leur faiblesse actuelle. «Le prix du pétrole va demeurer volatil et élevé», a ajouté Ford.
Des analystes ont estimé hier que la transformation de Ford reflétait une conviction profonde que le marché automobile a changé de manière permanente, mais ils continuaient de se demander pendant combien de temps un constructeur peut rouler à perte. Ford n'a pas affiché de bénéfice annuel depuis 2005, cet exploit remontant à 2004 pour GM.
Ford, qui voit sa part de marché autour de 14 %, a indiqué que la perte de 8,7 milliards découle d'une réduction de valeur de 5,3 milliards qu'il a été obligé d'inscrire sur ses actifs nord-américains et de 2,1 milliards sur les activités de financement chez Ford Credit. L'an dernier, à pareille date, la compagnie avait réussi à dégager un bénéfice net de 750 millions.
Même en excluant les mesures comptables ponctuelles, le constructeur a indiqué qu'il a terminé le deuxième trimestre sur une perte d'environ un milliard avant impôts.
En Amérique du Nord, par exemple, Ford a perdu 1,3 milliard avant impôts. L'objectif du constructeur, déjà annoncé, est de réduire ses coûts d'exploitation annuels de cinq milliards d'ici la fin de 2008.
De son côté, la division européenne a généré un bénéfice de 582 millions comparativement à 388 millions en Amérique du Sud. La division asiatique a enregistré un profit de 50 millions, alors que Volvo a perdu 120 millions. La participation de 33 % de Ford dans Mazda a permis de récolter des profits de 103 millions.
Finances précaires
Au cours des derniers mois, des observateurs se sont interrogés sur la question de savoir combien de temps une entreprise peut se permettre de rouler à perte. Mardi, un professeur de la New York University a indiqué lors d'une entrevue à la télé de l'agence Bloomberg que les risques que Ford et GM se trouvent en défaut de paiement sur leurs titres obligataires d'ici cinq ans sont de 46 %.
Les calculs et prévisions effectués par le professeur Edward Altman montrent que les deux «sont au bord de la faillite», a-t-il estimé. «Leur état est très sérieux», a-t-il dit, ajoutant que celui de GM est légèrement pire que celui de Ford.
En 2007, GM a enregistré une perte de 39 milliards et son président, Rick Wagoner, a indiqué le mois dernier que se placer sous la protection de la loi sur les faillites serait «une mauvaise idée». La compagnie avait plutôt préféré suspendre le versement de son dividende — une première depuis les années 20 — et se départir de certains morceaux de la compagnie.
Ford, de son côté, a récemment vendu les divisions Jaguar et Land Rover au constructeur indien Tata Motors pour environ 1,7 milliard.
Les ventes d'automobiles devraient s'afficher en baisse cette année. La firme de recherche J. D. Power & Associates a publié un communiqué mercredi selon lequel les compagnies vont vendre 11,6 millions de véhicules aux États-Unis en 2008, soit une diminution de 10 %.
«Bien que les ventes de plus petits véhicules augmentent rapidement, cela n'a pas permis de compenser les baisses significatives observées dans les segments des gros véhicules», a écrit la firme.
Dans le créneau des compactes, les ventes de la première moitié de 2008 étaient en hausse de 28 % par rapport à 2007. Dans le créneau des véhicules pleine taille, ce qui comprend les camions et les VUS, les ventes étaient en baisse de 26 %.
L'analyste de J. D. Power a indiqué que l'année 2009 ne donnera pas nécessairement lieu à une reprise des ventes et que les choses pourraient «empirer avant qu'elles ne s'améliorent».
Frappé par le changement de cap dans les goûts des consommateurs, qui depuis ce printemps fuient les véhicules gourmands, non seulement chez Ford mais aussi chez ses concurrents, le constructeur a inscrit au deuxième trimestre une perte nette de 8,7 milliards $US, la plus grosse depuis sa fondation. (Tous les montants sont en dollars américains.)
Les mesures dévoilées par Ford surviennent un mois et demi après le même type de réorientation chez GM, qui va fermer quatre usines de camions, et certaines mesures chez Toyota, qui prévoit cesser temporairement la fabrication des camions Tundra et Sequoia. Ces gestes visent à compenser le choc de l'essence à 4 $ le gallon aux États-Unis et du litre canadien qui se maintient depuis plusieurs semaines au-dessus de 1,30 $.
La contre-performance spectaculaire du troisième constructeur mondial, en dépit de son plan de transformation accéléré, a fait grimacer Wall Street. L'action, qui avait déjà plongé de 30 % en trois mois, a subi une nouvelle chute de 15 %, à 5,11 $, un impact de deux milliards sur sa valeur boursière. Le mouvement a aussi emporté General Motors, dont le titre a reculé de 11 %, à 13 $.
Trois usines de Ford — au Michigan, au Kentucky et au Mexique — vont donc construire des voitures plutôt que des camions de série F et des véhicules utilitaires sport (VUS), comme les modèles Explorer et Expedition. De plus, la compagnie va introduire sur le marché nord-américain six voitures européennes d'ici 2012.
D'ici deux ans, Ford croit que les deux tiers de ses dépenses seront consacrés aux voitures et aux véhicules multisegments. Présentement, ceux-ci accaparent la moitié des dépenses. Le plan porte aussi sur des moteurs plus petits.
