L'IPC progresse de 3,1 % - L'inflation efface les augmentations de salaire
Les travailleurs qui gagnent 2 %, 2,5 %, voire 3 % de plus que l'an dernier n'ont pas nécessairement vu leur pouvoir d'achat augmenter en juin. L'explosion du litre d'essence, le coût des hypothèques et le prix du pain ont fait en sorte que l'inflation a galopé à son rythme annuel le plus fort depuis septembre 2005, a indiqué hier Statistique Canada.
Selon les données de l'agence fédérale, l'indice des prix à la consommation a progressé de 3,1 % au cours du mois dernier au Canada et au Québec. En mai, l'inflation annuelle s'était chiffrée à 2,2 % et 2,3 % respectivement.
«On s'y attendait, quoique cela s'est réalisé un peu plus tôt que prévu», a déclaré un des économistes du Mouvement Desjardins, Benoit P. Durocher. Le cours du pétrole brut est en baisse depuis deux semaines, mais l'effet continuera de se faire sentir, de telle sorte que l'inflation survolera 3 % pendant au moins six mois encore, a-t-il ajouté.
De juin 2007 à juin 2008, le prix de l'essence a grimpé de 27 %, a indiqué Statistique Canada. C'est la plus forte augmentation depuis celle de 35 % observée en septembre 2005, lorsque les ouragans Katrina et Rita s'étaient abattus sur le golfe du Mexique et les installations pétrolières qui s'y trouvent.
Par ailleurs, les produits de boulangerie ont coûté 12 % plus cher qu'en juin 2007, tandis que le coût de l'intérêt hypothécaire grevait le compte bancaire des propriétaires résidentiels de 9 % de plus. L'habillement et les chaussures ont par contre diminué de 0,6 %.
Outre le mois de septembre 2005, l'inflation a évolué au-dessus de la barre de 3 % pendant tout le semestre d'octobre 2002 à mars 2003.
Gains depuis 2007
«La hausse des prix à la consommation a presque effacé la plupart des gains que les travailleurs canadiens ont faits au cours de la dernière année», a fait valoir Erin Weir, économiste au syndicat canadien des Métallos à Toronto.
De juin 2007 à juin 2008, selon Statistique Canada, le salaire horaire moyen a augmenté de 3,3 % au Canada (à 21,15 $) et de 3,1 % au Québec (à 19,86 $).
Un portrait définitif ne sera possible que lorsque les autorités gouvernementales auront publié les données du revenu personnel disponible pour les derniers mois, qui tiendraient compte de l'impôt et des sommes provenant de l'administration publique. Par exemple, selon la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le revenu personnel disponible par habitant au Québec a grimpé de 2,6 % en 2005 et de 3,9 % en 2006.
Sous la surface des choses, les prix évoluent plus doucement. En excluant toutes les composantes volatiles de l'indice des prix à la consommation — comme l'énergie et les aliments —, l'inflation de référence s'est toutefois chiffrée à 1,5 % en juin. C'est l'indice que surveille le plus attentivement la Banque du Canada, qui préfère une inflation entre 1 % et 3 %.
La Banque du Canada croit depuis un certain temps que l'indice des prix à la consommation va redescendre vers 2 % dans la deuxième moitié de 2009.
Entre-temps, le point d'interrogation qui rallie bon nombre d'économistes porte sur l'effet de contamination que pourraient avoir les éléments volatils sur des secteurs moins volatils, comme les vêtements, les loisirs et le transport.
«Si les effets de diffusion des prix de l'énergie aux prix des autres biens et services ont jusqu'à maintenant été limités, certains signes montrent qu'ils se concrétisent graduellement, a estimé M. Durocher. Par exemple, les prix des légumes frais ont bondi de 6,1 % en juin dernier. Cette hausse s'explique certes par des conditions météorologiques défavorables aux États-Unis, mais aussi par une augmentation des coûts de transport.»
De son côté, la Banque Laurentienne a calculé que les deux tiers du panier de biens et services ont subi une hausse de prix. «Le fait que les deux tiers coûtent plus cher que l'an dernier et que l'autre tiers est moins dispendieux vient contredire la croyance populaire que "tout est plus cher" ces jours-ci», a écrit l'économiste Sébastien Lavoie.
