À qui la faute ?
Avec la fermeture de l'usine Aleris au Cap-de-la-Madeleine, 450 chômeurs viennent s'ajouter aux 4300 autres travailleurs qui ont perdu leur emploi depuis 15 mois dans la région de la Mauricie. Survenant au terme d'un conflit de travail, faut-il croire que cette fermeture incombe seulement au syndicat? L'entreprise, une multinationale américaine, a sa large part de responsabilité. Québec a aussi fauté en adoptant une position attentiste.
Classique est ce cas de l'usine Aleris, où un employeur recherche un accroissement de la productivité en mettant en jeu la survie de l'entreprise. En cette matière, il n'y a pas que des histoires qui finissent mal. Pensons à Bombardier, qui annonçait dimanche le lancement de son projet de nouvel avion CSeries et la construction d'une nouvelle usine à Mirabel, projet auquel les syndiqués ont souscrit en accordant les assouplissements demandés par l'entreprise.
Qu'est-ce donc qui a fait que Bombardier a réussi là où Aleris a échoué? Est-ce parce que dans un cas se trouvait en cause un syndicat affilié à la FTQ et dans l'autre, un syndicat affilié à la CSN, laquelle centrale aurait une approche dogmatique des relations de travail, comme l'a soutenu un journal trifluvien? La différence se trouve d'abord dans la présence, ou l'absence, d'une volonté commune de réussir. Dans la présence aussi d'un projet porteur pour l'avenir. Chez Bombardier, les syndiqués ont vite compris qu'ils s'assuraient d'emplois rémunérateurs pour deux ou trois décennies avec ce projet de nouvel avion.
Cette volonté commune était absente dans le cas d'Aleris. L'entreprise demandait une réduction de ses frais d'exploitation de 5,2 millions de dollars. Le syndicat avait accédé pour moitié à cette exigence, mais voulait obtenir des garanties quant à des réinvestissements pour moderniser leur usine, qui fabrique notamment des ailettes en aluminium pour des moteurs. Depuis deux ans qu'elle est propriétaire de cette usine, la multinationale basée en Ohio évoquait plus souvent la fermeture que des projets de développement. L'état du marché ne favorisait peut-être pas de nouveaux investissements mais cela, personne ne l'a su, car Aleris n'a voulu entretenir aucun dialogue à ce sujet avec le syndicat, pas plus qu'avec le gouvernement du Québec.
L'absence de Québec dans ce dossier, autrement que par la nomination d'un conciliateur, est une autre différence importante avec la façon dont les choses se sont passées chez Bombardier. Dans ce cas, les gouvernements d'Ottawa et de Québec étaient des partenaires importants au plan du financement d'un projet qui pouvait avoir des retombées politiques significatives. Ils ont été mêlés de près à toutes les discussions. Dans le cas d'Aleris, on peut faire l'hypothèse que Québec n'a pas été assez insistant, surtout qu'ayant été associé à cette entreprise avant qu'Aleris ne l'acquière — la SGF détenait 40 % des actions —, il avait une connaissance intime du dossier.
Une autre différence est par ailleurs la présence du siège social au Québec. Cela ne garantit en rien la qualité des relations entre un syndicat et une entreprise, mais il y a des sensibilités qui jouent lorsqu'il s'agit de sauver une entreprise. En cas de propriété étrangère, le gouvernement sera vite dépourvu si une compagnie ne veut rien entendre. Il faut avoir un levier pour arriver à discuter. Par exemple, dans le cas de l'Alcan vendue à Rio Tinto, le Québec avait un protocole de développement signé par Alcan que le nouvel acquéreur se doit de respecter. Dommage que, dans le cas d'Aleris, la SGF se soit départie de ses actions. Elle avait là un outil d'intervention. Certes, il n'y a jamais aucun résultat qui puisse être garanti, mais cela aurait pu permettre à Québec à tout le moins de forcer un dialogue dans la recherche de solutions. Ici, l'employeur et le syndicat étaient tout sauf des partenaires. Malheureusement, le résultat est qu'il y a 450 chômeurs de plus dans une région qui manque désespérément d'emplois.