Les mesures annoncées ne semblent pas toucher les usines canadiennes de Ford, situées principalement à Oakville et à Windsor, en Ontario. Celles-ci assemblent certains véhicules multisegments, comme le Flex, l'Edge et le Lincoln MKX, à mi-chemin entre la voiture et le véhicule utilitaire sport.
Le Toronto Star a toutefois écrit mercredi que Ford attendra avant d'ajouter un autre quart de travail à Oakville, contrairement à ce qui était prévu depuis longtemps, car les ventes de véhicules multisegments ralentissent elles aussi. De plus, Ford tente d'intégrer à l'usine d'Oakville environ 160 employés qui ont perdu leur boulot à l'usine de moteurs à Windsor.
Ford a indiqué hier que certaines usines nord-américaines importeront des modèles de l'étranger. «Certains véhicules les mieux vendus dans le monde proviennent de nos divisions européenne et asiatique, et nous en amèneront plusieurs en Amérique du Nord», a dit le président de Ford, Alan Mulally.
Le responsable de la division nord-américaine, Mark Fields, a dit que l'entreprise «n'a pas l'intention d'abandonner son leadership dans le créneau des camions» mais qu'elle va désormais s'appuyer sur «des voitures et des véhicules multisegments à faible consommation d'essence qui vont relever les normes de qualité».
L'effet du pétrole
Dans son plan de transformation, M. Mulally a estimé que la reprise économique américaine n'aura lieu qu'en 2010 et que les ventes en général reviendront à leur tendance historique. Les ventes de camions se remettront en partie de leur faiblesse actuelle. «Le prix du pétrole va demeurer volatil et élevé», a ajouté Ford.
Des analystes ont estimé hier que la transformation de Ford reflétait une conviction profonde que le marché automobile a changé de manière permanente, mais ils continuaient de se demander pendant combien de temps un constructeur peut rouler à perte. Ford n'a pas affiché de bénéfice annuel depuis 2005, cet exploit remontant à 2004 pour GM.
Ford, qui voit sa part de marché autour de 14 %, a indiqué que la perte de 8,7 milliards découle d'une réduction de valeur de 5,3 milliards qu'il a été obligé d'inscrire sur ses actifs nord-américains et de 2,1 milliards sur les activités de financement chez Ford Credit. L'an dernier, à pareille date, la compagnie avait réussi à dégager un bénéfice net de 750 millions.
Même en excluant les mesures comptables ponctuelles, le constructeur a indiqué qu'il a terminé le deuxième trimestre sur une perte d'environ un milliard avant impôts.
En Amérique du Nord, par exemple, Ford a perdu 1,3 milliard avant impôts. L'objectif du constructeur, déjà annoncé, est de réduire ses coûts d'exploitation annuels de cinq milliards d'ici la fin de 2008.
De son côté, la division européenne a généré un bénéfice de 582 millions comparativement à 388 millions en Amérique du Sud. La division asiatique a enregistré un profit de 50 millions, alors que Volvo a perdu 120 millions. La participation de 33 % de Ford dans Mazda a permis de récolter des profits de 103 millions.
Finances précaires
Au cours des derniers mois, des observateurs se sont interrogés sur la question de savoir combien de temps une entreprise peut se permettre de rouler à perte. Mardi, un professeur de la New York University a indiqué lors d'une entrevue à la télé de l'agence Bloomberg que les risques que Ford et GM se trouvent en défaut de paiement sur leurs titres obligataires d'ici cinq ans sont de 46 %.
Les calculs et prévisions effectués par le professeur Edward Altman montrent que les deux «sont au bord de la faillite», a-t-il estimé. «Leur état est très sérieux», a-t-il dit, ajoutant que celui de GM est légèrement pire que celui de Ford.
En 2007, GM a enregistré une perte de 39 milliards et son président, Rick Wagoner, a indiqué le mois dernier que se placer sous la protection de la loi sur les faillites serait «une mauvaise idée». La compagnie avait plutôt préféré suspendre le versement de son dividende — une première depuis les années 20 — et se départir de certains morceaux de la compagnie.
Ford, de son côté, a récemment vendu les divisions Jaguar et Land Rover au constructeur indien Tata Motors pour environ 1,7 milliard.
Les ventes d'automobiles devraient s'afficher en baisse cette année. La firme de recherche J. D. Power & Associates a publié un communiqué mercredi selon lequel les compagnies vont vendre 11,6 millions de véhicules aux États-Unis en 2008, soit une diminution de 10 %.
«Bien que les ventes de plus petits véhicules augmentent rapidement, cela n'a pas permis de compenser les baisses significatives observées dans les segments des gros véhicules», a écrit la firme.
Dans le créneau des compactes, les ventes de la première moitié de 2008 étaient en hausse de 28 % par rapport à 2007. Dans le créneau des véhicules pleine taille, ce qui comprend les camions et les VUS, les ventes étaient en baisse de 26 %.
L'analyste de J. D. Power a indiqué que l'année 2009 ne donnera pas nécessairement lieu à une reprise des ventes et que les choses pourraient «empirer avant qu'elles ne s'améliorent».
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