«Plus important encore, cette statistique vient confirmer l'absence de contagion marquée de l'énergie vers les autres biens et services. S'il y avait une contagion importante, le prix de 80-90 % des biens et services augmenterait», a ajouté M. Lavoie.
Pas d'alarme
La Banque du Canada arrive à contrôler l'inflation en relevant ou en abaissant son taux directeur. Le mécanisme a pour effet d'influencer les taux d'intérêt offerts par les banques et donc de décourager ou d'encourager les dépenses à la consommation et l'investissement des entreprises. Cela se répercute sur l'économie dans son ensemble et sur l'évolution des prix.
«Nous doutons que la sonnette d'alarme ait été tirée à la banque centrale, a écrit Stéfane Marion, économiste à la Financière Banque Nationale. La récente poussée de l'inflation générale dans la plupart des pays industrialisés reste concentrée dans le secteur des produits alimentaires et surtout l'énergie.»
Devant un ralentissement économique annoncé, de décembre 2007 à avril 2008, la Banque du Canada a fait passer son taux directeur de 4,5 % à 3 %. Lors des deux dernières réunions, elle a laissé le taux intact, indiquant clairement au mois de juin qu'elle n'éprouvait pas le besoin de le modifier pour l'instant.
Mais un certain nombre de variables tiennent l'économie en laisse, notamment le pétrole et le refroidissement économique significatif aux États-Unis en raison de l'effondrement de la bulle spéculative dans l'immobilier résidentiel.
«Avec la correction récente des prix du pétrole, la projection établie par la BdC prévoyant que le baril demeurera au-dessus de 140 $ jusqu'à la fin de cette année était trop forte, a ajouté la Financière Banque Nationale. La correction en cours (nous voyons le pétrole descendre à 100 $ d'ici la fin de l'année ou même plus tôt) implique que la prévision de la banque d'un taux d'inflation à 4,1 % ne se matérialisera pas. Globalement, le rapport de ce matin ne modifie pas notre opinion selon laquelle la BdC restera sur la touche pendant un avenir imprévisible.»
Un des défis de la Banque du Canada consiste à trouver l'équilibre idéal entre l'Ouest canadien, où l'inflation est plus forte en raison de la pétrocroissance, et l'Est, où la présence du secteur manufacturier ralentit la croissance globale en raison des pertes d'emplois.
Selon les données de l'agence fédérale, l'indice des prix à la consommation a progressé de 3,1 % au cours du mois dernier au Canada et au Québec. En mai, l'inflation annuelle s'était chiffrée à 2,2 % et 2,3 % respectivement.
«On s'y attendait, quoique cela s'est réalisé un peu plus tôt que prévu», a déclaré un des économistes du Mouvement Desjardins, Benoit P. Durocher. Le cours du pétrole brut est en baisse depuis deux semaines, mais l'effet continuera de se faire sentir, de telle sorte que l'inflation survolera 3 % pendant au moins six mois encore, a-t-il ajouté.
De juin 2007 à juin 2008, le prix de l'essence a grimpé de 27 %, a indiqué Statistique Canada. C'est la plus forte augmentation depuis celle de 35 % observée en septembre 2005, lorsque les ouragans Katrina et Rita s'étaient abattus sur le golfe du Mexique et les installations pétrolières qui s'y trouvent.
Par ailleurs, les produits de boulangerie ont coûté 12 % plus cher qu'en juin 2007, tandis que le coût de l'intérêt hypothécaire grevait le compte bancaire des propriétaires résidentiels de 9 % de plus. L'habillement et les chaussures ont par contre diminué de 0,6 %.
Outre le mois de septembre 2005, l'inflation a évolué au-dessus de la barre de 3 % pendant tout le semestre d'octobre 2002 à mars 2003.
Gains depuis 2007
«La hausse des prix à la consommation a presque effacé la plupart des gains que les travailleurs canadiens ont faits au cours de la dernière année», a fait valoir Erin Weir, économiste au syndicat canadien des Métallos à Toronto.
De juin 2007 à juin 2008, selon Statistique Canada, le salaire horaire moyen a augmenté de 3,3 % au Canada (à 21,15 $) et de 3,1 % au Québec (à 19,86 $).