***
bdescoteaux@ledevoir.com
Classique est ce cas de l'usine Aleris, où un employeur recherche un accroissement de la productivité en mettant en jeu la survie de l'entreprise. En cette matière, il n'y a pas que des histoires qui finissent mal. Pensons à Bombardier, qui annonçait dimanche le lancement de son projet de nouvel avion CSeries et la construction d'une nouvelle usine à Mirabel, projet auquel les syndiqués ont souscrit en accordant les assouplissements demandés par l'entreprise.
Qu'est-ce donc qui a fait que Bombardier a réussi là où Aleris a échoué? Est-ce parce que dans un cas se trouvait en cause un syndicat affilié à la FTQ et dans l'autre, un syndicat affilié à la CSN, laquelle centrale aurait une approche dogmatique des relations de travail, comme l'a soutenu un journal trifluvien? La différence se trouve d'abord dans la présence, ou l'absence, d'une volonté commune de réussir. Dans la présence aussi d'un projet porteur pour l'avenir. Chez Bombardier, les syndiqués ont vite compris qu'ils s'assuraient d'emplois rémunérateurs pour deux ou trois décennies avec ce projet de nouvel avion.
Cette volonté commune était absente dans le cas d'Aleris. L'entreprise demandait une réduction de ses frais d'exploitation de 5,2 millions de dollars. Le syndicat avait accédé pour moitié à cette exigence, mais voulait obtenir des garanties quant à des réinvestissements pour moderniser leur usine, qui fabrique notamment des ailettes en aluminium pour des moteurs. Depuis deux ans qu'elle est propriétaire de cette usine, la multinationale basée en Ohio évoquait plus souvent la fermeture que des projets de développement. L'état du marché ne favorisait peut-être pas de nouveaux investissements mais cela, personne ne l'a su, car Aleris n'a voulu entretenir aucun dialogue à ce sujet avec le syndicat, pas plus qu'avec le gouvernement du Québec.
L'absence de Québec dans ce dossier, autrement que par la nomination d'un conciliateur, est une autre différence importante avec la façon dont les choses se sont passées chez Bombardier. Dans ce cas, les gouvernements d'Ottawa et de Québec étaient des partenaires importants au plan du financement d'un projet qui pouvait avoir des retombées politiques significatives. Ils ont été mêlés de près à toutes les discussions. Dans le cas d'Aleris, on peut faire l'hypothèse que Québec n'a pas été assez insistant, surtout qu'ayant été associé à cette entreprise avant qu'Aleris ne l'acquière — la SGF détenait 40 % des actions —, il avait une connaissance intime du dossier.
Une autre différence est par ailleurs la présence du siège social au Québec. Cela ne garantit en rien la qualité des relations entre un syndicat et une entreprise, mais il y a des sensibilités qui jouent lorsqu'il s'agit de sauver une entreprise. En cas de propriété étrangère, le gouvernement sera vite dépourvu si une compagnie ne veut rien entendre. Il faut avoir un levier pour arriver à discuter. Par exemple, dans le cas de l'Alcan vendue à Rio Tinto, le Québec avait un protocole de développement signé par Alcan que le nouvel acquéreur se doit de respecter. Dommage que, dans le cas d'Aleris, la SGF se soit départie de ses actions. Elle avait là un outil d'intervention. Certes, il n'y a jamais aucun résultat qui puisse être garanti, mais cela aurait pu permettre à Québec à tout le moins de forcer un dialogue dans la recherche de solutions. Ici, l'employeur et le syndicat étaient tout sauf des partenaires. Malheureusement, le résultat est qu'il y a 450 chômeurs de plus dans une région qui manque désespérément d'emplois.
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