Un portrait définitif ne sera possible que lorsque les autorités gouvernementales auront publié les données du revenu personnel disponible pour les derniers mois, qui tiendraient compte de l'impôt et des sommes provenant de l'administration publique. Par exemple, selon la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le revenu personnel disponible par habitant au Québec a grimpé de 2,6 % en 2005 et de 3,9 % en 2006.
Sous la surface des choses, les prix évoluent plus doucement. En excluant toutes les composantes volatiles de l'indice des prix à la consommation — comme l'énergie et les aliments —, l'inflation de référence s'est toutefois chiffrée à 1,5 % en juin. C'est l'indice que surveille le plus attentivement la Banque du Canada, qui préfère une inflation entre 1 % et 3 %.
La Banque du Canada croit depuis un certain temps que l'indice des prix à la consommation va redescendre vers 2 % dans la deuxième moitié de 2009.
Entre-temps, le point d'interrogation qui rallie bon nombre d'économistes porte sur l'effet de contamination que pourraient avoir les éléments volatils sur des secteurs moins volatils, comme les vêtements, les loisirs et le transport.
«Si les effets de diffusion des prix de l'énergie aux prix des autres biens et services ont jusqu'à maintenant été limités, certains signes montrent qu'ils se concrétisent graduellement, a estimé M. Durocher. Par exemple, les prix des légumes frais ont bondi de 6,1 % en juin dernier. Cette hausse s'explique certes par des conditions météorologiques défavorables aux États-Unis, mais aussi par une augmentation des coûts de transport.»
De son côté, la Banque Laurentienne a calculé que les deux tiers du panier de biens et services ont subi une hausse de prix. «Le fait que les deux tiers coûtent plus cher que l'an dernier et que l'autre tiers est moins dispendieux vient contredire la croyance populaire que "tout est plus cher" ces jours-ci», a écrit l'économiste Sébastien Lavoie.
«Plus important encore, cette statistique vient confirmer l'absence de contagion marquée de l'énergie vers les autres biens et services. S'il y avait une contagion importante, le prix de 80-90 % des biens et services augmenterait», a ajouté M. Lavoie.
Pas d'alarme
La Banque du Canada arrive à contrôler l'inflation en relevant ou en abaissant son taux directeur. Le mécanisme a pour effet d'influencer les taux d'intérêt offerts par les banques et donc de décourager ou d'encourager les dépenses à la consommation et l'investissement des entreprises. Cela se répercute sur l'économie dans son ensemble et sur l'évolution des prix.
«Nous doutons que la sonnette d'alarme ait été tirée à la banque centrale, a écrit Stéfane Marion, économiste à la Financière Banque Nationale. La récente poussée de l'inflation générale dans la plupart des pays industrialisés reste concentrée dans le secteur des produits alimentaires et surtout l'énergie.»
Devant un ralentissement économique annoncé, de décembre 2007 à avril 2008, la Banque du Canada a fait passer son taux directeur de 4,5 % à 3 %. Lors des deux dernières réunions, elle a laissé le taux intact, indiquant clairement au mois de juin qu'elle n'éprouvait pas le besoin de le modifier pour l'instant.
Mais un certain nombre de variables tiennent l'économie en laisse, notamment le pétrole et le refroidissement économique significatif aux États-Unis en raison de l'effondrement de la bulle spéculative dans l'immobilier résidentiel.
«Avec la correction récente des prix du pétrole, la projection établie par la BdC prévoyant que le baril demeurera au-dessus de 140 $ jusqu'à la fin de cette année était trop forte, a ajouté la Financière Banque Nationale. La correction en cours (nous voyons le pétrole descendre à 100 $ d'ici la fin de l'année ou même plus tôt) implique que la prévision de la banque d'un taux d'inflation à 4,1 % ne se matérialisera pas. Globalement, le rapport de ce matin ne modifie pas notre opinion selon laquelle la BdC restera sur la touche pendant un avenir imprévisible.»
Un des défis de la Banque du Canada consiste à trouver l'équilibre idéal entre l'Ouest canadien, où l'inflation est plus forte en raison de la pétrocroissance, et l'Est, où la présence du secteur manufacturier ralentit la croissance globale en raison des pertes d'emplois.
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